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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202600

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202600

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202600
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre - JU
Avocat requérantDUCLOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 octobre 2022 et 26 mars 2024, Mme B D, représentée par Me Duclos, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 1er décembre 2021 et 14 avril 2022 par lesquelles la directrice de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Vienne a refusé de lui accorder le bénéfice de l'aide personnalisée au logement pour la période d'octobre 2019 à juillet 2020 inclus ;

2°) de l'admettre au bénéfice de cette aide pour cette période ;

3°) de mettre à la charge de la CAF de la Vienne une somme de 2 000 euros à verser à son avocate au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- si la décision attaquée du 14 avril 2022 mentionne que n'étant pas titulaire d'un titre de séjour, elle ne pouvait prétendre au versement de l'aide personnalisée au logement, il importe de préciser, d'une part, que les arrêtés par lesquels la préfète de la Vienne lui a retiré ses titres de séjour sont postérieurs à la date à laquelle elle a cessé de percevoir l'aide personnalisée au logement et, d'autre part, que ces arrêtés font l'objet d'un recours contentieux et ne sont donc pas définitifs ; en outre, elle n'a pas pris une identité d'emprunt aux fins de s'assurer le versement d'allocations indues, mais seulement par peur de retourner dans son pays d'origine, où sa pathologie n'avait pu être diagnostiquée ; par ailleurs, l'utilisation d'une identité d'emprunt est ici sans influence sur ses droits à allocation ;

- elle avait informé la préfète de la Vienne de sa véritable identité dès le 23 décembre 2018 et n'est pas responsable des délais de traitement de la préfecture, qui ne lui ont délivré son nouveau titre de séjour qu'à compter du 15 juillet 2020 ;

- il n'est pas contesté par la CAF qu'hors la question de son identité, elle avait droit à l'aide personnalisée au logement, qu'elle percevait auparavant sous son ancienne identité et qu'elle perçoit à nouveau sous sa nouvelle identité ;

- sa demande d'aide personnalisée au logement n'était pas tardive, l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale disposant que " l'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans () ".

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 11 mars et 18 avril 2024, la directrice de la CAF de la Vienne, représentée par la SCP BCJ, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le compte allocataire ouvert sous le nom de Mme C, l'identité d'emprunt auparavant utilisée par Mme D, a été radié dès que la CAF a eu connaissance des révélations de la requérante sur son identité ; ensuite, Mme D n'a été dotée d'un titre de séjour qu'à compter du 15 juillet 2020, de sorte qu'elle ne pouvait avoir droit à l'aide personnalisée au logement qu'à compter de cette date ;

- en tout état de cause, Mme D n'a pas sollicité le versement de l'aide personnalisée au logement avant l'obtention, le 15 juillet 2020, d'un titre de séjour sous sa nouvelle identité.

Vu les autres pièces du dossier.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 août 2022.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Duclos, représentant Mme D, qui a repris ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D est entrée en France en 2004. Elle s'est alors prévalue d'une fausse identité par crainte d'être renvoyée dans son pays d'origine, l'Arménie, pays dans lequel la pathologie dont elle souffre, à savoir la fièvre méditerranéenne, n'avait pu être diagnostiquée et prise en charge. Elle a bénéficié, à compter de 2012, de divers titres de séjour, notamment en raison de son état de santé, et a alors sollicité auprès de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Vienne les aides auxquelles sa situation ouvrait droit. Mme D a ensuite volontairement révélé à la préfète de la Vienne, en décembre 2018, à l'occasion du renouvellement de son titre de séjour, sa véritable identité. Les services préfectoraux ayant informé la CAF de cette révélation, celle-ci a interrompu, à compter d'octobre 2019, le versement de l'aide personnalisée au logement dont bénéficiait Mme D sous son identité d'emprunt. L'intéressée a ensuite à nouveau perçu cette aide, sous sa véritable identité, à compter d'août 2020. Par un courrier en date du 30 septembre 2021, reçu le 1er octobre suivant, Mme D a demandé à la CAF de la Vienne de lui verser, notamment, l'aide personnalisée au logement pour la période d'octobre 2019 à juillet 2020 inclus. Cette demande ayant été implicitement rejetée par la CAF, Mme D a introduit un recours administratif contre cette décision implicite, par un courrier du 27 décembre 2021 reçu le lendemain. Ce recours a été rejeté par une décision de la directrice de la CAF de la Vienne du 14 avril 2022. Mme D demande au tribunal d'annuler le rejet de sa demande de versement de l'aide personnalisée au logement pour la période d'octobre 2019 à juillet 2020 inclus et de l'admettre au bénéfice de cette aide pour cette période.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 822-2 du code de la construction et de l'habitation : " I.- Peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement : 1° Les personnes de nationalité française ; 2° Les personnes de nationalité étrangère remplissant les conditions prévues par les deux premiers alinéas de l'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale. () ". L'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale dispose : " () Bénéficient () de plein droit des prestations familiales dans les conditions fixées par le présent livre les étrangers non ressortissants d'un État membre de la Communauté européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse, titulaires d'un titre exigé d'eux en vertu soit de dispositions législatives ou réglementaires, soit de traités ou accords internationaux pour résider régulièrement en France. () ". Selon le dernier alinéa de l'article R. 823-2 du code de la construction et de l'habitation : " La personne de nationalité étrangère qui demande à bénéficier des aides personnelles au logement justifie, en outre, de la régularité de son séjour par la production d'un des titres de séjour ou documents prévus à l'article D. 512-1 du code de la sécurité sociale. "

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 823-10 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement sont dues à compter du premier jour du mois civil suivant celui au cours duquel les conditions d'ouverture du droit sont réunies. / Toutefois, lorsque ces conditions sont réunies antérieurement au mois de la demande, l'aide est due à compter du premier jour du mois au cours duquel la demande est déposée. "

4. Il est constant que Mme D était dépourvue de titre de séjour sur la période d'octobre 2019 à juillet 2020. Il résulte des dispositions citées au point 2 qu'au regard de cette seule circonstance, sur laquelle aucun des éléments invoqués par Mme D n'a d'incidence, celle-ci ne pouvait, pendant la période en litige, bénéficier de l'aide personnalisée au logement, comme plus généralement de toute aide personnelle au logement. En tout état de cause, la demande d'aide personnalisée au logement de Mme D pour la période d'octobre 2019 à juillet 2020 n'ayant été déposée que le 1er octobre 2021, elle ne pouvait qu'être rejetée comme tardive au regard des dispositions du deuxième alinéa de l'article R. 823-10 du code de la construction et de l'habitation citées au point 3. La requérante ne peut, à cet égard, utilement invoquer l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale, les dispositions de ce code n'étant pas applicables aux aides personnelles au logement, sauf renvoi express du code de la construction et de l'habitation.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

6. Enfin, il résulte des articles L. 811-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation, ainsi que de l'article R. 825-4 de ce code, que les compétences exercées par les CAF en matière d'aides personnelles au logement le sont au nom de l'État et que lorsque les directeurs de ces caisses défendent devant les tribunaux administratifs les décisions prises en cette matière, ils représentent l'État. Par suite, la CAF de la Vienne, qui n'est pas partie à l'instance, ne peut obtenir que soit mise à la charge de la requérante une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées à ce titre par la directrice de la CAF ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la CAF de la Vienne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à la caisse d'allocations familiales de la Vienne et à Me Duclos.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

B. ALa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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