jeudi 25 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202249 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - JU |
| Avocat requérant | SELARL LELONG DUCLOS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 septembre 2022 et un mémoire enregistré le 4 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Lelong, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'une part, d'annuler la décision du 27 juillet 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 18 janvier 2022 lui notifiant un indu de prime d'activité d'un montant de 2 290,29 euros, ensemble la décision implicite de rejet de ce même recours et la décision du 18 janvier 2022, d'autre part, de la décharger de l'obligation de payer les sommes en cause ;
2°) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise gracieuse totale ou partielle de cet indu ;
3°) d'annuler la décision implicite née le 10 août 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté son recours contre la décision de mise en demeure du 3 juin 2022, ensemble cette décision ;
4°) d'enjoindre, à titre principal, à la caisse d'allocations familiales de la Vienne de procéder au remboursement des sommes récupérées dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder, dans le même délai, au réexamen de sa situation ;
5°) de condamner la caisse d'allocations familiales de la Vienne à verser à son conseil, en cas d'attribution de l'aide juridictionnelle, ou à lui verser, dans le cas contraire, la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 18 janvier 2022 lui notifiant un indu et les décisions implicites et explicites de la commission de recours amiable qui s'y sont substituées méconnaissent les dispositions de l'article L. 211-8 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle n'a pas été en mesure de présenter des observations écrites ou orales préalables et n'a pas été informée de la possibilité de se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire ;
- la décision du 18 janvier 2022 ne comporte pas l'ensemble des mentions prévues par l'article R. 847-1-1 du code de la sécurité sociale ;
- il n'est pas établi que la commission de recours amiable était régulièrement composée ;
- l'aide financière apportée par ses parents ayant un caractère ponctuel, elle ne pouvait pas être prise en compte pour le calcul de la prime d'activité ;
- elle n'a pas cherché à dissimuler les aides versées par ses parents, considérant de bonne foi qu'elles n'avaient pas à être déclarées ;
- la mise en demeure du 3 juin 2022 ne comporte ni la signature de son auteur, ni la mention de ses prénom, nom et qualité ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision notifiant l'indu en cause.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 août 2023, la caisse d'allocations familiales de la Vienne, représentée par la SCP BCJ, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que la remise de dette qui pourrait être accordée à la requérante soit limitée à 10 % des sommes dues et à ce que la somme de 1 200 euros soit mise à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la décision du 21 juillet 2022 de la commission de recours amiable s'étant substituée à la décision du 18 janvier 2022, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision sont irrecevables ;
- les moyens tirés de l'irrégularité formelle de la décision du 18 janvier 2022 sont inopérants ;
- les autres moyens dirigés contre la décision de la commission de recours amiable ne sont pas fondés ;
- les conclusions tendant à l'annulation de la mise en demeure du 3 juin 2022 sont irrecevables, ce courrier constituant un acte préparatoire insusceptible de recours ;
- si sa bonne foi n'est pas remise en cause, la requérante n'établit pas qu'elle se trouve dans une situation de précarité.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Dumont, première conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dumont,
- et les observations de Me Duclos, représentant Mme B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B est bénéficiaire de la prime d'activité. Un contrôle de ses ressources a révélé qu'elle n'avait pas déclaré, au cours de l'année 2020, les sommes versées par ses parents pour un montant total de 4 053 euros versée par ses parents. Par un courrier du 18 janvier 2022, la caisse d'allocations familiales de la Vienne lui a notifié un indu de prime d'activité d'un montant de 2 290,29 euros. Par une décision du 21 juillet 2022, la présidente de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté le recours de Mme B contestant cet indu. Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal, à titre principal, d'annuler cette décision, à titre subsidiaire, de lui accorder une remise gracieuse.
Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la mise en demeure du 3 juin 2022, ensemble la décision implicite rejetant le recours gracieux contre cette décision :
2. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. ". Selon le second alinéa de l'article R. 133-9-2 du même code, à l'expiration du délai de deux mois qui suit la décision de récupération ou notification de payer, ou après notification d'une décision de rejet du recours préalable obligatoire exercé par l'allocataire : " () le directeur de l'organisme créancier compétent, en cas de refus du débiteur de payer, lui adresse par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception une mise en demeure de payer dans le délai d'un mois qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement, les voies et délais de recours et le motif qui, le cas échéant, a conduit à rejeter totalement ou partiellement les observations présentées. ". Enfin, aux termes de l'article R. 133-3 du même code : " Si la mise en demeure () reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles L. 161-1-5 ou L. 244-9, une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'il constate un indu de prime d'activité, l'organisme chargé du service de la prestation doit prendre une décision de récupération d'indu, motivée et notifiée au bénéficiaire de l'allocation, qui lui réclame le remboursement de la somme due et, le cas échéant, l'informe des modalités selon lesquelles cet indu pourra être récupéré par retenues sur les prestations à venir. Cette décision, qui fait grief, peut être contestée devant le tribunal administratif, après l'exercice d'un recours administratif préalable obligatoire. En l'absence de recours dans un délai de deux mois ou en cas de rejet de celui-ci, et sauf à ce que l'indu ait été remboursé ou ait été récupéré par retenues sur les prestations à venir, l'organisme peut mettre l'allocataire en demeure de payer dans le délai d'un mois, puis, si cette mise en demeure reste sans effet dans ce délai, décerner une contrainte, laquelle est susceptible d'opposition devant le tribunal administratif dans le délai de quinze jours. Il suit de là qu'une telle mise en demeure, intervenant après la notification de la décision de récupération de l'indu, constitue un acte préparatoire à la contrainte qui pourra être émise si l'allocataire ne rembourse pas la somme due. Si l'allocataire peut utilement se prévaloir, à l'appui d'une opposition à contrainte, de l'irrégularité de la mise en demeure qui lui a été adressée, celle-ci ne présente pas, en revanche, le caractère d'une décision susceptible de recours.
4. En l'espèce, la mise en demeure adressée le 3 juin 2022 par la caisse d'allocations familiales de la Vienne à Mme B a seulement pour objet, après lui avoir demandé de régler les sommes dues, d'informer celle-ci de l'engagement d'une procédure judiciaire pour obtenir le paiement de la totalité de la dette, en cas d'inexécution de sa part. Ainsi, une telle mise en demeure, intervenant après la notification de la décision du 18 janvier 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Vienne lui a notifié un indu de prime d'activité, constitue seulement un acte préparatoire à l'acte de contrainte qui peut être émis si l'allocataire ne rembourse pas préalablement la somme due. Par conséquent, la mise en demeure du 3 juin 2022 ne présente pas le caractère d'une décision susceptible de recours, pas plus que la décision implicite de rejet née du silence gardé sur le recours gracieux exercé le 9 juin 2022 contre cet acte. Par suite, la caisse d'allocations familiales de la Vienne est fondée à soutenir que les conclusions tendant à l'annulation de ces décisions sont irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 18 janvier 2022 notifiant un indu de prime d'activité, ensemble la décision du 21 juillet 2022 rejetant le recours administratif préalable obligatoire exercé contre cette décision :
En ce qui concerne la décision du 18 janvier 2022 :
5. Aux termes de l'article L. 843-1 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants ". Aux termes de l'article L. 845-2 de ce code : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. / Les recours contentieux relatifs aux décisions mentionnées au premier alinéa du présent article sont portés devant la juridiction administrative. () ". L'article R. 847-2 de ce code précise les conditions, notamment de délai, dans lesquelles s'exerce le recours préalable mentionné à l'article L. 845-2. Enfin, l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ".
6. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le bénéficiaire de la prime d'activité s'est vu notifier une décision de récupération de sommes indûment perçues au titre de cette prestation et qu'il entend contester en tout ou partie le caractère indu des montants correspondants, il lui appartient de saisir préalablement la commission de recours amiable de l'organisme qui lui sert cette allocation, dans les conditions prévues à l'article R. 847-2 du code de la sécurité sociale. Il peut utilement contester devant le juge administratif tant la régularité que le bien-fondé de la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable obligatoire par la commission de recours amiable, qui se substitue à la décision initiale de récupération de l'indu et est, par suite, seule susceptible d'être déférée au juge compétent.
7. La décision du 21 juillet 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a confirmé la récupération de l'indu de prime d'activité pour la période du 1er avril 2020 au 31 mars 2021 s'est substituée à la décision de la caisse d'allocations familiales du 18 janvier 2022. Par suite, la caisse d'allocations familiales de la Vienne est fondée à soutenir que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 18 janvier 2022 sont irrecevables.
En ce qui concerne l'indu de prime d'activité :
8. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
9. En premier lieu, si l'exercice d'un recours administratif préalable obligatoire a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours demeure soumise elle-même au principe de légalité. Pour autant, il est impossible d'invoquer utilement des moyens tirés du vice d'incompétence ou du défaut de motivation de la décision initiale, qui sont en tout état de cause propres à cette dernière et ont nécessairement disparu avec elle.
10. Il résulte de ce qui précède que, la décision du 21 juillet 2022 par laquelle la présidente de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté le recours administratif préalable obligatoire exercé à l'encontre de la décision du 18 janvier 2022 lui notifiant un indu de prime d'activité s'étant substituée à cette décision, Mme B ne peut utilement invoquer le moyen tiré de ce que la décision du 18 janvier 2022 ne comprend pas l'ensemble des mentions prévues par l'article R. 847-1-1 du code de la sécurité sociale.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-8 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions des organismes de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole de salariés ou de non-salariés ordonnant le reversement des prestations sociales indûment perçues sont motivées. Elles indiquent les voies et délais de recours ouverts à l'assuré, ainsi que les conditions et les délais dans lesquels l'assuré peut présenter ses observations écrites ou orales. Dans ce dernier cas, l'assuré peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. ". Selon l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. ".
12. Il résulte de l'instruction que par une décision du 18 janvier 2022, la caisse d'allocations familiales la Vienne a notifié à Mme B l'indu de prime d'activité en litige, que cette décision indique les voies et délais de recours et que Mme B a exercé, par l'intermédiaire de son conseil un recours administratif préalable obligatoire le 16 mai 2022 à l'occasion duquel elle a pu faire part de ses observations écrites. La circonstance que cette décision ne mentionnerait pas les conditions et délais pour présenter des observations écrites ou orales n'a, dès lors, privé la requérante d'aucune garantie. Par suite, elle n'est pas fondée à faire valoir que la décision du 18 janvier 2022 a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire.
13. En troisième lieu, alors que la caisse d'allocations familiales de la Vienne a produit le procès-verbal de la réunion du 8 mars 2022 au cours de laquelle le conseil d'administration a désigné les membres de la commission de recours amiable ainsi que la feuille de présence de la réunion de la commission de recours amiable du 21 juillet 2022, le moyen tiré de ce qu'il n'est justifié ni de la régularité de la composition de la commission de recours amiable, ni de ce que le quorum était atteint, n'est pas assorti des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit être écarté.
14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels / 3° L'avantage en nature que constitue la disposition d'un logement à titre gratuit, déterminé de manière forfaitaire /4° Les prestations et les aides sociales, à l'exception de certaines d'entre elles en raison de leur finalité sociale particulière / 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu ". L'article R. 844-2 de ce code dispose que : " Ont le caractère de revenus de remplacement en application du 2° de l'article L. 842-4 : / () 6° Les pensions alimentaires ou rentes fixées sur le fondement des articles 205, 212, 276 et 371-2 du code civil ; () ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. / Cette obligation ne cesse pas de plein droit lorsque l'enfant est majeur ". Enfin, l'article R. 844-5 du même code prévoit que " Sont exclues des ressources prises en compte pour le calcul de la prime d'activité les prestations et aides sociales suivantes : () / 14° Les aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ; () ".
15. Il résulte de ces dispositions que les dépenses engagées par des parents, dans le cadre de leurs obligations alimentaires, pour aider un enfant majeur qui ne dispose pas de revenus suffisants et qui sont déclarées comme telles à l'administration fiscale ne peuvent être assimilées à des prestations et aides sociales au sens des dispositions précitées des articles L. 842-4 et R. 844-5 du code de la sécurité sociale, mais sont assimilables à des revenus de remplacement. Elles doivent donc être prises en compte dans le calcul des ressources pour la détermination du montant de la prime d'activité, sans qu'y fasse obstacle leur caractère ponctuel.
16. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté par la requérante, qu'elle a déclaré à l'administration fiscale, au titre de ses revenus de l'année 2020, avoir perçu la somme globale de 4 053 euros, correspondant aux sommes versées par ses parents ou aux dépenses prises directement en charge par ces derniers, lesquels ont également déclaré cette somme à l'administration fiscale afin de bénéficier d'un avantage fiscal. Il résulte de ce qui précède que ces sommes sont assimilables à un revenu de remplacement et devaient dès lors être prises en compte dans le calcul des ressources de Mme B pour la détermination du montant de l'allocation en litige. Il est également constant qu'elle n'a pas déclaré à la caisse d'allocations familiales les sommes ainsi perçues. En conséquence, le bien-fondé de l'indu est établi.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation de la décision du 21 juillet 2022 par laquelle la commission de recours amiable, instituée au sein de la caisse d'allocations familiales de la Vienne, a confirmé la décision du 18 janvier 2022 relative à un indu de 2 290,29 euros de prime d'activité au titre de la période du 1er avril 2020 au 31 mars 2021, doivent être rejetées.
Sur la demande de remise gracieuse :
18. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de revenu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
19. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise ou de réduction d'indu de prime d'activité, de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait existant à la date de son jugement, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise gracieuse. Pour l'examen de ces deux conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration.
20. En l'espèce, si la bonne foi de Mme B n'est pas contestée par la caisse d'allocations familiales de la Vienne, il ne résulte pas de l'instruction que cette dernière, qui est célibataire et sans charge de famille, occupe un emploi salarié en contrat à durée indéterminé depuis le 28 juillet 2023 et dispose d'un revenu mensuel de 1 448,62 euros, se trouverait dans une situation de précarité telle qu'elle ne pourrait rembourser, par mensualités, la somme de 2 290,29 euros précitée. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de lui accorder la remise gracieuse totale de sa dette.
Sur les conclusions à fin de décharge et de restitution des sommes prélevées :
21. Les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 juillet 2022 confirmant l'indu de prime d'activité sont rejetées par le présent jugement. Il s'ensuit que les conclusions de la requérante à fin de décharge du paiement de cet indu et tendant à la restitution des sommes éventuellement prélevées au titre de cet indu ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les autres conclusions à fin d'injonction :
22. Il résulte de ce tout ce qui précède que les autres conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
23. La caisse d'allocations familiales de la Vienne n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par la requérante en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
24. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme que la caisse d'allocations familiales de la Vienne demande au titre des frais qu'elle a exposés dans le cadre de la présente instance.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales de la Vienne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Lelong et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée pour information à la caisse d'allocations familiales de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.
La magistrate désignée,
G. DUMONTLa greffière,
G. FAVARD La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026