mardi 24 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2202919 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DESROCHES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 novembre 2022, M. B C, représenté par Me Desroches, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 12 octobre 2022 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation, le tout dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- la décision de refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivée ; elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation personnelle ; le préfet de la Vienne ne pouvait, sans méconnaître l'arrêté du 4 mai 2022 fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance des titres de séjour prévus par le livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se fonder sur le fait qu'il ne produisait pas des justificatifs d'état-civil pour lui refuser la délivrance du titre de séjour sollicité ; l'arrêté attaqué est également entaché d'une erreur de droit en ce qu'il se fonde sur la circonstance qu'il n'est pas en mesure de présenter un visa long séjour puisqu'il s'est vu accorder un visa de régularisation ; le refus de titre de séjour qui lui est opposé méconnaît l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, contrairement à ce que soutient le préfet, il disposait d'un visa de régularisation, qu'une demande d'autorisation de travail avait bien été présentée par son employeur et que si l'emploi qu'il exerce ne figurait pas sur la liste des métiers en tension, cette circonstance était inopérante dès lors que la délivrance d'une carte de séjour " travailleur temporaire " n'implique pas que le métier concerné figure sur cette liste lorsque, comme cela a été le cas en l'espèce, l'offre d'emploi concerné a été préalablement publiée pendant un délai de trois semaines auprès des organismes concourant au service public de l'emploi et n'a pu être satisfaite par aucune candidature répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé en application de l'article R. 5221-20 du code du travail ; le refus de titre de séjour méconnaît également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ; elle méconnaît également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur de droit dans la mesure où le préfet se fonde sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir son entrée irrégulière, alors qu'il a bénéficié d'un visa de régularisation ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle n'est pas suffisamment motivée ; elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 janvier 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code civil ;
- l'arrêté du 4 mai 2022 fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance des titres de séjour prévus par le livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. B C, ressortissant guinéen entré en France en avril 2015, s'est déclaré mineur et a été pris en charge à ce titre par l'aide sociale à l'enfance (ASE) du département de la Vienne dès le 20 avril 2015. Il a été mis fin à sa prise en charge par l'ASE par un jugement du juge des enfants du tribunal de grande instance de Poitiers du 17 novembre 2015, puis il a, de nouveau, été confié à l'ASE par un arrêt de la cour d'appel de Poitiers du 4 avril 2016 reconnaissant sa qualité de mineur isolé. Il a sollicité le 30 novembre 2017 la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " qui lui a été refusé par un arrêté du 4 février 2019 de la préfète de la Vienne, assorti d'une première mesure d'éloignement. Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Poitiers du 26 juin 2019, lequel a été annulé par un arrêt du 17 décembre 2019 de la cour administrative d'appel de Bordeaux. Entretemps, M. C avait obtenu le 29 juillet 2019, en exécution du jugement du tribunal administratif de Poitiers du 26 juin 2019, un titre de séjour valable du 26 juin 2019 au 25 juin 2020. L'intéressé a sollicité le 12 mai 2020 le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 15 septembre 2020, la préfète de la Vienne a rejeté sa demande et lui a notifié une deuxième mesure d'éloignement. Cet arrêté a été confirmé par un jugement du tribunal administratif de Poitiers du 5 février 2021, confirmé par un arrêt du 22 mars 2022 de la cour administrative d'appel de Bordeaux. L'intéressé, qui s'est soustrait à cette deuxième mesure d'éloignement, a sollicité, le 16 mars 2022, la délivrance d'un titre de séjour " travailleur temporaire " sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 12 octobre 2022, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la légalité de l'arrêté attaqué dans son ensemble :
3. Par un arrêté du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département de la Vienne, la secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer, notamment, tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.
Sur la décision de refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour rejeter la demande de délivrance de titre de séjour présentée par M. C sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Vienne a relevé, à titre principal, qu'il ne justifiait pas de manière probante de son état-civil en méconnaissance des dispositions du 1° de l'article R. 431-10 du même code et, en particulier, que, dans son arrêt du 22 mars 2022, la cour administrative d'appel de Bordeaux avait considéré que les documents d'état civil produits par l'intéressé étaient dépourvus de valeur probante et que, dans son dernier avis du 10 mai 2022, la cellule fraude documentaire à l'identité de Bordeaux avait, de nouveau, émis un avis très défavorable concernant les derniers documents d'identité présentés à l'administration. Le préfet a également relevé, à titre subsidiaire, que celui-ci ne disposait pas d'un visa de long séjour, ni d'une autorisation de travail et, enfin, que l'emploi au titre duquel il sollicitait un titre de séjour ne figurait pas sur la liste des métiers en tension. La circonstance que cet arrêté serait, sur ces derniers points, entaché d'erreurs de droit ou de fait est, en tout état de cause, sans influence sur la régularité formelle de sa motivation. Par suite, le préfet a suffisamment motivé sa décision de refus de titre de séjour.
5. En deuxième lieu, même si l'arrêté attaqué fait état, dans ses visas, du dépôt d'une demande de titre de séjour en qualité de " salarié ", il indique clairement dans ses motifs que M. C a demandé une carte de séjour temporaire sur le seul fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir en tant que " travailleur temporaire ", ce qui est, du reste, cohérent avec les pièces produites par l'intéressé qui faisait état dans sa demande d'un contrat de travail à durée déterminée. Dans ces conditions, la circonstance que le préfet n'ait pas examiné cette demande sur le fondement de l'article L. 421-1 du même code ne révèle aucun défaut d'examen de la part de l'administration. Par ailleurs, si le préfet s'est fondé, à titre subsidiaire, sur le fait que l'intéressé ne disposait pas d'un visa de long séjour, ni d'une autorisation de travail ainsi que sur le fait que l'emploi au titre duquel il sollicitait un titre de séjour ne figurait pas sur la liste des métiers en tension, cette motivation, retenue à titre surabondante, n'est pas, en tout état de cause, de nature à révéler un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de M. C dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur le défaut de justification par le requérant de son état-civil.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil ; (). La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". L'article R. 431-11 du même code impose, par ailleurs, la production de pièces justificatives dont la liste est fixée, pour chaque catégorie de titre de séjour, par l'annexe 10 dudit code.
7. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour doit fournir, non seulement les documents prévus par l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais également ceux figurant à l'annexe 10 à ce code. Le préfet de la Vienne n'a donc commis aucune erreur de droit en réclamant à M. C un justificatif d'état-civil quand bien même ce document ne faisait pas partie de ceux énumérés à l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En quatrième lieu, en vertu de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil qui dispose que : " Tout acte de l'état civil () fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". Ces dernières dispositions posent une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Il résulte également de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
9. Il ressort des pièces du dossier qu'afin de justifier de son état civil, M. C a, notamment, produit à l'administration un extrait d'acte de naissance établi le 6 décembre 1999, une copie de son passeport guinéen, un arrêt de la cour d'appel de Poitiers en date du 4 avril 2016 le confiant au service de l'aide sociale à l'enfance de la Vienne, un jugement supplétif n°4086 en date du 2 avril 2015 tenant lieu d'acte de naissance et un jugement supplétif guinéen n°1353 en date du 24 mars 2022 tenant lieu d'acte de naissance au vu desquels il serait né le 28 novembre 1999.
10. Comme le relève l'arrêté attaqué, dans son arrêt du 25 mars 2022, la cour administrative d'appel de Bordeaux a toutefois considéré que les documents d'état civil produits par l'intéressé, à savoir l'extrait d'acte de naissance, la copie du passeport guinéen, le jugement supplétif n°4086 et la transcription du jugement supplétif n°1981, étaient dépourvus de valeur probante. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le 10 mai 2022, la cellule fraude documentaire à l'identité de Bordeaux a émis un avis très défavorable concernant les derniers documents d'identité présentés par l'intéressé notamment la copie du jugement supplétif n°4086, la transcription du jugement supplétif n°1981, le jugement supplétif n°1353 et la transcription du jugement supplétif n°1275, estimant qu'un grand nombre d'incohérences y figuraient et, en particulier, que la consultation du fichier Visabio faisait apparaître que l'intéressé avait précédemment sollicité un visa auprès des autorités italiennes sous l'identité d'" Ousmane Koumbassa " né le 28 novembre 1988. M. C, qui, comme il a été dit au point 6, se borne à soutenir que le préfet de la Vienne ne pouvait légalement lui réclamer des justificatifs d'état-civil, ne conteste pas utilement l'analyse faite par l'administration des documents produits, pas plus qu'en tout état de cause, celle faite par la cour administrative d'appel de Bordeaux de ces mêmes documents. Il en résulte que le préfet de la Vienne pouvait, pour ce seul motif, refuser de délivrer à l'intéressé le titre de séjour que celui-ci sollicitait sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En cinquième lieu, comme il a été dit aux points 5 et 11, la circonstance que le préfet se soit fondé, pour rejeter sa demande, sur le défaut de visa de long séjour de M. C alors que celui-ci bénéficiait d'un visa de régularisation ainsi que sur le défaut d'une autorisation de travail et sur l'absence du métier concerné de la liste des métiers en tension, est, en tout état de cause, sans influence sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur le défaut de justification probante par le requérant de son état-civil en méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. Il ressort de ce qui a été dit au point 1 que M. C, entré en France en avril 2015, a bénéficié d'une prise en charge par l'ASE en qualité de mineur étranger isolé sur la base d'actes d'état civil dont l'authenticité a été remise en cause. L'intéressé a produit les mêmes documents au préfet de la Vienne, puis au tribunal administratif de Poitiers ainsi qu'à la cour administrative d'appel de Bordeaux dans le but d'obtenir un titre de séjour. Dans le cadre de la seconde instance devant la cours administrative d'appel de Bordeaux, il a également produit de nouveaux documents dont l'authenticité est tout aussi douteuse que celle des précédents. Il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans charge de famille en France et ne justifie pas avoir noué des liens d'une particulière intensité et stabilité sur le territoire français. S'il prétend être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, les documents qu'il produit, à les supposer authentiques, ne permettent pas, à défaut de livret de famille, d'établir que les personnes prétendument décédées mentionnées sur ces documents seraient réellement son père et sa mère. De toute manière, il est constant que le requérant a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine qu'il n'a quitté qu'à l'âge réel de 26 ans et où résident encore ses oncles et tantes. Dans ces conditions, et en dépit des efforts d'insertion dont se prévaut l'intéressé et qui sont, du reste, à relativiser compte tenu de ce qui a été dit plus haut, la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a, dès lors, pas méconnu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Vienne n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
14. D'une part, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.
15. D'autre part, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté pour les motifs exposés au point 13.
16. Enfin, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ;".
17. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Vienne a entendu procéder à l'éloignement de M. C sur le fondement des dispositions précitées du 1° et du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La délivrance d'un visa de régularisation à M. C, postérieurement à son entrée en France, n'a ni pour objet, ni pour effet de rendre régulière son entrée en France au sens et pour l'application de ces dispositions. En toute hypothèse, il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris exactement la même décision s'il ne s'était fondé que sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le préfet doit, de toute façon, être écarté.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
18. D'une part, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le pays de renvoi en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
19. D'autre part, la décision litigieuse vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 3, et précise que M. C n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, cette décision est suffisamment motivée.
20. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants. ". En se bornant à soutenir qu'il serait manifestement isolé en cas de retour dans son pays d'origine, M. C n'établit pas qu'il serait personnellement exposé à des peines ou des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit, dès lors, être écarté.
21. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Pinturault, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.
Le président rapporteur,
Signé
L. A
L'assesseur le plus ancien,
Signé
Y. CROSNIER La greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef par intérim,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026