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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202983

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202983

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202983
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLELONG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 novembre 2022 et un mémoire enregistré le 14 février 2023 qui n'a pas été communiqué, M. C A, représenté par Me Lelong, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de cinq jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de cinq jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Lelong renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence, faute pour son signataire de justifier d'une délégation régulière.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet de la Vienne n'ayant pas respecté l'injonction de réexamen prévue par la décision de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 23 mars 2022 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par ordonnance du 5 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 février 2023 à 12 heures.

Un mémoire présenté par le préfet de la Vienne a été enregistré le 10 mars 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Lelong, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 14 décembre 1959, est entré irrégulièrement en France en juillet 2018 selon ses déclarations. Par un arrêté du 19 décembre 2019, la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité le 24 avril 2019 en raison de son état de santé. Par un jugement du 24 juin 2021, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté. Par une décision du 23 mars 2022, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé ce jugement ainsi que la décision du 19 décembre 2019 et a enjoint au préfet de la Vienne de procéder à un nouvel examen de la situation de M. A. Le 9 mai 2022, M. A a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire pour raisons de santé, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 octobre 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2022. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. Par un arrêté 2022-SG-DCPPAT-020 en date du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne le 13 juillet 2022, le préfet de la Vienne a donné délégation à Madame Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".

5. Par sa décision du 23 mars 2022, la cour administrative d'appel de Bordeaux, après avoir annulé la décision du 19 décembre 2019 par laquelle la préfète de la Vienne avait refusé de délivrer à M. A un titre de séjour à raison de son état de santé, a enjoint au préfet, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de procéder à un nouvel examen de la situation de M. A. Ce dernier soutient que le préfet de la Vienne a méconnu cette injonction et, en conséquence, entaché sa décision d'une erreur de droit, en ne procédant pas au réexamen de la demande de titre de séjour qu'il avait présentée le 24 avril 2019 et qui avait donné lieu à un avis favorable du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et en lui demandant de présenter une nouvelle demande, laquelle a donné lieu à un avis défavorable du collège de médecins.

6. Toutefois, il ressort des termes mêmes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative qu'une injonction prononcée sur ce fondement implique que l'administration procède à une nouvelle instruction de la demande de titre de séjour dont elle était saisie, les conditions pour bénéficier de ce titre n'étant plus nécessairement remplies à la date à laquelle la juridiction a prononcé son annulation.

7. En l'espèce, compte tenu, d'une part, de la nature particulière du titre de séjour délivré sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui en limite notamment la durée à un an dès lors que les motifs de délivrance de ce titre sont susceptibles d'évoluer, d'autre part, de la circonstance qu'il ne peut être délivré qu'après un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, enfin, en l'espèce, de l'ancienneté de l'avis favorable du 6 août 2019, lequel indiquait que les soins nécessités par l'état de santé de M. A devaient être poursuivis pour une durée de six mois, le préfet de la Vienne ne pouvait lui délivrer un titre de séjour fondé sur son état de santé sans disposer d'un nouvel avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

8. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet en procédant à une nouvelle instruction de la demande du requérant et en se plaçant, pour décider de refuser le titre de séjour, à la date à laquelle il a statué, doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () "

10. D'une part, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte-tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

11. D'autre part, pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un tel traitement et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

12. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. A au titre de son état de santé, le préfet de la Vienne, qui s'est approprié les conclusions de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 12 septembre 2022, relève que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Si les pièces médicales produites par le requérant font état de troubles neurologiques et d'une prescription médicale pour ce motif, elles ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon laquelle, eu égard à l'offre de soins en Guinée et aux caractéristiques du système de santé guinéen, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie. M. A n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. En l'espèce, M. A est entré en France en juillet 2018 à l'âge de cinquante-huit ans et ne fait état d'aucune attache familiale ou personnelle en France. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale.

15. En second lieu, M. A n'établissant pas l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée et doit, en conséquence, être écartée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. M. A n'établissant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, n'est pas fondée et doit, en conséquence, être écartée.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Lelong et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

signé

G. B

Le président,

signé

A. LE MEHAUTE Le greffier,

signé

S. GAGNAIRE

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

signé

G. FAVARD

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