jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202456 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre - JU |
| Avocat requérant | SCP BCJ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 octobre 2022 et un mémoire enregistré le 4 septembre 2023, Mme C B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 7 septembre 2022 par laquelle la commission de recours amiable a confirmé à hauteur de 1 504,76 euros l'indu de prime d'activité qui lui a été notifié le 8 février 2022 par la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Vienne pour un montant initial de 2 009,13 euros ;
2°) de lui accorder la remise gracieuse de cette dette ou, à titre subsidiaire, de lui octroyer des délais de paiement.
Elle soutient que :
- elle est de bonne foi car elle ignorait la pension alimentaire versée à sa fille majeure, qui vivait au foyer, par le père de cette dernière ;
- elle a coché à tort la case visant à contester le bien-fondé de l'indu alors qu'elle souhaitait en réalité en demander la remise gracieuse.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 août 2023, la caisse d'allocations familiales de la Vienne, représentée par la SCP Brossier, Carré, Joly, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de de Mme B la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- l'indu en litige est fondé ; la circonstance que Mme B soit de bonne foi est sans incidence sa légalité ;
- Mme B n'a pas formé de demande préalable tendant à la remise gracieuse de sa dette et ne justifie pas en tout état de cause être dans une situation de précarité telle qu'elle ne pourrait pas assurer le remboursement de sa dette.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 8 février 2022, la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Vienne a notifié à Mme B un indu de prime d'activité d'un montant de 2 009,13 euros au titre des mois de juillet 2020 à mars 2021. A la suite du recours administratif préalable de l'intéressée, la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Vienne, par une décision du 7 septembre 2022, a confirmé l'indu de prime d'activité pour un montant de 1 504,76 euros. Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de cette décision et de lui accorder la remise gracieuse de cette dette ou, à titre subsidiaire, de lui octroyer des délais de paiement.
2. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. ". L'article L. 842-3 du même code dispose que : " La prime d'activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer () ; 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ". L'article L. 842-4 de ce code précise que : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; / 3° L'avantage en nature que constitue la disposition d'un logement à titre gratuit, déterminé de manière forfaitaire ; / 4° Les prestations et les aides sociales, à l'exception de certaines d'entre elles en raison de leur finalité sociale particulière ; / 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu. ". L'article R. 843-1 du même code dispose que, pour chacun des trois mois précédant l'examen ou le réexamen périodique du droit, les ressources prises en compte sont celles perçues au cours du mois considéré.
3. D'autre part, selon l'article R. 846-5 du même code " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Enfin, l'article L. 845-3 du même code dispose que : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
4. En premier lieu, lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
5. Il résulte de l'instruction que l'indu en litige provient du défaut de déclaration par Mme B de ressources versées à sa fille majeure vivant au foyer par le père de cette dernière dont elle est divorcée. Si Mme B fait valoir qu'elle ignorait le versement de ses sommes et qu'elle est de bonne foi, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'indu en litige dont le bien-fondé n'est pas contesté.
6. En second lieu, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Les conditions tenant, d'une part, à la bonne foi du demandeur et, d'autre part, à la précarité de sa situation ne peuvent être regardées comme alternatives.
7. La requérante, qui produit au demeurant sa réclamation préalable contestant seulement le bien-fondé de l'indu, fait valoir qu'elle entendait en réalité demander à la caisse d'allocations familiale une remise gracieuse de sa dette. Elle ne fait toutefois état d'aucun élément permettant de justifier de la précarité de sa situation. Dans ces conditions, et même si la bonne foi de Mme B n'est pas contestée, elle n'établit pas être situation d'obtenir le bénéfice d'une remise gracieuse de dette en application de l'article L. 845-3 précité du code de la sécurité sociale. Les conclusions à fin de remise gracieuse présentées par Mme B doivent par suite être rejetées, sans qu'il soit nécessaire de statuer sur leur recevabilité. Par ailleurs, il n'appartient pas au juge administratif d'octroyer des délais de paiement.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.
9. Il n'y pas lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme que la caisse d'allocations familiales de la Vienne demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales de la Vienne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. ALa greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef
La greffière
Signé
G. FAVARD
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