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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202514

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202514

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202514
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBOUILLAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2022, Mme A G, représentée par Me Bouillault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2022 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la procédure menée devant le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est irrégulière ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 6-7 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait l'article L. 611-3 (9°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme G n'est fondé.

Mme G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G, ressortissante algérienne née le 23 janvier 1954, est entrée en France le 19 février 2021 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 21 octobre 2021, elle a déposé une demande de certificat de résidence mention " vie privée et familiale - liens personnels et familiaux " ainsi qu'une demande de certificat de résidence en raison de son état de santé. Par l'arrêté contesté du 31 mai 2022, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur l'arrêté dans son ensemble :

2. Par un arrêté du 7 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département, Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation de signature du préfet de la Vienne à l'effet de signer notamment tous arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés en litige doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, d'une part, l'article 6 de l'accord franco-algérien stipule : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".

4. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 applicables aux ressortissants algériens, qu'il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de titre de séjour présentée par un ressortissant étranger, en raison de son état de santé, de se prononcer au vu de l'avis émis par un collège de médecins de l'OFII. Préalablement à l'avis rendu par ce collège, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui émet l'avis transmis à la préfète.

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour rendre son avis du 7 janvier 2022 sur l'état de santé de la requérante, le collège de médecins de l'OFII, composé des docteurs Theis, Baril et Laumond, s'est prononcé sur la base du rapport médical établi le 28 décembre 2021 par le docteur D, dont le nom est indiqué sur le bordereau de transmission et qui n'a ainsi pas siégé au sein du collège médical. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition du collège de médecins de l'OFII doit être écarté.

6. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les articles 6-5 et 6-7 de l'accord franco-algérien sur lesquels étaient fondées les demandes et rappelle les circonstances de fait relatives à la situation administrative et personnelle de la requérante. Il mentionne en particulier que le collège des médecins de l'OFII a estimé, dans son avis du 7 janvier 2022, que l'état de santé de Mme G nécessitait une prise en charge dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. L'arrêté mentionne également que l'intéressée ne dispose pas de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé et révèle que le préfet a procédé à une étude approfondie de la situation personnelle du demandeur.

7. En troisième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif ou non à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. La requérante fait valoir qu'elle souffre d'une forte myopie bilatérale qui rend nécessaire des injections intra vitréennes de Lucentis et un suivi ophtalmologique régulier. Elle soutient qu'au cours des dix dernières années, elle s'est rendue régulièrement en France afin d'y bénéficier d'une surveillance médicale mais qu'elle n'a plus les moyens financiers d'effectuer ces allers-retours. Elle produit des compte-rendu médicaux de rétinographies établis entre 2013 et 2022 par le Dr F, ophtalmologue à Paris, qui concluent à la nécessité de " poursuivre une surveillance régulière ". Elle produit également un certificat établi par ce même ophtalmologue en date du 25 juillet 2022 indiquant qu'une " surveillance attentive et régulière est indispensable pour l'œil gauche de cette patiente qui est son seul œil fonctionnel avec nécessité absolue de réaliser des injections en cas de récidive du néo-vaisseau ". Enfin, elle produit un certificat établi le 2 juillet 2022 par le Dr E, médecin réanimateur en Algérie, qui indique que Mme G " doit bénéficier de nouvelles molécules innovantes non disponibles actuellement dans son pays d'origine ". Toutefois, ces seuls éléments ne permettent pas de remettre en cause la pertinence de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII le 7 janvier 2022, alors que la requérante n'établit pas qu'elle n'aurait pas un accès effectif à un traitement approprié en Algérie. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet de la Vienne aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

9. En quatrième lieu, l'article 6 de l'accord franco-algérien stipule : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

10. Mme G soutient qu'elle est divorcée, que ses parents sont décédés, que sa fille ainée vit à Dubaï et que ses autres enfants résident en France. Elle fait valoir qu'elle est très proche de sa fille cadette qui possède la nationalité française et de ses petits-enfants. Elle fait en outre valoir que sa présence en France est rendue nécessaire pour son suivi médical. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée déclare être hébergée chez un tiers dans la Vienne et non chez sa fille ou son fils. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point 8 qu'elle n'établit pas qu'elle n'aurait pas un accès effectif à un traitement médical approprié en Algérie, pays où elle a vécu 67 ans avant son arrivée France où elle ne démontre pas être dépourvue d'attache. Enfin, elle ne justifie pas avoir tissé en France des liens personnels et familiaux particulièrement anciens, intenses et stables ni y disposer de ressources propres. Par suite, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Vienne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, dès lors que l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour n'est pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, doit être écartée.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () "

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que l'état de santé de Mme G nécessitait une prise en charge dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles mentionnées au point 10, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Vienne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

15. En premier lieu, dès lors que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi doit être écartée.

16. En deuxième lieu, l'arrêté vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que la requérante, dont la nationalité est rappelée, n'établit pas être exposée à un risque de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, il comporte les considérations de droit et de fait qui fondent la décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

17. En troisième lieu, la requérante n'établit pas qu'elle serait, en cas de retour en Algérie, effectivement et personnellement exposée à des peines ou traitements inhumains ou dégradants au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme G doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A G et au préfet de la Vienne.

Une copie sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Gibson-Théry, première conseillère,

M. B, premier-conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

La Présidente-rapporteure,

Signé

S. C

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

S. GIBSON-THERYLa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La Greffière,

N. COLLET

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