mardi 14 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202578 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | HAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 octobre 2022, Mme B C, représentée par Me Hay, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 10 août 2022 par lequel la préfète des Deux-Sèvres lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des articles 37 et 35 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il indique qu'elle a une fille nommée Rachida Mohamed, âgée de 23 ans, qui vit aux Comores ;
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle estime qu'elle ne peut se voir délivrer un titre de séjour au regard de son entrée irrégulière en France métropolitaine sur le fondement de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son entrée irrégulière sur le territoire métropolitain a été régularisée par la délivrance d'un titre de séjour en France métropolitaine valable du 7 décembre 2018 au 6 décembre 2020 ; si elle ne peut effectivement communiquer la copie de la pièce d'identité du père français de sa fille, elle justifie de la nationalité française de cette dernière par la production de sa carte d'identité française ; s'agissant de la contribution du père français à l'entretien et à l'éducation de sa fille, elle a initié une procédure devant le juge aux affaires familiales de Niort en novembre 2018 qui n'a pu aboutir faute de pouvoir justifier de l'adresse du père français ;
- la décision de refus de titre de séjour méconnaît également l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que son compagnon, qui bénéficie d'un titre de séjour pluriannuel valable du 19 avril 2022 au 18 avril 2024 et qui est le père de ses trois autres enfants, habite à proximité de chez elle et contribue à l'éducation et à l'entretien de ces derniers ; elle a également en France métropolitaine un fils majeur titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle et en attente de naturalisation ; elle justifie avoir travaillé en qualité d'intérimaire du 14 janvier 2020 au 28 février 2022 dans le secteur de l'agroalimentaire ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ; elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle a deux enfants de nationalité française qui sont à sa charge ; la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en ce que ses enfants, français ou non, ont le droit de vivre auprès du père de ses trois derniers enfants qui est en situation régulière en France.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 février 2023, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante comorienne née le 18 juin 1983, est, selon ses déclarations, entrée à Mayotte en 2000 où elle a ensuite obtenu des cartes de séjour temporaire valable du 13 septembre 2013 au 12 septembre 2015 à la suite de la naissance, le 11 juillet 2008, de l'une de ses filles reconnue par un ressortissant français résidant sur ce territoire. Elle est ensuite entrée irrégulièrement en France métropolitaine au cours de l'été 2015 et a obtenu deux cartes de séjour temporaire successives en qualité de parent d'enfant français. Le 20 octobre 2020, elle a sollicité de la préfète des Deux-Sèvres le renouvellement de son titre de séjour ainsi qu'une carte de résident de dix ans sur le fondement de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 10 août 2022, la préfète a rejeté sa demande sur ce terrain ainsi que celui de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai. Mme C demande l'annulation de ces décisions.
Sur la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".
3. D'une part, si Mme C a eu une fille, née le 11 juillet 2008 à Mayotte, dont le père déclaré est un ressortissant français, il est constant que ce dernier n'a jamais contribué à l'entretien et à l'éducation de cette enfant depuis sa naissance. Mme C ne produisant, par ailleurs, aucune décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de sa fille, la préfète des Deux-Sèvres pouvait, sans commettre d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation, lui refuser, à ce titre, une carte temporaire de séjour en qualité de parent d'enfant français.
4. D'autre part, si Mme C a eu une autre fille, née le 30 avril 2004 à Mayotte, qui a obtenu la nationalité française le 26 juin 2018, celle-ci était majeure à la date de l'arrêté attaqué, ce qui faisait obstacle à ce que la requérante obtienne, à ce titre, une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions ne sont applicables qu'aux étrangers qui sont père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France.
5. Dans ces conditions, et alors même que la préfète des Deux-Sèvres aurait opposé à tort à la requérante les dispositions de l'article L. 441-8 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
6. En deuxième lieu, l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 (), sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. La délivrance de cette carte de résident est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7 ".
7. Si Mme C a obtenu deux cartes de séjour temporaire successives en qualité de parent d'enfant français, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 4, que, n'étant pas titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7, elle ne pouvait légalement revendiquer la délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans.
8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
9. Mme C est arrivée en France métropolitaine au cours de l'été 2015 à l'âge de trente-deux ans après avoir passé les quinze dernières années à Mayotte. Elle n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'elle entretiendrait encore des relations particulières avec son fils né en 1998 ou sa fille née en 2004, ni que sa présence auprès de ces derniers serait indispensable. Il est constant que Mme C n'a pas non plus de vie commune avec le père comorien résidant en France de son dernier enfant. Les pièces produites ne permettent pas non plus d'établir que celui-ci contribuerait à l'éducation et à l'entretien de cet enfant. Rien ne fait obstacle à ce que le fils et la fille mineure de la requérante l'accompagnent en cas d'éloignement vers son pays d'origine, voire même vers Mayotte, où, comme il a été dit ci-dessus, la requérante a passé les quinze dernières années. L'intéressée n'établit pas non plus être dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où, selon ses propres déclarations à la préfète des Deux-Sèvres et bien qu'elle soutienne désormais le contraire, elle a encore une fille mineure de 17 ans. Dans ces conditions, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".
11. Il ressort des pièces du dossier que Mme C contribue à l'entretien et à l'éducation de sa fille mineure française née en 2008. Il s'ensuit que la préfète des Deux-Sèvres ne pouvait légalement procéder à son éloignement.
12. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il a lieu d'annuler les décisions en date du 10 août 2022 par lesquelles la préfète des Deux-Sèvres a obligé Mme C à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai et de rejeter le surplus de ses conclusions à fin d'annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 11, qui n'implique ni la délivrance d'un titre de séjour, ni, nécessairement, le réexamen de la situation de la requérante, les conclusions à fin d'injonction de Mme C doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Hay, avocat de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Hay de la somme de 900 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions de la préfète des Deux-Sèvres en date du 10 août 2022 faisant obligation à Mme C de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel elle doit être éloignée, sont annulées.
Article 2 : L'État versera la somme de 900 euros à Me Hay, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la préfète des Deux-Sèvres et à Me Hay.
Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Pipart, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.
Le président rapporteur,
Signé
L. A
L'assesseur le plus ancien,
Signé
Y. CROSNIERLa greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026