jeudi 26 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202266 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | HAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 16 et 20 septembre 2022, M. A C, représenté par Me Hay, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation personnelle ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 6 et 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Un mémoire en défense du préfet de la Vienne a été enregistré le 9 janvier 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.
M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 22 mai 1976, est entré en France, selon ses déclarations, en 1977. Par une demande du 16 mars 2021, il a sollicité la délivrance, à titre principal, d'un titre de séjour et, à titre subsidiaire, d'un certificat de résidence de ressortissant algérien de dix ans ou le renouvellement de son certificat de résidence d'un an. Par un arrêté en date du 4 juillet 2022, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article, ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans () ; () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit () : Au ressortissant algérien qui est en situation régulière depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant " ; g) Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français résidant en France, à la condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins, à l'échéance de son certificat de résidence d'un an ; () ". Aux termes de l'article 372 du code civil : " Les père et mère exercent en commun l'autorité parentale () ".
3. Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance ou le renouvellement d'un certificat de résidence lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
4. Pour refuser à M. C le renouvellement d'un certificat de résidence d'un an et la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans, le préfet de la Vienne s'est fondé sur cinq motifs, le premier tiré de ce que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public, le deuxième tiré de son absence de liens personnels et familiaux en France tels que le refus du titre porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, le troisième tiré de l'absence d'éléments de nature à établir qu'il participerait à l'éducation de ses enfants depuis au moins un an, le quatrième tiré de son absence de résidence habituelle en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de dix ans et le cinquième tiré de ce qu'il ne justifie pas de cinq années de résidence ininterrompue en France.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été incarcéré en France à compter de 2002 pendant quinze ans et que lui ont été délivrés plusieurs titres de séjour entre 2016 et 2021. Par suite, M. C réside habituellement sur le territoire français depuis au minimum l'année 2002. Dans ces conditions, il justifiait résider en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté. Dès lors, le préfet de la Vienne a méconnu les stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
6. Il ressort également des pièces du dossier que M. C a été marié à une ressortissante française de juillet 2009 à janvier 2022 et qu'il est le père de deux enfants français, nés de cette union les 14 février 2010 et 17 août 2012 à Poitiers. Il ressort également du jugement de divorce du 17 janvier 2022 du tribunal judiciaire de Poitiers que l'autorité parentale est exercée conjointement par les deux parents. Les stipulations précitées du 4) de l'article 6 et du g) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ne soumettent pas la délivrance d'un certificat de résidence à la condition que le demandeur subvienne effectivement aux besoins de son enfant dès lors qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale ni, en tout état de cause, à une communauté de vie entre les parents. Dans ces conditions, le requérant, qui bénéficiait d'un certificat de résidence d'un an mention " vie privée et familiale ", est fondé à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations précitées en considérant qu'il ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer de plein droit un certificat de résidence de dix ans ou le renouvellement de son certificat de résidence d'un an en sa qualité de parent d'enfant français.
7. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que M. C s'est rendu coupable notamment de faits de vols avec destruction ou dégradation les 26 et 27 septembre 1994 pour lesquels il a été condamné à six mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans. Il s'est également rendu coupable de faits de viol avec tortures ou actes de barbarie les 3 et 4 novembre 2002 pour lesquels il a été condamné à quinze ans d'emprisonnement. Enfin, il s'est également rendu coupable de faits de violence sur une personne vulnérable sans incapacité, abus de confiance au préjudice d'une personne vulnérable, violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité du 1er juillet 2019 au 17 janvier 2020 pour lesquels il a été condamné à un an d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans. Compte tenu de la gravité de ces faits, de leur caractère répété et de la date des derniers commis, le préfet de de la Vienne a pu, sans erreur d'appréciation, estimer que la présence en France de M. C représentait une menace pour l'ordre public et refuser, pour ce motif, de lui renouveler son certificat de résidence d'un an et de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans. Il résulte par ailleurs de l'instruction qu'il aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ce seul motif.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; /; () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. C réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, ainsi qu'il ressort du point 5 du présent jugement. Il ressort également du jugement de divorce du 17 janvier 2022 du tribunal judiciaire de Poitiers que M. C est dispensé de toute contribution à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Par suite, M. C est fondé à soutenir que le préfet de la Vienne a méconnu les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, M. C est fondé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa nouvelle version applicable à la date du présent jugement : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
11. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard aux motifs sur lesquels il se fonde, que la situation de M. C soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Vienne, de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Hay, avocate de M. C, d'une somme de 900 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La décision portant obligation de quitter le territoire français du 4 juillet 2022 du préfet de la Vienne est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vienne de réexaminer la situation de M. C dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Hay, avocat de M. C, une somme de
900 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Vienne et à Me Hay.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
Mme Dumont, première conseillère,
M. Bureau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.
Le rapporteur,
Signé
V. B
Le président,
Signé
A. LE MEHAUTE
La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026