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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2203033

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2203033

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2203033
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés successivement les 5 décembre 2022, 11 janvier 2023, 20 février 2023, 25 février 2023, 27 mai 2023 et 28 septembre 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 octobre 2022 par laquelle la directrice du centre hospitalier de Royan l'a suspendu de ses fonctions à compter du 1er novembre 2022, jusqu'à ce qu'il produise les justificatifs de vaccination mentionnés au I de l'article 14 de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Royan de rétablir le versement de ses traitements à compter du 1er octobre 2022, dans un délai de 8 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au centre hospitalier de Royan de se prononcer sur sa demande d'autorisation de création de société et de temps partiel à 50% ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Royan une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne vise pas la loi du 30 juillet 2022 mettant fin aux régimes d'exception créés pour lutter contre l'épidémie qui modifie le cadre juridique dans lequel la décision de suspension intervient ;

- elle présente le caractère d'une sanction disciplinaire prise sans qu'il n'ait pu bénéficier du maintien de son traitement prévu par l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, ni de la procédure contradictoire en méconnaissance de l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des droits de la défense ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale, dès lors que la décision se fonde sur la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 et sur le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021, lesquels ont été abrogés par la loi n° 2022-1089 du 30 juillet 2022 ;

- elle méconnaît le droit au travail et la liberté d'entreprendre protégés tant par les sources du droit interne qu'international ainsi que le principe d'égalité d'accès aux emplois de la fonction publique hospitalière ;

- la mesure de suspension litigieuse est disproportionnée au vu des connaissances scientifiques actuelles, notamment la décision de la haute autorité de la santé validant la recommandation d'une quatrième dose de vaccin, et dans la mesure où la directrice du centre hospitalier de Royan n'a pas examiné d'autres alternatives, notamment celles du reclassement, de la création d'une entreprise ou du temps partiel ;

- elle porte atteinte à sa dignité humaine ;

- elle méconnaît les articles 6 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est contraire à l'article 1er de la Charte sociale européenne ;

- elle ne respecte pas l'article 6 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ;

- elle méconnaît le décret du 30 juillet 2022, dès lors qu'elle ne mentionne pas qu'un certificat de rétablissement à la suite d'une contamination permet de rester en fonction ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir, dès lors qu'elle constitue une sanction au regard de son intention de créer un syndicat ;

- les pouvoirs publics ont violé l'article 5 de la loi n°2022-1089 du 30 juillet 2022 qui les obligeait, dans un délai de trois mois, à présenter au Parlement une évaluation du cadre juridique en vigueur ;

- le premier ministre a violé l'article 21 de la Constitution du 4 octobre 1958 ;

Par des mémoires en défense enregistrés les 12 janvier 2023, 20 février 2023, 20 avril 2023 et 26 juin 2023 le centre hospitalier de Royan, représenté par Me Ruffié, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de M. B à verser une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance n°2203032 du 8 décembre 2022 rejetant le référé présenté par M. B tendant à la suspension de la décision du 7 octobre 2022.

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la Constitution ;

- la Déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948 ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ;

- la convention sur les droits de l'homme et la biomédecine d'Oviedo ;

- la déclaration de l'Organisation internationale du travail relative aux principes et droits fondamentaux au travail du 18 juin 1988 ;

- la charte des droits fondamentaux ;

- la charte sociale européenne ;

- le règlement (UE) n° 2021-953 du 14 juin 2021 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- la loi n°2022-1040 du 30 juillet 2022 ;

- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cristille,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- les observations de M. B et Me Ruffié, représentant le centre hospitalier de Royan.

Considérant ce qui suit :

1. M. B exerçait ses fonctions d'infirmier titulaire, au sein du centre hospitalier (CH) de Royan depuis le 1er juillet 2010. Il a bénéficié d'un congé de formation professionnelle du 1er octobre 2019 au 30 juin 2022, d'un arrêt maladie du 28 juin au 1er août 2022, de congés payés du 2 août au 5 septembre 2022, et d'un arrêt maladie du 1er septembre au 30 septembre 2022. Par une décision du 7 septembre 2022 du directeur du centre hospitalier de Royan, il a été suspendu de ses fonctions, sans traitement, à compter du 1er octobre 2022 et jusqu'à production des justificatifs de vaccination mentionnés au I de l'article 14 de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire. Par lettre du 28 novembre 2022, M. B a exercé un recours administratif contre cette décision. Une décision implicite de rejet de son recours gracieux est née le 28 janvier 2023. M. B demande au tribunal l'annulation de la décision de suspension du 7 septembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 mai 2021, modifié par l'article 1er de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, alors en vigueur : " C. / () / 2. Lorsqu'un agent public soumis à l'obligation prévue aux 1° et 2° du A du présent II ne présente pas les justificatifs, certificats ou résultats dont ces dispositions lui imposent la présentation et s'il ne choisit pas d'utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés, ce dernier lui notifie, par tout moyen, le jour même, la suspension de ses fonctions ou de son contrat de travail. Cette suspension, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent produit les justificatifs requis. / Lorsque la situation mentionnée au premier alinéa du présent 2 se prolonge au-delà d'une durée équivalente à trois jours travaillés, l'employeur convoque l'agent à un entretien afin d'examiner avec lui les moyens de régulariser sa situation, notamment les possibilités d'affectation, le cas échéant temporaire, sur un autre poste non soumis à cette obligation ". Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la Covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () II. - Un décret, pris après avis de la Haute Autorité de santé, détermine les conditions de vaccination contre la covid-19 des personnes mentionnées au I du présent article. Il précise les différents schémas vaccinaux et, pour chacun d'entre eux, le nombre de doses requises.

Ce décret fixe les éléments permettant d'établir un certificat de statut vaccinal pour les personnes mentionnées au même I et les modalités de présentation de ce certificat sous une forme ne permettant d'identifier que la nature de celui-ci et la satisfaction aux critères requis. Il détermine également les éléments permettant d'établir le résultat d'un examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 et le certificat de rétablissement à la suite d'une contamination par la covid-19 ". Aux termes de l'article 13 de la même loi : " I - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. Avant la fin de validité de ce certificat, les personnes concernées présentent le justificatif prévu au premier alinéa du présent 1°. () / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont salariées ou agents publics. () ". Et aux termes de l'article 14 de la même loi : " () / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la Covid-19 prévu par le même décret. () / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail.

La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit.

La dernière phrase du deuxième alinéa du présent III est d'ordre public ". Enfin, aux termes de l'article 2-2 2° du décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 : " Pour l'application du présent décret :1° Sont de nature à justifier de l'absence de contamination par la covid-19 un examen de dépistage RT-PCR, un test antigénique ou un autotest réalisé sous la supervision d'un des professionnels de santé,() 2° Un justificatif du statut vaccinal est considéré comme attestant d'un schéma vaccinal complet de l'un des vaccins contre la covid-19 ayant fait l'objet d'une autorisation de mise sur le marché délivrée par la Commission européenne après évaluation de l'agence européenne du médicament ou dont la composition et le procédé de fabrication sont reconnus comme similaires à l'un de ces vaccins par l'Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé () ".

3. Il résulte des dispositions du III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 citées au point 2, que le législateur a entendu créer un motif spécifique de suspension des fonctions. Cette modalité de suspension, justifiée par un objectif de santé publique, est assortie de garanties pour l'agent concerné, qui passe par l'information sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi, ainsi que des moyens de régulariser sa situation. Cette information, qui doit intervenir à compter du constat d'impossibilité d'exercer de l'agent, est nécessairement personnelle et préalable à l'édiction de la mesure de suspension, et peut notamment passer par la convocation à un entretien.

4. En premier lieu, si le requérant soutient que la décision en litige est dépourvue de motivation, il ressort pourtant des termes de cette décision qu'elle vise, notamment, les articles 12, 13 et 14 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire ainsi que le code de la santé publique, et qu'elle fait état de l'absence de production, par l'intéressé, des justificatifs de vaccination mentionnés au I de l'article 14 de la loi précitée. Cette décision n'avait pas à mentionner la loi du 30 juillet 2022 qui met fin aux régimes d'exception créés pour lutter contre l'épidémie liée à la covid-19 à compter du 31 juillet 2022, dès lors qu'elle ne modifie pas les articles 12, 13 et 14 de la loi du 5 août 2021, qui constituent les fondements de la décision attaquée. Dans ces conditions et bien que cette motivation apparaisse en partie dans le dispositif de la décision, M. B a eu connaissance des considérations de fait et de droit constituant le fondement de la décision qu'il conteste. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la mesure en litige doit être écarté.

5. En deuxième lieu, M. B fait valoir pour contester la décision de suspension que cette décision revêt le caractère d'une sanction sans que les garanties de la procédure disciplinaire n'aient pas été respectées. Toutefois la décision de suspension en litige n'a été prise que sur le fondement des dispositions prévues par le III de l'article 14 précité de la loi du 5 août 2021 et ne revêt donc pas un caractère disciplinaire. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie par l'administration qui méconnaîtrait l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut donc qu'être écarté.

6. En troisième lieu, il ne résulte ni du texte précité ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire que l'employeur de l'agent public suspendu à défaut de respecter son obligation vaccinale soit soumis à une quelconque obligation de reclassement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait dû être précédée d'une proposition de reclassement doit être écarté comme manifestement infondé.

En ce qui concerne la légalité interne :

7. En premier lieu, le requérant soutient que la mesure de suspension de fonction assortie de l'interruption de sa rémunération est disproportionnée au regard de son droit à l'emploi, de son droit d'obtenir les moyens d'assurer sa subsistance, de son droit au travail. Il se prévaut, à cet égard, d'une violation de ces droits garantis par l'article 23 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, par l'article 6 du pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966, par l'article 1er de la charte sociale européenne de 1961, par le Préambule de la Constitution de 1946.

8. Cependant, d'une part, si tout traité ou accord en vigueur lie les parties et doit être exécuté par elles de bonne foi, ses stipulations ne peuvent toutefois être utilement invoquées que si ce traité ou cet accord remplit les conditions posées à son application dans l'ordre juridique interne par l'article 55 de la Constitution et crée des droits dont les particuliers peuvent directement se prévaloir. Il s'ensuit que le requérant ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 23 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, qui ne figure pas au nombre des traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés dans les conditions fixées par l'article 55 de la Constitution. De même, le requérant ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 23 du pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ainsi que de celles de l'article 1er de la charte sociale européenne, qui sont dépourvues d'effet direct dans l'ordre juridique interne.

9. D'autre part, aux termes de l'article R*771-3 du code de justice administrative : " Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution est soulevé, conformément aux dispositions de l'article 23-1 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel, à peine d'irrecevabilité, dans un mémoire distinct et motivé. Ce mémoire, ainsi que, le cas échéant, l'enveloppe qui le contient, portent la mention : " question prioritaire de constitutionnalité " ". Aux termes de l'article R*771-4 du même code : " L'irrecevabilité tirée du défaut de présentation, dans un mémoire distinct et motivé, du moyen visé à l'article précédent peut être opposée sans qu'il soit fait application des articles R. 611-7 (en vertu duquel le président de la formation de jugement doit informer les parties sur les moyens susceptibles d'être relevés d'office) et R. 612-1 (en vertu duquel, lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser) ".

10. Le moyen tiré de ce que l'obligation vaccinale instaurée par les dispositions de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire méconnaît le Préambule de la Constitution ne peut être soulevé qu'à l'appui d'une question prioritaire de constitutionnalité présentée dans les formes prescrites par l'article 23-1 de l'ordonnance du 7 novembre 1958 et l'article R. 771-3 du code de justice administrative. Faute d'être soulevé à l'appui d'une telle question présentée dans un mémoire distinct et motivé, ce moyen ne peut qu'être écarté.

11. Il s'ensuit que le moyen invoqué par le requérant, tiré de la disproportion de la mesure au regard de son droit à l'emploi, de son droit d'obtenir les moyens d'assurer sa subsistance, de son droit au travail doit être écarté dans toutes ses branches.

12. En deuxième lieu, M. B soutient que la loi du 5 août 2021 est contraire à la Constitution, dès lors qu'elle est attentatoire aux droits et libertés des soignants et autres personnels, et que le gouvernement a méconnu l'article 21 de la Constitution. Il n'appartient, toutefois, pas au juge administratif, hors saisine par mémoire distinct d'une question prioritaire de constitutionnalité, d'apprécier la conformité des lois à la Constitution. Par suite, les moyens tirés de l'inconstitutionnalité de la loi du 5 août 2021 et de la loi du 30 juillet 2022 ne peuvent qu'être écartés.

13. En troisième lieu, il n'appartient pas au juge administratif de contrôler la procédure d'adoption de la loi. Par suite, le moyen tiré de ce que le gouvernement a violé l'article 5 de la loi n°2022-1089 du 30 juillet 2022 qui l'obligeait, dans un délai de trois mois, a présenté au parlement une évaluation du cadre juridique en vigueur est inopérant et doit être rejeté.

14. En quatrième lieu, M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale, dès lors que la loi du 30 juillet 2022 a abrogé expressément, à partir du 1er août 2022, les dispositions du code de la santé publique relatives à " l'état d'urgence sanitaire " et du régime de sortie de crise. Toutefois, M. B ne peut utilement se prévaloir de cette loi mettant fin aux régimes d'exception créés pour lutter contre l'épidémie liée à la covid-19 à compter du 31 juillet 2022, pour soutenir que la décision de suspension attaquée est entachée d'un défaut de base légale, dès lors que ladite loi n'abroge pas les articles 12, 13 et 14 de la loi du 5 août 2021, sur lesquels se fondent la décision attaquée. Il résulte de ce qui précède que le CH de Royan n'a pas commis d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation en suspendant de ses fonctions M. B sur le fondement des articles 12, 13 et 14 de la loi du 5 août 2021.

15. En cinquième lieu, si M. B soutient plusieurs moyens dirigés contre les décisions implicites de rejet de lui accorder une autorisation de création de société et de temps partiel à 50%, ils soulèvent, ce faisant, un litige distinct qui ne se rapporte pas à la légalité de la décision de suspension du 7 septembre 2022. Dès lors, les moyens tirés de la disproportion de la décision attaquée au regard de la liberté d'entreprendre et de la création de son entreprise doivent être écartés comme inopérants.

16. En sixième lieu, M. B soutient que la décision attaquée est disproportionnée au regard de la décision de la Haute autorité de la santé validant la recommandation d'une quatrième dose de vaccin contre la Covid-19. Toutefois, aucune disposition n'impose la vaccination d'une quatrième dose pour que le schéma vaccinal soit considéré comme complet, s'agissant seulement d'une recommandation, qui ne démontre en rien l'inefficacité des trois doses requises pour le schéma vaccinal complet. Le moyen tiré de la disproportion de la décision attaquée doit en tout état de cause être rejeté comme inopérant.

17. En septième lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

18. En huitième lieu, M. B soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions du décret n°2022-1097 du 30 juillet 2022, faute de préciser qu'un certificat de rétablissement à la suite d'une contamination permet de rester en fonction. Toutefois, la circonstance que la mesure en litige ne mentionne pas l'ensemble des justificatifs prévus par la loi permettant de lever la suspension, mais se contente de mentionner " un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination répondant aux conditions définies par le décret n°21-1059 du 7 août 2021 ", est sans incidence sur sa légalité, dès lors qu'une telle circonstance se rattache à la levée éventuelle de la mesure et non à son édiction. Par suite, le moyen doit être écarté.

19. En neuvième lieu, le droit à l'intégrité physique fait partie du droit au respect de la vie privée au sens des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, telles que la Cour européenne des droits de l'homme les interprète. Une vaccination obligatoire constitue une ingérence dans ce droit, qui peut être admise si elle remplit les conditions du paragraphe 2 de l'article 8 et, notamment, si elle est justifiée par des considérations de santé publique et proportionnée à l'objectif poursuivi. Il doit ainsi exister un rapport suffisamment favorable entre, d'une part, la contrainte et le risque présenté par la vaccination pour chaque personne vaccinée et, d'autre part, le bénéfice qui en est attendu tant pour cet individu que pour la collectivité dans son entier, y compris ceux de ses membres qui ne peuvent être vaccinés en raison d'une contre-indication médicale, compte tenu à la fois de la gravité de la maladie, de son caractère plus ou moins contagieux, de l'efficacité du vaccin et des risques ou effets indésirables qu'il peut présenter.

20. L'article 12 de la loi du 5 août 2021 a défini le champ de l'obligation de vaccination contre la covid-19 en retenant, notamment, un critère géographique pour y inclure les personnes exerçant leur activité dans un certain nombre d'établissements, principalement les établissements de santé et des établissements sociaux et médico-sociaux, ainsi qu'un critère professionnel pour y inclure les professionnels de santé afin, à la fois, de protéger les personnes accueillies par ces établissements qui présentent une vulnérabilité particulière au virus de la covid-19 et d'éviter la propagation du virus par les professionnels de la santé dans l'exercice de leur activité qui, par nature, peut les conduire à soigner des personnes vulnérables ou ayant de telles personnes dans leur entourage. Il s'ensuit que, eu égard à l'objectif de santé publique poursuivi et alors même qu'aucune dérogation personnelle à l'obligation de vaccination n'est prévue en dehors des cas de contre-indication, l'obligation vaccinale pesant sur le personnel exerçant dans un établissement de santé, qui ne saurait être regardée comme incohérente et disproportionnée au regard de l'objectif de santé publique poursuivi, ne porte pas atteinte au droit à la vie et à l'intégrité physique garantis par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'établit pas de discrimination entre les personnes vaccinées et celles qui ne le sont pas, et ne méconnaît pas l'interdiction de traitements inhumains et dégradants. Pour les mêmes motifs, cette obligation s'impose aux personnels des établissements précités, indépendamment de la situation sanitaire locale et du taux d'incidence communiqué par l'agence régionale de santé, de sorte que cette obligation s'impose aux personnels des établissements précités, indépendamment de la situation sanitaire locale et du taux d'incidence communiqué par l'agence régionale de santé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 2, 3, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance du principe d'égalité devant la loi doivent être écartés.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de la décision du 7 octobre 2022 par laquelle la directrice du centre hospitalier de Royan l'a suspendue de ses fonctions, jusqu'à ce qu'il produise les justificatifs de vaccination mentionnés au I de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'il a présentées à fin d'injonction, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Royan, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par le centre hospitalier de Royan au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier de Royan présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier de Royan.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 avril 2024

Le président rapporteur,

Signé

P. CRISTILLE

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. THEVENET-BRECHOT

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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TA78Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562

03/08/2026

TA77Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484

03/08/2026

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