mercredi 19 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202566 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Lelong, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'ordonner au préfet de la Vienne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, sans délai et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire et sous la même astreinte, de lui délivrer l'attestation prévue par l'article R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, subsidiairement, dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordé, à lui-même sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- alors que le récépissé qui lui avait été remis lors du dépôt de sa précédente demande de titre de séjour est arrivé à expiration le 5 octobre 2022, la préfecture de la Vienne ne s'est toujours pas prononcée sur sa demande ;
- en raison de l'expiration de son récépissé, il est convoqué par son employeur le 20 octobre 2022 à un entretien préalable en vue de son licenciement ;
- depuis l'expiration de son récépissé, il est en situation irrégulière et ne peut plus travailler ;
Sur l'atteinte grave et immédiate à une liberté fondamentale :
- en le privant de la possibilité de justifier de la régularité de son séjour et de celle de travailler, l'administration porte une atteinte grave et immédiate à son droit à aller et venir librement et à travailler.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les demandes en référé :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " Selon l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. " Enfin, selon le premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "
3. D'autre part, selon l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ".
4. Dès lors que M. B a formé, le 6 avril 2022, une demande de renouvellement de son titre de séjour en tant qu'étudiant et quand bien-même l'administration l'a informé, le 3 octobre 2022, que sa demande était toujours en cours d'instruction, il n'en demeure pas moins que, par l'effet des seules dispositions rappelées ci-dessus au point 3, dans le silence gardé sur cette demande par l'administration pendant plus de quatre mois, une décision implicite de rejet de cette demande est intervenue le 6 août 2022. M. B pouvait ainsi, à compter de cette dernière date, former un recours aux fins d'annulation de cette décision implicite et assortir ce recours, le cas échéant, d'une requête distincte aux fins d'obtenir la suspension de cette décision. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction qu'il existe une situation d'urgence justifiant l'intervention à bref délai du juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, étant relevé qu'en toute hypothèse, dès lors que M. B n'a pas de droit acquis à la régularisation de sa situation administrative, l'existence d'une telle urgence, au sens et pour l'application des dispositions de ce même article, ne peut davantage résulter de la seule circonstance que l'employeur du requérant l'a convoqué à un entretien préalable à son licenciement après que sa situation administrative est devenue irrégulière par l'effet de l'expiration du récépissé qui lui avait été délivré.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête, y compris, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de la Vienne.
Fait à Poitiers, le 19 octobre 2022.
Le juge des référés,
Signé
M. C
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef par intérim,
La greffière,
D. GERVIER
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