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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202943

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202943

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202943
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers JU
Avocat requérantLELONG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 novembre et 13 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Lelong demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2022 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de dix jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, subsidiairement, dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordé, à lui-même sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la préfète des Deux-Sèvres s'est estimée à tort en situation de compétence liée pour prendre la décision portant refus de titre de séjour ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense enregistré le 13 décembre 2022, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après le rapport de Mme C ont été entendues les observations de Me Duclos, substituant Me Lelong, représentant M. B, qui maintient ses écritures.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien née le 11 décembre 1995 à Kirane (Mali), déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 20 novembre 2021. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) par une décision du 15 février 2022 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 août 2022. Par un arrêté du 18 novembre 2022, la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder l'aide juridictionnelle provisoire à M. B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 6 mai 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de l'Etat dans le département, M. Xavier Marotel, secrétaire général de la préfecture, a reçu délégation de la préfète des Deux-Sèvres à l'effet de signer tous arrêtés et décisions qui concernent la mise en œuvre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8. Il mentionne, la date d'arrivée en France du requérant, sa demande d'asile rejetée par l'OFPRA le 15 février 2022, et par la CNDA le 26 août 2022. Il précise, en outre, sa situation privée et familiale, et le fait que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines et traitements inhumains en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, l'acte attaqué qui permet de vérifier que l'autorité préfectorale a procédé à un examen approfondi de la situation de M. B, est suffisamment motivé, quand bien même il ne fait pas état avec précision de sa situation familiale dans son pays d'origine.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que la préfète des Deux-Sèvres se serait estimée en situation de compétence liée pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 de ce code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. M. B fait valoir que sa situation relève d'un motif d'admission exceptionnelle au séjour dès lors qu'il subira des persécutions en cas de retour dans son pays d'origine en raison, d'une part, de la situation géopolitique actuelle au Mali et, d'autre part, d'un différend avec son père qui menace de le tuer du fait de sa relation sentimentale avec une femme de confession chrétienne. S'il ressort des pièces du dossier, notamment des nombreux articles produits que, la menace djihadiste pèse actuellement sur le pays, le requérant ne démontre toutefois pas qu'il est personnellement concerné par ces risques. Il ne démontre pas davantage de la réalité d'un conflit avec son père. Au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA, puis par la CNDA. Dans ces conditions, et dès lors qu'il ne démontre pas une insertion particulière sur le sol français, sa situation ne peut être regardée comme répondant à des considérations humanitaires et à des motifs exceptionnels justifiant l'octroi d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".

9. M. B, qui est entré récemment en France, se prévaut d'efforts d'intégration tenant à sa participation à des cours de français et à sa demande de reconnaissance du statut de réfugié. Toutefois, l'intéressé ne justifie pas avoir développé en France des liens personnels et familiaux d'une intensité telle que la décision en litige porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale alors que sa femme et son enfant résident dans son pays d'origine. Au regard de ces circonstances, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. En sixième lieu, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. Comme cela a été mentionné au point 7 du présent jugement, si M B fait valoir qu'il sera menacé en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte pas d'élément de nature à établir la réalité des risques encourus. En outre, si le requérant se prévaut de son isolement en cas de retour au Mali, il n'est pas contesté que sa femme et son enfant y résident actuellement et qu'il y a vécu jusqu'à l'âge de ses 26 ans. Par suite, le moyens tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles formulées au titre des frais de l'instance.

DECIDE :

Article 1er : Il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète des Deux-Sèvres.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 décembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

S. C

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef par intérim,

La greffière,

C ROBIN

N°2202943

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