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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202813

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202813

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202813
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCPA GAND-PASCOT-PENOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 novembre 2022, M. C A, représenté par Me Gand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 21 septembre 2022 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de quarante-cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- le préfet ne pouvait lui refuser un titre de séjour au motif qu'il ne justifiait pas de son identité dès lors que, même si l'authenticité du jugement supplétif et du permis de conduire guinéen qu'il a produit à l'administration a été remise en cause par la cellule fraude documentaire et à l'identité de Bordeaux, il a également justifié de son état civil par la production de sa carte consulaire, laquelle n'est nullement arguée de faux ;

- en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, alors qu'il réside avec sa compagne et ses deux filles, dont l'une a le statut de réfugiée, et qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ces dernières, l'arrêté attaqué a porté à son droit et au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en méconnaissance l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; pour les mêmes motifs, le préfet a également méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York relatives aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire doit être annulée dès lors qu'elle méconnaît les mêmes stipulations conventionnelles.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le requérant, qui prétend se nommer M. C A et déclare être un ressortissant guinéen né le 31 décembre 1994, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement en France le 28 juillet 2016. Il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français après le rejet de sa demande d'asile. Le 4 octobre 2021, il a sollicité du préfet de la Vienne un titre de séjour en qualité de parent d'enfant réfugié. Par un arrêté en date du 21 septembre 2022, celui-ci a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. Le requérant demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Dès lors que le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : () / 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. / L'enfant visé au présent article s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger ". L'article L. 811-2 du même code prévoit que : " La vérification des actes d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". L'article R. 431-10 du même code prévoit que : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état civil () ". L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

4. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

5. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de délivrance de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant a produit une copie d'un jugement supplétif n° 23841 du tribunal de première instance de Conakry tenant lieu d'acte de naissance, une copie d'une transcription du jugement supplétif d'acte de naissance n° 23841, une copie d'un permis de conduire guinéen à son nom et une copie d'une carte d'identité consulaire guinéenne à son nom également. Les documents d'état-civil de l'intéressé ont été soumis par le préfet de la Vienne à l'examen technique de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Bordeaux, qui a estimé le 28 mars 2022 que le jugement supplétif n°23841 présentait des irrégularités au sens de l'article 47 du code civil et que le permis de conduire guinéen était falsifié. Sans réellement contester ces éléments qui indiquent le caractère falsifié des informations figurant dans ces documents, l'intéressé se prévaut de sa carte consulaire, laquelle est délivrée sur présentation des mêmes documents d'état-civil et n'atteste que la résidence en France de l'intéressé. Faute de justifier de son identité, le requérant n'est donc, en tout état de cause, pas fondé à solliciter la délivrance d'un titre de séjour en application de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est, selon ses déclarations, entré en France en 2016 et s'y est maintenu irrégulièrement après le rejet définitif de sa demande d'asile le 28 mai 2020. A supposer même qu'il soit bien la personne déclarant se dénommer Madiba A qui a reconnu le 12 mai 2021 l'enfant, né le 4 septembre 2019, bénéficiant du statut de réfugié, de la ressortissante étrangère dont il prétend être le compagnon, il n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il mènerait une vie commune avec cette dernière, qui, bien qu'ayant déclaré l'héberger depuis le 6 mai 2019, se déclarait pourtant célibataire lors du dépôt de sa propre demande de titre de séjour le 21 octobre 2020. En toute hypothèse, le requérant n'apporte pas le moindre élément indiquant qu'il contribuerait à l'éducation ainsi qu'à l'entretien des deux enfants de la ressortissante étrangère dont il se prétend le compagnon. Il n'est pas établi, ni même allégué qu'il n'aurait plus d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dès lors, l'arrêté contesté n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Compte tenu de ce qui été dit plus haut, le préfet n'a pas non plus méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations citées au point 6 par la décision faisant obligation à l'intéressé de quitter le territoire français, doivent être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

Le président rapporteur,

Signé

L. B

L'assesseur le plus ancien,

Signé

Y. CROSNIERLa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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