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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2203101

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2203101

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2203101
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCPA BREILLAT-DIEUMEGARD-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 décembre 2022, M. C A, représenté Me Masson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 8 novembre 2022 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence :

- la décision de refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivée ; elle est illégale en l'absence d'examen particulier approfondi de sa situation personnelle par le préfet dès lors que celui-ci a retenu, à tort, qu'il ne disposait pas d'une insertion professionnelle, de ressources personnelle stables, ni d'un logement personnel ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle retient qu'il représente une menace pour l'ordre public ; elle méconnaît les articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination n'est pas suffisamment motivée ; elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Vienne auquel la requête a été communiquée le 23 décembre 2022, n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant guinéen né le 1er août 1986, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement sur le territoire français le 25 juillet 2016. Sa demande d'asile a été rejetée le 28 février 2017 par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée le 12 septembre 2017 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Il a fait l'objet le 27 juillet 2018 d'une première mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait. Le 1er janvier 2022, il a sollicité du préfet de la Vienne son admission au séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 8 novembre 2022, le préfet a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué dans son ensemble :

2. Par un arrêté du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département de la Vienne, la secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer, notamment, tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

3. L'arrêté contesté vise les textes sur lesquels s'est fondé le préfet de la Vienne et, notamment, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il expose notamment que l'admission au séjour de l'intéressé ne répond à aucune considération humanitaire et n'est pas davantage justifiée par des circonstances exceptionnelles. Il rajoute que si le requérant atteste avoir été accueilli au sein des associations Emmaüs Angoulême en 2017 et Emmaüs Poitiers en 2018, il ne justifie pas de trois années d'une activité économique ininterrompue au sein de ces associations, ni du caractère réel et sérieux de ses activités, pas plus de ses perspectives d'intégration. Il rappelle que M. A, qui est défavorablement connu des services de police et qui ne justifie pas avoir noué des liens personnels ou amicaux en France, n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu trente-six ans et où résident son père, sa mère, son frère, sa sœur ainsi que ses trois enfants. La motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui cite les dispositions applicables de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que, comme il vient d'être dit, ce refus est lui-même motivé en droit comme en fait, de mention spécifique. Enfin, la décision fixant le pays de destination vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne la nationalité du requérant et la circonstance qu'il n'établit pas courir des risques dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, il ne ressort pas de la motivation de la décision attaquée que le préfet de la Vienne aurait négligé de procéder à un examen particulier approfondi de la situation personnelle de M. A, la seule circonstance qu'il aurait estimé à tort que l'intéressé ne disposait pas d'une insertion professionnelle, de ressources personnelle stables, ni d'un logement personnel, étant, à cet égard, inopérante dès lors que le préfet aurait pris exactement la même décision s'il n'avait pas retenu ces différents éléments.

5. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet de la Vienne n'a pas entendu refuser à l'intéressé un titre de séjour en raison du risque que son comportement faisait peser sur l'ordre public, mais a simplement entendu tenir compte, pour l'appréciation de ses conditions d'intégration, de sa condamnation à un mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence suivi d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par pacte civil de solidarité, qui, ainsi que l'a d'ailleurs relevé, à juste titre, le préfet, n'est pas de nature à caractériser la qualité de son insertion dans la société française. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / (). "

7. M. A réside irrégulièrement en France depuis le 25 juillet 2016, en dépit d'une première mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait. Il est défavorablement connu des services de police et de la justice pour des violences commises sur sa conjointe. S'il est avéré qu'il a travaillé du mois de juin 2017 au mois d'octobre suivant et du 5 octobre 2018 au 9 mars 2019, pour des associations qui l'ont hébergé, il n'est, en tout état de cause, pas établi par les seules attestations de particuliers qu'il produit, que tel serait encore le cas, ni qu'il disposerait, de ce fait, de ressources personnelles stables ainsi que d'un logement personnel. Toute sa famille, y compris ses trois enfants, réside en Guinée. En estimant que l'admission au séjour de M. A ne répondait à aucune considération humanitaire et n'était pas davantage justifiée par des circonstances exceptionnelles, le préfet de la Vienne n'a, par suite, commis aucune erreur manifeste d'appréciation.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

9. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger justifie de trois années d'activité ininterrompue dans un organisme de travail solidaire, qu'un rapport soit établi par le responsable de l'organisme d'accueil, qu'il ne vive pas en état de polygamie et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

10. Comme il a été dit au point 7, s'il ressort des pièces du dossier que M. A a travaillé du mois de juin 2017 au mois d'octobre suivant et du 5 octobre 2018 au 9 mars 2019, pour les associations Emmaüs Angoulême et Emmaüs Poitiers, la production de témoignages de particuliers indiquant qu'il participe aux activités d'une boutique de vente de cette association, ne suffit pas à établir qu'il justifierait de trois années d'activité ininterrompue au sein de ladite association. En toute hypothèse, M. A ne produit aucun rapport établi par le responsable de son organisme d'accueil. Il ne fait pas davantage état d'un projet professionnel quelconque. A supposer même qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, il ressort des mentions non sérieusement contestées de l'arrêté attaqué rappelées au point 3, que ses perspectives d'intégration sont incertaines. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. A ne réside en France que depuis la fin du mois de juillet 2016 et de manière irrégulière puisqu'il s'est déjà soustrait à une mesure d'éloignement. Comme il a été dit au point 6, il est défavorablement connu des services de police et de la justice. A supposer même qu'il travaille encore pour l'association Emmaüs Poitiers, il ne retire de cette activité que de très faibles ressources et ne dispose d'aucun logement personnel puisqu'il est hébergé par cette association. Il n'établit pas, ni d'ailleurs n'allègue avoir noué des liens personnels ou amicaux en France. Il ressort des mentions, non contestées, de l'arrêté attaqué qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu trente-six ans et où résident encore son père, sa mère, son frère, sa sœur ainsi que ses trois enfants. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet ne s'est pas non plus livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle en lui refusant un titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 12 que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne le pays de destination :

14. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. Si M. A soutient que son retour en Guinée l'exposerait personnellement à des traitements inhumains et dégradants en raison des violences qu'il y a subies, il n'apporte, contrairement à ce qu'il indique dans sa requête, aucun élément permettant d'établir le bien-fondé de ses craintes. Au surplus, comme il a été dit au point 1, sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA. Dès lors, en fixant le pays de renvoi, le préfet de la Vienne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le président rapporteur,

Signé

L. B

L'assesseur le plus ancien,

Signé

Y. CROSNIER La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière,

Signé

D.GERVIER

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