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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202532

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202532

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202532
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCOUSTENOBLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2022, M. L J, représenté par Me Coustenoble, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2022 par lequel la préfète de la Charente a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Charente de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Coustenoble renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté pris dans son ensemble est entaché d'incompétence, faute pour son signataire de justifier d'une délégation régulière ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2022, la préfète de la Charente conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. J ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 18 janvier 2023 à 12 heures.

M. J a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. J, ressortissant tunisien né le 4 mai 1978, a sollicité, le 7 septembre 2020, la délivrance d'un titre de séjour en vertu de ses liens personnels et familiaux, sur le fondement de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 juillet 2022, dont le requérant demande l'annulation, la préfète de la Charente a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, par un arrêté du 22 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Charente le 22 avril 2022, la préfète de la Charente a désigné Mme Nathalie Valleix, secrétaire générale de la préfecture, pour exercer les fonctions de préfet par intérim en cas de vacance momentanée du poste de préfet. Il a été mis fin, par décret du 4 juillet 2022, aux fonctions de Mme E F en qualité de préfète de la Charente et Mme G B n'a été nommée préfète de la Charente, par décret du 20 juillet 2022, qu'à compter du 23 août 2022. Par suite, Mme K I avait bien qualité pour signer, le 25 juillet 2022 en tant que préfète par intérim, l'arrêté en litige. En conséquence, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions et stipulations applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle comporte également les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, cette décision est suffisamment motivée et cette motivation révèle un examen personnalisé de la situation de M. J.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. J est entré en France le 14 août 2016, à l'âge de trente-huit ans, en compagnie de son épouse pour un motif touristique et qu'il devait quitter la France le 30 août suivant. Si le requérant fait valoir, d'une part, qu'il a été contraint de demeurer en France après l'expiration de la durée de validité de son visa de court séjour pour des motifs tenant à l'état de santé de son épouse alors enceinte, d'autre part, que sa famille se trouve désormais en France où réside son épouse et sa fille D née en Charente le 8 novembre 2016 à Saint-Michel, laquelle est scolarisée, ces seuls éléments ne suffisent toutefois pas à établir qu'il dispose en France de liens personnels et familiaux particulièrement intenses, stables et anciens. En outre, il n'établit pas être dépourvu de toutes attaches familiales en Tunisie, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de trente-huit ans et où il disposait d'une bonne insertion professionnelle, alors qu'il n'exerce aucune activité en France. Il n'établit pas davantage, par les pièces produites, ni que l'état de santé de son épouse ou celui de sa fille nécessiterait un suivi médical particulier, ni, en tout état de cause, que ce suivi ne pourrait être effectué en Tunisie. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. J, Mme A H, de nationalité tunisienne, fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français édictée de manière concomitante. Par suite, il n'existe aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Tunisie, ni à ce que la fille du requérant soit scolarisée dans ce pays. Dans ces conditions, la préfète de la Charente n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. J au respect de sa vie privée et familiale en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et en édictant une obligation de quitter le territoire français et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 du présent jugement et dès lors que la cellule familiale peut se reconstituer en Tunisie où la fille du requérant peut poursuivre sa scolarité, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

7. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 du présent jugement, la préfète de la Charente n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des mesures édictées sur la situation personnelle du requérant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. J doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. J est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. L J, à Me Coustenonble et à la préfète de la Charente.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 02 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

G. C

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE Le greffier d'audience,

Signé

JP. CHANTECAILLE

La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne , et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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