mardi 7 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202348 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL CLEB AVOCAT MEDIATEUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 septembre 2022, Mme A C, représentée par Me Epuli Bombogo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 29 juillet 2022 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire et sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme C soutient que :
- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;
- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors que ses motifs font référence à l'expiration de son passeport, qui était encore en cours de validité à la date à laquelle elle a formé sa demande de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet de la Vienne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 ;
- l'accord franco-gabonais du 5 juillet 2007 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, ressortissante gabonaise née le 18 août 1997, est entrée en France le 6 septembre 2019, sous couvert d'un visa de court séjour valable jusqu'au 10 novembre 2019. Le 27 septembre 2021, elle a déposé une demande de titre de séjour. Par un arrêté du 29 juillet 2022, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être reconduite à l'expiration de ce délai. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur le défaut de motivation de l'arrêté attaqué :
2. L'arrêté contesté vise les textes sur lesquels s'est fondé le préfet de la Vienne et, notamment, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 423-23 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il expose notamment que l'intéressée, célibataire et sans enfant, qui s'est maintenue irrégulièrement en France après l'expiration de son visa de court séjour, ne justifie pas y avoir noué des liens personnels et familiaux particulièrement anciens, stables et intenses, qu'elle ne dispose pas de ressources propres, qu'elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine et qu'elle n'a fourni aucune attestation justifiant de sa participation aux formations dans le cadre du contrat d'intégration républicaine mentionné au 1° de l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tous motifs pour lesquels le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour. La motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que, comme il vient d'être dit, ce refus est lui-même motivé en droit comme en fait et que les dispositions législatives qui permettent de l'assortir d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique. Enfin, la décision fixant le pays de destination vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne la nationalité de la requérante et la circonstance qu'elle n'établit pas courir des risques dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, il ne ressort pas des motifs de l'arrêté contesté, tels qu'ils sont rappelés au point 2, que le préfet de la Vienne, qui n'était pas tenu de faire un exposé exhaustif des circonstances de l'entrée et du séjour de Mme C sur le territoire national, aurait négligé de procéder à un examen particulier de sa situation personnelle.
4. En deuxième lieu, dès lors que Mme C ne démontre pas, ni même n'allègue, avoir formé sa demande de titre de séjour sur un autre fondement que les articles L. 423-23 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet de la Vienne n'était pas tenu d'examiner d'office sa demande sur un autre fondement que ceux au titre desquels elle l'avait déposée et que, en tant que ressortissante gabonaise, son droit au séjour en qualité d'étudiante n'est pas régi par les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais par celles de l'article 9 de l'accord franco-gabonais du 2 décembre 1992, elle ne peut utilement se prévaloir, contre la décision de refus de titre de séjour, des dispositions de l'article L. 422-1. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que, si le préfet avait examiné sa situation au regard de ce texte, il n'aurait, de toute façon, pas pris une décision différente dès lors que, d'une part, comme il l'a relevé dans les motifs de son arrêté et comme exposé ci-après, Mme C ne justifie pas avoir des ressources propres suffisantes et que, d'autre part, elle ne dispose pas d'un visa de long séjour, de sorte qu'elle ne remplit pas les conditions prévues par l'article 9 de l'accord franco-gabonais du 2 décembre 1992 pour la délivrance d'un titre de séjour " étudiant ".
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "
6. Mme C, qui se déclare célibataire et sans enfant, réside au domicile d'une personne qu'elle présente comme étant sa mère, sans toutefois justifier de son lien de parenté avec cette dernière. Elle n'exerce aucune activité professionnelle en France. Si elle a réussi en juillet 2022 les épreuves d'obtention du brevet de technicien supérieur (BTS) au titre duquel elle a été inscrite dans un lycée de Poitiers jusqu'à la fin de l'année scolaire 2021-2022, et si elle était, avant que la décision contestée soit prise, sur le point de s'inscrire dans une formation de comptabilité en alternance auprès de la chambre de commerce et d'industrie de la Vienne, elle ne justifie d'aucune ressource propre, n'ayant d'ailleurs déclaré aucun revenu au titre des années 2020 et 2021. Si une personne de sa connaissance atteste de ses efforts en vue de s'insérer dans la société française, cette circonstance n'est pas, en elle-même, de nature à démontrer que l'intéressée, qui n'est arrivée en France qu'il y a trois ans, y a noué des liens personnels d'une particulière intensité et d'une particulière stabilité avec d'autres personnes que celle qu'elle désigne comme étant sa mère, elle-même de nationalité gabonaise et titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'en octobre 2023. Si elle déclare que la personne qu'elle désigne comme étant sa grand-mère, sans toutefois justifier davantage d'un lien de parenté avec elle, et qui est aujourd'hui décédée, était la seule personne dont elle était proche au Gabon, cette allégation ne suffit pas, en elle-même, à établir qu'elle serait dépourvue d'attache dans son pays d'origine, où elle a résidé jusqu'à l'âge de vingt-deux ans. Dans ces conditions, en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme C, le préfet de la Vienne n'a pas porté au respect dû à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris sa décision et n'a, par suite, pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En quatrième lieu, la validité du passeport est indifférente pour la délivrance d'un titre de séjour et il ne résulte pas des motifs de l'arrêté contesté que l'expiration du passeport de la requérante aurait déterminé la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, à supposer que le préfet se soit trompé en indiquant que le passeport de Mme C était expiré, cette circonstance est, de toute façon, sans incidence sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour.
8. En cinquième lieu, dès lors que, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus au point 6, le préfet de la Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au respect dû à la vie privée et familiale de Mme C en refusant de lui délivrer un titre de séjour, cette autorité, en prenant cette même décision, n'a pas davantage porté une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, dès lors que, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus au point 6, le préfet de la Vienne n'a pas porté d'atteinte disproportionnée au respect dû à la vie privée et familiale de Mme C, cette autorité n'a pas, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'en faisant à Mme C obligation de quitter le territoire français, cette autorité aurait apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressée.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C ne peut qu'être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Pinturault, premier conseiller,
M. Pipart, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.
Le rapporteur,
Signé
M. PINTURAULT
Le président,
Signé
L. CAMPOY La greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
signé
D.GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026