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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202760

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202760

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202760
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantHAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2022, Mme B A, épouse D, représentée par Me Hay, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour du 20 décembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la décision est entachée d'un défaut de motivation dès lors que l'administration n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs ;

-elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 octobre 2023, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%) par une décision du 30 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Thévenet-Bréchot a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante turque née en octobre 1989, est entrée en France en juin 2018. Par un courrier reçu à la préfecture de la Charente-Maritime le 20 décembre 2021, elle a sollicité un titre de séjour " vie privée et familiale ". Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a refusé de faire droit à sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R*432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. / Le délai mentionné à l'article L. 114-3 au terme duquel, à défaut de décision expresse, la demande est réputée acceptée ne court qu'à compter de la réception des pièces et informations requises. /Le délai mentionné au même article au terme duquel, à défaut de décision expresse, la demande est réputée rejetée est suspendu pendant le délai imparti pour produire les pièces et informations requises. Toutefois, la production de ces pièces et informations avant l'expiration du délai fixé met fin à cette suspension. / La liste des pièces et informations manquantes, le délai fixé pour leur production et la mention des dispositions prévues, selon les cas, au deuxième ou au troisième alinéa du présent article figurent dans l'accusé de réception prévu à l'article L. 112-3. Lorsque celui-ci a déjà été délivré, ces éléments sont communiqués par lettre au demandeur. ".

3. Il résulte de ces dispositions que le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande de titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet au terme d'un délai de quatre mois, sauf interruption par l'envoi au demandeur, avant l'expiration de ce délai, d'une demande de pièces et informations manquantes, pourvu qu'elles soient exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a déposé une demande de titre de séjour " vie privée et familiale " le 20 décembre 2021. Par un courriel du 2 février 2022, le préfet de la Charente-Maritime lui a demandé de lui communiquer plusieurs pièces complémentaires, à savoir la copie des trois derniers bulletins de salaire de son époux, l'avis d'imposition 2021 sur les revenus 2020, le certificat de scolarité de son enfant C, la copie des titres de séjour des membres de la famille résidant régulièrement en France, et tout document justifiant de l'insertion de l'intéressée dans la société française. Mme A a répondu à cette demande par lettre recommandée réceptionnée en préfecture le 7 février 2022, ce qui a mis fin à la suspension du délai au terme duquel, à défaut de décision expresse, la demande est réputée rejetée. La circonstance que l'intéressée n'a pas fourni l'ensemble des pièces demandées n'a pas eu pour effet de proroger la suspension du délai, alors qu'il appartenait au préfet d'examiner la demande de titre de séjour de l'intéressée au regard des pièces produites. Par suite, en l'absence de réponse du préfet de la Charente -Maritime à la demande de communication des motifs qui lui a été adressée le 22 juillet 2022, Mme A est fondée à soutenir que la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision implicite du préfet de la Charente-Maritime, née le 8 juin 2022, doit être annulée

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu et seul susceptible de l'être, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de la Charente-Maritime réexamine la demande présentée par Mme A et édicte une décision à l'issue de cet examen. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle de 55% par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 30 septembre 2022. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Hay, avocate de Mme A, d'une somme de 660 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

DECIDE :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de la Charente-Maritime a rejeté la demande de titre de séjour de Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Charente-Maritime de procéder à un nouvel examen de la demande de Mme A dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Hay, avocat de Mme A, une somme de 660 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, épouse D, au préfet de la Charente-Maritime et à Me Hay.

Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

A. THEVENET-BRECHOTLe président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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