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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202839

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202839

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202839
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre - Référé
Avocat requérantLELONG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Lelong, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 19 octobre 2022 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé, d'une part, de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant et, d'autre part, de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié ", jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordé, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Il soutient que :

Sur la condition d'urgence :

- l'urgence est caractérisée dès lors que l'arrêté attaqué a pour effet de mettre un terme à son contrat de travail à durée indéterminée, le privant ainsi de sa rémunération alors qu'il doit faire face à d'importantes charges mensuelles ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour étudiant est entachée d'erreurs d'appréciation au regard des stipulations des articles 9 et 14 de la convention franco-ivoirienne et de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant du caractère réel et sérieux de ses études ainsi que de ses ressources ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour salarié est entachée d'erreurs d'appréciation au regard des articles 5 et 14 de la convention franco-ivoirienne et de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il bénéficiait d'un récépissé l'autorisant à travailler, que la publication de l'offre d'emploi relève de la responsabilité de l'employeur et que les difficultés de recrutement sont démontrées ;

Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2022, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 17 novembre 2022 sous le numéro 2202840 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Côte-d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après lecture du rapport de Mme C ont été entendues les observations de Me Duclos, représentant M. B, qui maintient ses conclusions et souligne que l'employeur du requérant a pris une décision de licenciement à son encontre du fait de sa situation irrégulière et qu'il a, au regard des obstacles auxquels il a été confrontés, mené à bien ses études.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant ivoirien né le 10 novembre 1995, est entré en France le 1er septembre 2014 sous couvert d'un visa long séjour mention " étudiant " valable jusqu'au 29 août 2015. Il a ensuite bénéficié de titres de séjour portant la mention " étudiant " jusqu'au 11 janvier 2022. Il a demandé, le 6 avril 2022, à la préfecture de la Vienne, le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant puis, un changement de statut vers un titre de séjour " salarié ". Par un arrêté du 19 octobre 2022, dont il demande la suspension, le préfet de la Vienne a refusé le renouveler son titre de séjour mention " étudiant " et de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder l'aide juridictionnelle provisoire à M. B.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. D'une part, aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention ''étudiant''. Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants () ". Aux termes du l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au bon déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 421-1 () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 5 de la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Côte-d'Ivoire susvisée: " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux d'exercer sur le territoire de l'autre État une activité professionnelle salariée doivent en outre, pour être admis sur le territoire de cet État, justifier de la possession : () 2° D'un contrat de travail visé par l'autorité compétente dans les conditions prévues par la législation de l'État d'accueil ". Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / () 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ". Aux termes de l'article R. 5221-2 du code du travail : " Sont dispensés de l'autorisation de travail prévue à l'article R. 5221-1 : / () / 16° Le titulaire d'une autorisation provisoire de séjour ou d'un document provisoire de séjour portant la mention "autorise son titulaire à travailler" ". L'article R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le signataire de l'arrêté attaqué bénéficiait d'une délégation de signature régulière. Si M. B soutient que la décision du 12 janvier 2021 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de lui renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant l'a empêché de s'inscrire en master 1 pour l'année universitaire 2021/2022, il n'est pas contesté que le requérant ne s'est pas réinscrit au titre de l'année universitaire 2022/2023. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne était fondé, pour ce seul motif, à refuser à M. B le renouvellement de son titre de séjour mention " étudiant ". En outre, si le requérant fait valoir qu'il était titulaire d'un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour valable du 6 avril au 5 octobre 2022 l'autorisant à travailler, cette circonstance est toutefois sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dans la mesure où la durée de l'autorisation de travail attachée au récépissé n'est valable que pour la durée de validité de ce document provisoire délivré le temps de l'instruction de la demande de titre de séjour. Dans ces conditions, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une demande d'autorisation de travail pour conclure un contrat de travail avec un salarié étranger aurait été déposée par la société Aquitel, employeur de M. B, le préfet de la Vienne était fondé, pour ce seul motif, à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié ". Par suite, aucun des moyens développés par M. B tels que visés ci-dessus n'est, en l'état de l'instruction, susceptible de créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner tenant à l'urgence, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de M. B à fin de suspension, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Vienne.

Fait à Poitiers, le 9 décembre 2022.

La juge des référés,

Signé

S. C

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

D. GERVIER

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