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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202802

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202802

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202802
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDJAMAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 novembre 2022, M. E, représenté par Me Djamal, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2022 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie au préalable ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 et de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en faisant une application erronée de l'article L. 441-8 de ce code ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale dès lors qu'il justifie d'une circonstance exceptionnelle au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale dès lors que la décision portant refus de séjour est illégale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme ;

- elle méconnaît les articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 février 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant comorien, s'est vu délivrer un titre de séjour par le représentant de l'Etat à Mayotte, valable du 18 mai 2016 au 17 mai 2017. Il déclare être entré sur le territoire métropolitain le 18 janvier 2017. L'intéressé a fait l'objet d'un arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine en date du 13 mars 2018 portant obligation de quitter le territoire français sans délai. Par la suite, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " parent d'enfant français ". Par un arrêté du 12 août 2020, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de faire droit à sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français. Cet arrêté fait l'objet d'un recours devant le tribunal administratif de Rennes. L'intéressé a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " parent d'enfant français " auprès de la préfecture de la Vienne. Par un arrêté du 28 octobre 2022, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, sur lesquelles il se fonde. Il comporte également les considérations de fait retenus par le préfet en mentionnant, outre la date d'arrivée en France de M. B, sa situation privée et familiale. Ainsi, l'acte attaqué, qui permet de vérifier que l'autorité préfectorale a procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de M. B, est suffisamment motivé au regard des dispositions invoquées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ". Aux termes de l'article L. 441-8 de ce code : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 233-1 et L. 233-2, les titres de séjour délivrés par le représentant de l'Etat à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 233-5, L. 421-11, L. 421-14, L. 421-22, L. 422-10, L. 422-11, L. 422-12, L. 422-14, L. 424-9, L. 424-11 et L. 426-11 et des dispositions relatives à la carte de résident, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte. / Les ressortissants de pays figurant sur la liste, annexée au règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département () doivent obtenir une autorisation spéciale prenant la forme d'un visa apposé sur leur document de voyage. Ce visa est délivré, pour une durée et dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat, par le représentant de l'Etat à Mayotte après avis du représentant de l'Etat du département () où ils se rendent, en tenant compte notamment du risque de maintien irrégulier des intéressés hors du territoire de Mayotte et des considérations d'ordre public / () Les conjoints, partenaires liés par un pacte civil de solidarité, descendants directs âgés de moins de vingt et un ans ou à charge et ascendants directs à charge des citoyens français bénéficiant des dispositions du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne relatives aux libertés de circulation sont dispensés de l'obligation de solliciter l'autorisation spéciale prenant la forme d'un visa mentionnée au présent article.".

4. Sous la qualification de " visa ", ces dispositions instituent une autorisation spéciale, délivrée par le représentant de l'Etat à Mayotte, que doit obtenir l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte dont la validité est limitée à ce département, lorsqu'il entend se rendre dans un autre département. La délivrance de cette autorisation spéciale, sous conditions que l'étranger établisse les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour et les garanties de son retour à Mayotte, revient à étendre la validité territoriale du titre de séjour qui a été délivré à Mayotte, pour une durée qui ne peut en principe excéder trois mois. Les dispositions de l'article L. 441-8 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui subordonnent ainsi l'accès aux autres départements de l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte à l'obtention de cette autorisation spéciale, font obstacle à ce que cet étranger, s'il gagne un autre département sans avoir obtenu cette autorisation, puisse prétendre dans cet autre département à la délivrance de plein droit de la carte de séjour temporaire telle que prévue à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B était titulaire d'un titre de séjour délivré par le représentant de l'Etat à Mayotte, valable jusqu'au 17 mai 2017 et qu'il est entré sur le territoire métropolitain le 18 janvier 2017. Il est constant qu'il n'a ni obtenu, ni même sollicité l'autorisation spéciale prévue par les dispositions précitées. La circonstance qu'il a conclu un pacte civil de solidarité le 9 juillet 2018 à Rennes avec une ressortissante française ne le dispensait pas de l'obligation de détenir cette autorisation spéciale, dès lors que cette union est intervenue postérieurement à son entrée sur le territoire métropolitain. Par suite, le préfet de la Vienne a pu légalement lui opposer une entrée irrégulière pour refuser sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention () " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. M. B se prévaut de la présence en France de sa conjointe et de leurs deux enfants, dont le dernier est né le 24 septembre 2022, et de ce qu'ils sont tous les trois titulaires de la nationalité française. Toutefois, ces circonstances ne sauraient être assimilées à des considérations humanitaires et ne constituent pas davantage des motifs exceptionnels, de nature à ouvrir un droit au séjour en application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de la Vienne ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des faits de l'espèce en refusant au requérant un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.

8. En dernier lieu, pour les motifs qui viennent d'être exposés, dès lors que le préfet de la Vienne a légalement considéré que le requérant ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-13 du même code ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, M. B ne peut utilement se prévaloir de cette prétendue illégalité pour contester, par voie d'exception, la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Selon le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

11. M. B soutient que la décision litigieuse porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ainsi qu'à l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs, nés le 4 février 2019 et le 24 septembre 2022. Il se prévaut à cet effet du pacte civil de solidarité conclu avec Mme C, de nationalité française et mère de leurs deux enfants, le 9 juillet 2018 à Rennes. Toutefois, le préfet fait valoir en défense, en s'appuyant sur les indications du fichier des ressortissants étrangers, que M. B réside en fait chez Juliette Victoire, 38 résidence Clos de la Croix de Bois à Vouneuil-sous-Biard et non avec Mme A. C'est d'ailleurs bien cette adresse qui apparait sur la facture d'Auchan du 25 janvier 2022 produit au dossier par le requérant.

Par suite, M. B n'établit pas l'existence d'une vie commune avec Mme A. En outre, si le requérant se prévaut également d'une attestation de la caisse d'allocations familiales du 7 octobre 2022, cette attestation établit seulement que Mme F A vit chez M. G A à Migné-Auxances et qu'elle a deux enfants à charge, dont Youcef B, né le 4 février 2019. Enfin, la facture d'Auchan et la facture d'Okaïdi du 25 janvier 2022, ainsi que la facture Jouéclub de 7,99 euros du 14 février 2019, produites au dossier par le requérant sont insuffisantes pour établir qu'il participe effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans. Par suite, il n'est pas fondé à se prévaloir d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant. Enfin, il ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 9 de la convention relative aux droits de l'enfant, qui ne créent des obligations qu'entre Etats.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 octobre 2022 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

A. LE MEHAUTE

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

G. DUMONT La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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