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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202786

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202786

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP D'AVOCATS TEN FRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Béguin, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des décisions des 23 février 2022 et 2 août 2022 par lesquelles le président de la communauté d'agglomération du Niortais, d'une part, a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie et, d'autre part, l'a placé à la retraite pour invalidité sans lien avec le service et l'a radié des cadres à compter du 2 août 2022, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;

2°) d'enjoindre au président de la communauté d'agglomération du Niortais de le placer en congé pour imputabilité au service avec maintien de son plein traitement, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du Niortais une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la condition d'urgence :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que les décisions attaquées le privent de sa qualité de fonctionnaire et le placent dans une situation financière précaire alors qu'il doit faire face à de nombreuses dépenses mensuelles ;

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées :

En ce qui concerne la décision du 23 février 2022 :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- le médecin de prévention n'a pas été mis en mesure de rendre un rapport sur ses conditions de travail et l'imputabilité au service de sa pathologie, ce qui a eu pour effet de le priver d'une garantie ;

- la commission de réforme a rendu un avis défavorable à l'imputabilité au service, en considérant que la pathologie du requérant était liée à une " personnalité pathologique ", conclusion uniquement fondée sur l'expertise du docteur H qui doit être écarté car, d'une part, la saisine de cet expert par la communauté d'agglomération du Niortais était totalement orientée et, d'autre part, aucun trouble de la personnalité n'a jamais été décelé ;

- l'imputabilité au service d'une maladie doit être reconnue dès lors qu'elle est en lien avec un contexte professionnel pathogène, quand bien même celui-ci n'aurait contribué à la pathologie psychique que pour partie ;

En ce qui concerne la décision du 2 août 2022 :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas motivée en fait ;

- elle est entachée d'u vice de procédure dès lors que la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales n'a pas étudié les pièces qui lui ont été remises par courrier du 28 septembre 2021 ;

- elle est entachée de rétroactivité illégale ;

- l'autorité territoriale n'a pas exercé sa compétence et s'est estimée liée à tort par l'avis de la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales ;

- il n'est pas définitivement inapte à tout emploi ;

- son invalidité est imputable au service.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2022 la communauté d'agglomération du Niortais conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'un précédent référé a déjà été rejeté pour défaut d'urgence et qu'aucun élément nouveau n'est invoqué ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- les requête enregistrées le 29 juin 2021 et le 14 octobre 2022 sous les numéros 2101665 et 2202559 par lesquelles M. C demande l'annulation des décisions contestées.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après lecture du rapport de Mme D ont été entendues au cours de l'audience publique :

- les observations de Me Beguin, représentant M. C, présent, qui maintient ses conclusions et moyens, insiste sur la circonstance qu'il ne perçoit aucun revenu depuis le mois d'août et sur le contexte pathogène dans lequel il a exercé son activité professionnel alors que les médecins n'ont constaté aucun état pathologique antérieur, et produit des pièces qui sont versées au dossier ;

- et les observations de Me Levrey, représentant la communauté d'agglomération du Niortais qui maintient l'intégralité de ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, technicien principal de 2ème classe au sein de la communauté d'agglomération du Niortais, a été placé en congé de longue maladie suite à la survenance d'une pathologie psychologique. Par un arrêté du 23 février 2022, le président de la communauté d'agglomération du Niortais a refusé de reconnaître sa maladie comme imputable au service. Par un arrêté du 2 août 2022, ce dernier l'a admis à la retraite pour invalidité et l'a radié des cadres. Par la présente requête, M. C demande la suspension de l'exécution de ces arrêtés.

Sur la recevabilité de la requête :

2. La requête de M. C n'étant pas fondée sur les dispositions de l'article L 521-4 du code de justice administrative, rien ne s'oppose à ce que l'intéressé, alors même qu'un précédent référé suspension a été rejeté pour défaut d'urgence par une ordonnance du 19 octobre 2022 dépourvue de l'autorité de la chose jugée, saisisse à nouveau le juge des référés sur le même fondement que la première demande.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :

4. Il résulte des dispositions précitées que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

5. Pour justifier de ce que les deux décisions attaquées le placent dans une situation économique précaire, M. C produit un décompte provisoire de pension établi par la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales, selon lequel sa pension s'élèvera à un montant net estimé de 242 euros. Par ailleurs, si l'épouse du requérant perçoit en traitement s'élevant à 2967,69 euros mensuels, les documents bancaires produits attestent de nombreuses charges financières grevant les finances du requérant, dont certaines s'élèvent à des montants de plusieurs centaines d'euros par mois. Dans ces conditions, compte tenu des conséquences financières des deux arrêtés en litiges, il y a lieu de regarder la condition d'urgence comme remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées :

6. Il ressort des pièces du dossier que, par deux arrêtés du 17 juillet 2020, le président de la communauté d'agglomération du Niortais a été donné délégation à M. G et à Mme E, auteurs respectivement des arrêtés contestés du 23 février et du 2 août 2022, à l'effet de signer, en matière de ressources humaines, les correspondances, délibérations, actes et conventions passés en application de ces délibérations. Ces délégations n'autorisent ainsi pas les intéressés à signer des actes qui ne se rattachent pas à l'exécution des délibérations, à l'exception des correspondances. Par ailleurs, plusieurs documents produits par le requérant démontrent que, si celui-ci a souffert de troubles dépressifs et de difficultés d'ordre psychique qui ont justifié des arrêts de travail, cet état de santé n'a pas eu pour effet de le rendre inapte à exercer toute activité professionnelle. Il en est ainsi notamment des conclusions du docteur B du 12 janvier 2017 lequel mentionne que l'état de santé M. C est compatible non seulement avec une activité professionnelle mais encore avec une activité professionnelle en équipe, et du certificat médical du 17 septembre 2021 établi par le docteur F indiquant que le requérant est apte à la reprise d'un travail à temps plein. Si la communauté d'agglomération du Niortais se prévaut du rapport d'expertise du docteur H établi le 1er septembre 2021, celui-ci ne fait pas état d'une inaptitude totale et définitive à toute fonction. Il suit de là que les moyens tirés de l'incompétence des signataires des décisions litigieuses et, pour ce qui concerne l'arrêté du 2 août 2022, celui tiré de l'erreur de qualification juridique des faits quant à l'inaptitude définitive de M. C à toute fonction, sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de ces décisions. Dès lors, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution des arrêtés du 23 février et du 2 août 2022 par lesquels le président de la communauté d'agglomération du Niortais a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de M. C, l'a admis à la retraite pour invalidité et l'a radié des cadres.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard à ses motifs, la présente ordonnance n'implique pas que la communauté d'agglomération du Niortais place M. C, même provisoirement, en congé pour imputabilité au service avec maintien de son plein traitement, mais seulement qu'elle réintègre provisoirement M. C jusqu'à ce qu'il soit statué à nouveau sur sa situation. Il y a lieu d'enjoindre au président de la communauté d'agglomération du Niortais de procéder à cette réintégration provisoire dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la communauté d'agglomération du Niortais au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du Niortais une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution des arrêtés du 23 février 2022 et du 2 août 2022 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la communauté d'agglomération du Niortais de réintégrer provisoirement M. C, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La communauté d'agglomération du Niortais versera à M. C la somme de 900 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et à la communauté d'agglomération du Niortais.

Fait à Poitiers, le 25 novembre 2022.

La juge des référés,

Signé

S. D

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

D. GERVIER

N°2202786

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