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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202735

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202735

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202735
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantHAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 novembre 2022 et le 18 avril 2024, Mme C A épouse B, représentée par Me Hay, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a implicitement rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision implicite attaquée est entachée d'un vice de forme en l'absence de motivation, dès lors que le préfet de la Charente-Maritime ne lui a pas communiqué les motifs de refus de titre de séjour malgré sa demande en ce sens ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour alors qu'elle justifie résider en France habituellement depuis plus de dix ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A épouse B ne sont pas fondés.

Mme A épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gibson-Théry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse B, ressortissante turque née le 15 mai 1982, déclare être entrée en France le 29 décembre 2011. Elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour à la préfecture de la Charente-Maritime par un courrier du 2 mars 2022, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un courrier du 11 juillet 2022 réceptionné par la préfecture le 19 juillet 2022, elle a demandé les motifs de rejet de la décision implicite par laquelle sa demande d'octroi de titre de séjour a été rejetée. Par sa requête, Mme A épouse B demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme A épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2022. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". Il résulte de ces dispositions que, dans le cas où la demande de titre de séjour a été implicitement rejetée, l'absence de communication des motifs de ce refus dans le délai d'un mois suivant la demande faite à cette fin par la personne intéressée a pour effet d'entacher d'illégalité la décision implicite de rejet.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A épouse B a demandé au préfet de la Charente-Maritime, par un courrier du 11 juillet 2022 envoyé en recommandé avec avis de réception postal, reçu le 19 juillet 2022, la communication des motifs de la décision implicite de rejet qu'il a prise sur sa demande de délivrance du titre de séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait été répondu à cette demande. Ainsi, en l'absence de communication des motifs dans le délai d'un mois à compter du 19 juillet 2022, la décision implicite de rejet attaquée, non motivée, est entachée d'illégalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. L'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de titre de séjour de Mme A épouse B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme A épouse B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Hay, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Hay de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme A épouse B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a implicitement rejeté la demande de titre de séjour de Mme A épouse B est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Charente-Maritime de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme A épouse B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Hay une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Hay renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B, au préfet de la Charente-Maritime et à Me Hay.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

Le président,

Signé

P. CRISTILLELa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

G. FAVARD

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