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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202422

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202422

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202422
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers JU
Avocat requérantMARQUES-MELCHY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Marques-Melchy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2022 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2022, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après le rapport de Mme C ont été entendues au cours de l'audience publique les observations de Me Marques-Melchy, représentant M. A qui maintient ses écritures et insiste sur son intégration professionnelle qui n'a pas été prise en compte par le préfet.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né le 27 décembre 1997, déclare être entré sur le territoire français le 19 octobre 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 30 novembre 2021, confirmée par la cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 12 avril 2022. Par un arrêté du 6 septembre 2022, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

3. En premier lieu, il ressort de l'extrait du recueil des actes administratifs de la préfecture de la Charente-Maritime, que M. Pierre Molager, secrétaire général de la préfecture de la Charente-Maritime, disposait d'une délégation de signature permanente, régulièrement publiée, de M. D E, préfet de la Charente-Maritime, en date du 30 mai 2022. Elle concerne notamment la mise en œuvre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité ayant édicté la décision doit être écarté.

4. En second lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8. Il mentionne, outre la date d'arrivée en France du requérant, sa demande d'asile rejetée par une décision de l'OFPRA du 30 novembre 2021, confirmée par la CNDA le 12 avril 2022, sa situation privée et familiale, et le fait que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines et traitements inhumains en cas de retour dans son pays d'origine. Si M. A soutient avoir déposé une demande de titre de séjour sur un autre fondement que celui de l'asile et fait valoir que son employeur a sollicité une autorisation de travail auprès de la DIRECCTE, il ne l'établit pas par la seule production d'une promesse d'embauche de la société Dufour Yachts, datée du 12 décembre 2021. Ainsi, l'acte attaqué, qui permet de vérifier que l'autorité préfectorale a procédé à un examen approfondi de la situation de M. A, est suffisamment motivé.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. A, qui est entré en France en 2019, soutient qu'il ne pouvait pas mener une vie privée et familiale sans subir d'importantes sévices en raison de son opposition à l'excision de sa fille. Il se prévaut également de son intégration sur le territoire français du fait de sa participation à différents stages et formations qui lui ont permis d'être recruté en tant que stratifieur au sein de l'entreprise Dufour Yachts. S'il produit une " attestation de capacités " relative à sa formation opérationnelle de stratifieur, un bulletin de paie et une promesse d'embauche, ces éléments ne suffisent toutefois pas établir qu'il bénéficie d'une insertion professionnelle particulière. Il ne démontre pas davantage disposer de liens personnels et familiaux particulièrement intenses, stables et anciens sur le territoire français alors que l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant cette décision, ni entaché celle-ci d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Le requérant soutient que son retour en Guinée l'exposerait personnellement à des risques de traitements inhumains et dégradants dès lors qu'il y subira des persécutions, notamment de la part de sa famille, en raison de son opposition à l'excision de sa fille. Toutefois, il n'établit par aucune pièce la réalité de ce risque. Au demeurant, la demande d'asile de M. A a été rejetée par l'OFPRA, confirmée par la CNDA. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 6 septembre 2022, par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de renouvellement de l'attestation de demande d'asile de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F et au préfet de la Charente-Maritime

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 27 octobre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

S. C

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef par intérim,

La greffière,

N. COLLET

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