jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202603 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP KPL AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 octobre 2022 et le 14 mai 2024, la société Free Mobile, représentée par le cabinet Pamlaw Avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 août 2022 par laquelle le maire de la Chaillevette s'est opposé à sa déclaration de travaux pour l'installation d'une antenne relais sur la parcelle cadastrée section B n° 307 situé rue du Bourg ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Chaillevette de lui délivrer une décision de non-opposition dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Chaillevette la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige doit être regardé comme une décision de retrait d'une décision tacite de non-opposition et a par suite été pris en méconnaissance des dispositions de l'article 222 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;
- les motifs retenus pour s'opposer à son projet ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense enregistrés le 5 juin 2023 et le 18 juin 2024, la commune de Chaillevette, représentée par la SCP KPL Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Free Mobile en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- l'arrêté en litige ne peut être analysé comme une décision de retrait d'une décision tacite de non opposition dès lors que le pli contenant cet arrêté a fait l'objet d'une première présentation par les services de la poste à la société requérante le 20 août 2022 ;
- si la décision attaquée ne pouvait pas être fondée sur le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) applicable au secteur Ap, elle reste fondée sur les deux autres motifs d'opposition tirés du risque de submersion et d'extension de l'urbanisation en zone littorale.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boutet,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,
- les observations de Me Pielberg, représentant la commune de Chaillevette.
Considérant ce qui suit :
1. La société Free Mobile a déposé, le 20 août 2022, à la mairie de la commune de Chaillevette (Charente-Maritime), une déclaration préalable de travaux en vue de l'installation sur la parcelle cadastrée section B n° 307 situé rue du Bourg d'un pylône de télécommunication. Par un arrêté du 20 août 2022, le maire de Chaillevette a fait opposition à cette déclaration de travaux. Par une ordonnance n° 2203037 du 22 décembre 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Poitiers a suspendu cet arrêté et enjoint au maire de délivrer une décision de non-opposition provisoire. Par la présente requête, la société Free Mobile demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique dite " loi Elan " : " A titre expérimental, par dérogation à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et jusqu'au 31 décembre 2022, les décisions d'urbanisme autorisant ou ne s'opposant pas à l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile avec leurs systèmes d'accroche et leurs locaux et installations techniques ne peuvent pas être retirées. / Cette disposition est applicable aux décisions d'urbanisme prises à compter du trentième jour suivant la publication de la présente loi ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable () ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ". L'article R. 423-23 du code de l'urbanisme prévoit que : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables () ".
4. Selon l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme, et sous réserve des exceptions prévues par ce code, le silence gardé par l'autorité compétente au terme du délai d'instruction sur une déclaration préalable ou une demande de permis au titre du code de l'urbanisme vaut, selon les cas, décision tacite de non-opposition à cette déclaration ou permis tacite de construire, d'aménager ou de démolir. Il en résulte que l'auteur d'une déclaration préalable ou d'une demande de permis est réputé être titulaire d'une décision de non opposition ou d'un permis tacite si aucune décision ne lui a été notifiée avant l'expiration du délai réglementaire d'instruction de son dossier. Lorsque la décision refusant le permis ou s'opposant au projet ayant fait l'objet d'une déclaration préalable est notifiée au demandeur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception postal, ainsi que le prévoit le premier alinéa de l'article R. 424-10 du même code, le demandeur est, comme l'indique explicitement l'article R. 423-47 de ce code s'agissant de la notification de la liste des pièces manquantes en cas de dossier incomplet et de la notification de la majoration, de la prolongation ou de la suspension du délai d'instruction d'une demande, réputé avoir reçu notification de la décision à la date de la première présentation du courrier par lequel elle lui est adressée. Il incombe à l'administration, lorsque sa décision est parvenue au pétitionnaire après l'expiration de ce délai et qu'elle entend contester devant le juge administratif l'existence d'une décision implicite de non opposition préalable ou d'un permis tacite, d'établir la date à laquelle le pli portant notification sa décision a régulièrement fait l'objet d'une première présentation à l'adresse de l'intéressé.
5. Il est constant que la déclaration préalable de travaux a été déposée par la société Free Mobile le 20 juin 2022. La décision de non-opposition en litige est datée du 20 août 2022 mais il ressort des pièces du dossier que le courrier a été remis en recommandé avec accusé de réception aux services de la poste le 19 août 2022. La commune n'établit pas, par les pièces qu'elle produit et au regard du délai normal d'acheminement du courrier, que ce courrier aurait fait l'objet d'une première présentation à la société Free Mobile dès le 20 août 2022. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué a implicitement mais nécessairement eu pour effet de retirer la décision tacite de non-opposition née le 20 août 2022. La société requérante est par suite fondée à soutenir que l'arrêté du 20 août, notifié postérieurement à cette date, constitue une décision de retrait de la décision de non-opposition à déclaration préalable née le 20 août 2022. Il en résulte que l'arrêté attaqué a été édicté en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 cité au point 2.
6. Il résulte de tout ce que précède que l'arrêté du maire de Chaillevette du 20 août 2022 doit être annulé au motif qu'il procède illégalement au retrait de la décision tacite de non-opposition née le 20 août 2022. Dans la mesure où cette décision tacite d'autorisation ne peut faire légalement l'objet d'aucun retrait, il n'est pas nécessaire de statuer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Compte tenu de l'annulation de la décision du 20 août 2022, la société Free Mobile est titulaire d'une autorisation de réaliser les travaux déclarés. Par suite, il n'y a pas lieu d'enjoindre au maire de Chaillevette de délivrer cette autorisation.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Chaillevette la somme de 1 200 euros à verser à la société Free Mobile en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Free mobile, qui n'est pas la partie perdante, la somme que la commune demande au titre des frais qu'elle a engagés dans l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de Chaillevette du 20 août 2022 est annulé.
Article 2 : La commune de Chaillevette versera à la société Free Mobile la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Free Mobile et à la commune de Chaillevette.
Délibéré après l'audience du 9 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Bris, présidente,
Mme Boutet, première conseillère,
Mme Dumont, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
M. BOUTET
La présidente,
I. LE BRIS
Le greffier,
S. GAGNAIRE
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
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