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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202414

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202414

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL PAYET - FILLOUX - DI MARTINO - HENNEMANN & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 septembre 2022 et 25 mars 2024, M. et Mme A et C B, représentés par Me Filloux, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 juillet 2022 par laquelle le maire de la commune de Courant (Charente-Maritime) a refusé de procéder au déplacement de la citerne implantée sur la parcelle cadastrée section A n° 1481 ;

2°) d'enjoindre au maire de Courant, à titre principal, de procéder au déplacement de cette citerne et, à titre subsidiaire, d'installer un dispositif occultant ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Courant une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- l'implantation de la citerne sur la propriété voisine de leur habitation méconnait la distance minimale devant être respectée par rapport aux habitations ;

- elle a été implantée à proximité de leur habitation dans l'objectif de leur nuire dès lors que la commune est propriétaire d'autres parcelles sur lesquelles la réserve d'eau aurait pu être installée ;

- la commune ne justifie pas de la nécessité d'apposer la citerne sur cette parcelle ;

- elle n'est pas propriétaire de la parcelle sur laquelle est installée la citerne ;

- ils subissent un préjudice visuel en raison de l'installation de cette citerne à proximité immédiate de leur propriété ainsi qu'un préjudice lié à la perte de valeur vénale de leur propriété ; dans l'hypothèse d'un sinistre impactant la citerne, ils subiront un préjudice causé par le déversement de l'eau contenue dans la citerne.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 mars 2024 et 3 mai 2024, la commune de Courant, représentée par Me Drouineau et Me Finkelstein, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif d'annuler la décision portant refus de déplacement d'un ouvrage public qui serait irrégulièrement implanté ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bréjeon,

- les conclusions de M. Pipart, rapporteur public,

- et les observations de Me Finkelstein, représentant la commune de Courant.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 5 mai 2022, M. et Mme A et C B, propriétaires de la parcelle cadastrée section A n° 1510, située 33 rue Saint Jean sur la commune de Courant (Charente-Maritime), ont demandé au maire de cette commune de déplacer la citerne souple implantée sur la parcelle voisine cadastrée section A n° 1621. Par une décision du 27 juillet 2022, le maire de Courant a refusé de faire droit à leur demande. M. et Mme B demandent l'annulation de cette décision et d'enjoindre à la commune de procéder à l'enlèvement de cette citerne.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 27 juillet 2022 :

2. Il ne relève pas de l'office du juge administratif, saisi d'une demande tendant à la démolition ou au déplacement d'un ouvrage public irrégulièrement implanté, d'annuler la décision refusant une telle mesure, mais seulement de rechercher s'il a été irrégulièrement implanté et d'en tirer, le cas échéant, les conséquences en termes d'injonction. Par conséquent, la commune de Courant est fondée à soutenir que les conclusions de la requête de M. et Mme B tendant à l'annulation de la décision du 27 juillet 2022 par laquelle le maire de Courant a refusé de déplacer la citerne litigieuse sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur les conclusions tendant au déplacement de la citerne :

3. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition ou le déplacement d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, il n'appartient pas au juge administratif, juge de plein contentieux, d'annuler la décision refusant une telle mesure au propriétaire de la parcelle sur laquelle est construit cet ouvrage, mais de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.

4. En premier lieu, dès lors que le juge, saisi comme en l'espèce d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté, statue en tant que juge du plein contentieux, le moyen tiré de ce que la décision du 27 juillet 2022 est insuffisamment motivée est inopérant.

5. En second lieu, pour soutenir que la citerne souple, ouvrage public, est irrégulièrement implantée, M. et Mme B soutiennent qu'elle a été installée par la commune sans que leur accord n'ait été recueilli au préalable. La citerne ayant cependant été installée sur la parcelle voisine de celle dont sont propriétaires les requérants, la commune n'était pas tenue de recueillir leur accord préalablement à son implantation.

6. Si M. et Mme B font ensuite valoir que la commune n'est pas propriétaire de la parcelle sur laquelle est implantée cet ouvrage, il résulte de l'instruction que, par une délibération du 27 octobre 2021, le conseil municipal a accepté l'acquisition de la parcelle cadastrée section A n° 1621, issue de la division de la parcelle cadastrée section A n° 1481, qui a, par la suite, fait l'objet d'un acte notarié du 9 août 2022.

7. En outre, si les requérants soutiennent que la citerne, située à 15 mètres de leur habitation, méconnait la distance minimale d'implantation des réserves d'eau et, compte tenu de la distance maximale de 400 mètres fixée par le règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie, aurait pu être implantée à une plus grande distance de leur propriété, ils ne se prévalent d'aucune disposition légale ou règlementaire faisant obstacle à l'implantation de cet ouvrage à proximité de leur maison d'habitation.

8. Enfin, ni la circonstance alléguée par les requérants que la citerne aurait pu être implantée sur d'autres parcelles de la commune, ni les éventuels préjudices que les requérants allèguent subir en raison de la proximité de cet équipement par rapport à leur maison d'habitation ne permettent d'établir le caractère irrégulier de son implantation.

9. Dans ces conditions, et alors qu'il résulte de l'instruction que l'implantation de la citerne a été précédée de l'arrêté du maire de la commune du 3 mai 2021 portant non-opposition à déclaration préalable pour l'installation d'une bâche incendie, qui n'a pas été contesté, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que la citerne en litige a été irrégulièrement implantée. Dès lors, les conclusions tendant à l'enlèvement de cet ouvrage public doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Courant, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. et Mme B demandent au titre des frais liés au litige.

11. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme B une somme de 1 300 euros à verser à la commune de Courant au titre de ces mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : M. et Mme B verseront la somme de 1 300 euros à la commune de Courant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et C B et à la commune de Courant.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

Mme Bréjeon, conseillère,

M. Raveneau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

R. BRÉJEON

Le président,

signé

L. CAMPOYLa greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

signé

D. GERVIER

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