jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202462 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BCPG AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 octobre 2022, Mme A B, représentée par Me Guillard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision née le 21 juin 2022 par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision est entachée d'un défaut de motivation dès lors que l'administration n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs dans le délai imparti.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 mars 2024, le préfet de la Charente-Maritime conclut au non-lieu à statuer.
Il soutient qu'un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 3 juin 2024 a été délivré à Mme B, ce qui a eu pour effet de faire disparaitre la décision implicite de rejet.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Thévenet-Bréchot a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante marocaine née en novembre 1968, est entrée en France en janvier 2018. Par un courrier reçu à la préfecture de la Charente-Maritime le 21 février 2022, elle a sollicité un titre de séjour, à titre principal sur le fondement de l'article L. 425-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et à titre subsidiaire sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code. Par une décision implicite née le 21 juin 2022 dont Mme B demande l'annulation, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R*432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
3. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 4 août 2022, reçu le 5 août 2022 en préfecture, soit dans le délai de recours contentieux, Mme B a adressé à l'administration une demande de communication des motifs de sa décision implicite de rejet. Aucun motif ne lui a été communiqué dans le délai d'un mois suivant cette demande, en méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Contrairement à ce que soutient le préfet, la circonstance qu'un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 3 juin 2024 ait été postérieurement délivré à l'intéressée n'a pas eu pour effet de retirer ou d'abroger la décision implicite de rejet née le 21 juin 2022. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision litigieuse du 21 juin 2022 est entachée d'un défaut de motivation.
4. Il résulte de ce qui précède que la décision implicite du préfet de la Charente-Maritime, née le 21 juin 2022, doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de la Charente-Maritime réexamine la demande présentée par Mme B et édicte une décision à l'issue de cet examen. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Guillard, avocat de Mme B, d'une somme de 900 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
DECIDE :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a rejeté la demande de titre de séjour de Mme B reçue à la préfecture le 21 février 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Charente-Maritime de procéder à un nouvel examen de la demande de Mme B dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Guillard, avocat de Mme B, une somme de 900 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de la Charente-Maritime et à Me Guillard.
Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Duval-Tadeusz, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
A. THEVENET-BRECHOTLe président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
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