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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202810

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202810

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202810
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantONDONGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 novembre 2022 et le 23 janvier 2023, M. D A C, représenté par Me Ondongo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 18 octobre 2022 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour " Vie privée et familiale " dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A C soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est irrégulière faute pour le préfet de la Vienne d'avoir saisi la commission du titre de séjour sur le fondement du 1° de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît les mêmes dispositions et stipulations.

Par un mémoire en défense enregistrés le 22 février 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Durand-Louveau, substituant Me Ondongo, représentant M. A C.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A C, ressortissant brésilien né le 6 septembre 1992, est, selon ses déclarations, entré en France le 19 avril 2018 avec son épouse et leur fille et s'y est ensuite maintenu irrégulièrement avec le reste de sa famille. Le 2 novembre 2021, lui et son épouse ont sollicité du préfet de la Vienne un titre de séjour " Vie privée et familiale ". Par un arrêté en date du 18 octobre 2022, celui-ci a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. A C demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance (). ".

3. Le préfet n'est tenu, en application de ces dispositions de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions permettant d'obtenir de plein droit un titre de séjour, et non de tous les étrangers qui sollicitent un tel titre. Il résulte de ce qui est dit au point 5 ci-dessous que M. A C ne remplit pas les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir de plein droit un titre de séjour. Dès lors, le préfet de la Vienne n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L.412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./ L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A C n'est entré sur le territoire français qu'en 2018. Si sa mère, son beau-père et sa tante vivent également en France, il n'établit pas que sa présence auprès de ces derniers, qui ne résident d'ailleurs pas dans le département de la Vienne, serait indispensable. Rien ne fait obstacle à ce qu'il retourne au Brésil avec sa fille et son épouse, qui fait d'ailleurs, elle aussi, l'objet d'un refus de titre de séjour ainsi que d'une mesure d'éloignement. A défaut de documents d'état-civil, il n'établit pas, par les seules attestations dépourvues de valeur probante qu'il produit, qu'il n'aurait plus d'attaches dans son pays d'origine où, en toute hypothèse, il a vécu pendant vingt-cinq ans et qu'il n'a quitté que très récemment. Il est constant qu'il ne dispose d'aucune ressource, excepté des revenus de transfert du département de la Vienne. Il ne justifie aucunement de ses conditions d'intégration personnelle et professionnelle dans la société française. Dès lors, l'arrêté contesté n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Compte tenu de ce qui été dit plus haut, le préfet n'a pas non plus méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que les moyens tirés de la méconnaissance par la décision faisant obligation à l'intéressé de quitter le territoire français, des stipulations et dispositions citées au point 4, doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A C doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A C et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

Le président rapporteur,

Signé

L. B

L'assesseur le plus ancien,

Signé

Y. CROSNIERLa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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