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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202445

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202445

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202445
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL D'AVOCATS THIERRY ZORO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 octobre 2022, Mme C B, représentée par Me Zoro, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 11 août 2022 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour, le tout dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ; elle n'est pas suffisamment motivée ; elle méconnaît l'article 9 de la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal sur la circulation et le séjour des personnes du 1er août 1995 en ce que le préfet n'a pas tenu compte, pour apprécier la réalité et le sérieux de ses études, des conséquences de la crise sanitaire sur le déroulement de son cursus universitaire de licence de psychologie ; le préfet a également méconnu l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle dépasse le seuil exigé de revenus de 650 euros par mois ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense enregistrés le 2 janvier 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les autres moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal sur la circulation et le séjour des personnes du 1er août 1995 ;

- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié relatif à la gestion concertée des flux migratoires, et l'avenant à cet accord, signé le 25 février 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendus au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que Mme C B, ressortissante sénégalaise née le 18 mai 1999, est entrée en France le 14 octobre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour mention " étudiant " valable du 10 octobre 2017 au 10 octobre 2018. Elle a bénéficié, en qualité d'étudiante, d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 11 octobre 2018 au 10 octobre 2021. Elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " étudiant " le 14 novembre 2021. Par un arrêté en date du 11 août 2022, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai. Mme B demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, par un arrêté du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, la secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation du préfet de ce département à l'effet de signer les décisions prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, que la décision portant refus de titre de séjour vise les textes dont elle fait application et expose la situation administrative et personnelle et familiale de Mme B ainsi que les motifs pour lesquels le préfet a remis en cause la réalité et le sérieux de ses études et a estimé qu'elle ne justifiait pas de moyens d'existence suffisants. La motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise également les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde, se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que, comme il vient d'être dit, ce refus est lui-même motivé en droit comme en fait et que les dispositions législatives qui permettent de l'assortir d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique. Enfin, la décision fixant le pays de destination vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne la nationalité de la requérante et la circonstance qu'elle n'établit pas courir des risques dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise visée ci-dessus : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre État doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage. Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. / Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants ". Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'administration de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement ses études, en en appréciant la réalité, le sérieux et la progression.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est inscrite en première année de licence de géographie et d'aménagement au titre de l'année 2017-2018 mais qu'elle a été ajournée à l'issue de cette année universitaire. Après avoir changé d'orientation, elle a également été ajournée en première année de licence de droit/AES au titre de l'année 2018-2019. Après un nouveau changement d'orientation, elle a obtenu sa première année de licence de psychologie au titre de l'année 2019-2020, mais a, de nouveau, échoué à sa deuxième année au titre de l'année 2020-2021 et s'est réinscrite à cette formation au titre de l'année universitaire 2021-2022. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la très faible progression de l'intéressée dans ses études depuis 2017 serait imputable à la crise sanitaire liée à l'épidémie de covid-19. Ainsi, compte tenu de ses échecs successifs et de ses multiples changements d'orientation, le préfet de Vienne a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que l'intéressée ne justifiait pas, à la date de la décision attaquée, du caractère sérieux de ses études.

6. En quatrième lieu, à supposer même que Mme B justifie de ressources suffisantes, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé, pour rejeter sa demande, que sur l'absence de sérieux de ses études.

7. En dernier lieu, compte tenu de ce qui précède, Mme B n'est pas fondée à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français. Elle n'est pas davantage fondée à invoquer l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision désignant le pays de destination.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2022.

Le président rapporteur,

Signé

L. A

L'assesseur le plus ancien,

Signé

Y. Crosnier La greffière,

Signé

D. Gervier

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef par intérim,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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