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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2203020

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2203020

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2203020
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDONZEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2022, Mme A D, représentée par Me Donzel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 25 août 2022 par lequel la préfète des Deux-Sèvres lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre la préfète des Deux-Sèvres à réexaminer sa situation et à lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat : si demande d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de séjour a été signée par une autorité incompétente ; elle méconnaît les dispositions des articles L. 200-2, L. 200-3, L. 200-4 et L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2023, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, épouse B, ressortissante marocaine née le 1er janvier 1974, est, selon les mentions non contestées de l'arrêté attaqué, entrée sur le territoire français au cours du mois de novembre 2019 pour y rejoindre son époux et ses quatre enfants qui sont de nationalité espagnole. Elle est titulaire d'une carte de séjour espagnole, valable jusqu'au 21 février 2023. Elle a obtenu une carte de séjour en qualité de membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne valable du 26 octobre 2020 au 25 octobre 2021. Le 14 septembre 2021, elle a demandé le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté en date du 25 août 2022, dont Mme D demande l'annulation, la préfète des Deux-Sèvres a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. Par un arrêté du 6 mai 2022, visé dans l'arrêté attaqué et régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de l'Etat dans le département, le secrétaire général de la préfecture des Deux-Sèvres a reçu délégation de la préfète de ce département à l'effet de signer tous arrêtés et décisions qui concernent la mise en œuvre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 200-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent livre détermine les règles applicables à l'entrée, au séjour et à l'éloignement : 1° Des citoyens de l'Union européenne, tels que définis à l'article L. 200-2 ; () ". Aux termes de l'article L. 200-2 du même code : " Est citoyen de l'Union européenne toute personne ayant la nationalité d'un Etat membre. Les citoyens de l'Union européenne exercent le droit de circuler et de séjourner librement en France qui leur est reconnu par les articles 20 et 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, dans les conditions et limites définies par ce traité et les dispositions prises pour son application ". Aux termes de l'article L. 200-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application du présent livre, et dans les conditions qu'il prévoit, les ressortissants des Etats, non membres de l'Union européenne, parties à l'accord sur l'Espace économique européen, ainsi que les ressortissants de la Confédération suisse, sont assimilés aux citoyens de l'Union européenne. () ". Et aux termes de l'article L. 200-4 du même code : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : () ; 2° Descendant direct âgé de moins de vingt-et-un ans du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ; 3° Descendant direct à charge du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, si l'époux de la requérante, de nationalité espagnole, a bien une activité professionnelle en France, ses revenus globaux déclarés sur les avis d'impôt sur le revenu de 2021 et 2022 sont respectivement de 10 876 euros et de 14 472 euros. Compte tenu de ces revenus, la requérante n'établit pas que son époux perçoit de son activité professionnelle des revenus suffisants afin que la famille, composée de 6 personnes, ne soit pas une charge pour le système d'assistance sociale au cours de leur séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par la préfète des articles précités doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, Mme D qui, comme il a été dit ci-dessus, n'établit pas que le refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui est opposé serait entaché d'illégalité, n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français, devrait être annulée par voie de conséquence d'une telle illégalité.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si la requérante, qui a vécu la majeure partie de sa vie hors de France, soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait pour conséquence de la séparer de son époux et de ses quatre enfants, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue en Espagne, dès lors, notamment, que son époux, de nationalité espagnole, n'a plus d'emploi en France. En outre, elle disposait encore, à la date de la décision attaquée, d'une carte de séjour valide dans ce pays. Elle n'établit pas, ni même n'allègue, être dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, le Maroc, ou en Espagne, dont ses enfants et son époux ont la nationalité, et ne verse au demeurant aucun élément aux débats visant à établir qu'elle aurait tissé des liens personnels intenses et stables sur le territoire, ni même ne soutient s'être insérée professionnellement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à la préfète des Deux-Sèvres.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

R. C

Le président,

signé

L. CAMPOY

La greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

signé

D. GERVIER

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