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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2203127

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2203127

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2203127
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMARQUES-MELCHY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 décembre 2022, M. B A, représenté par Me C, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 28 avril 2022 par lequel le préfet de la Charente-Maritime lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a déterminé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dans la mesure où il n'a jamais été destinataire de l'arrêté du 28 avril 2022 attaqué ;

- cet arrêté est entaché d'incompétence ;

- la procédure de refus de titre de séjour dont il a fait l'objet est irrégulière dès lors que le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour ; le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 423-22 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays d'éloignement méconnaissent également les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Aux termes, d'une part, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () et les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser () ".

2. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. ". Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " I.-Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application () des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. ".

3. Il incombe à l'administration, lorsque se pose la question de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Il résulte de la réglementation postale qu'en cas d'absence du destinataire d'une lettre remise contre signature, le facteur doit, en premier lieu, porter la date de vaine présentation sur le volet " preuve de distribution " de la liasse postale, cette date se dupliquant sur les autres volets, en deuxième lieu, détacher de la liasse l'avis de passage et y mentionner le motif de non distribution, la date et l'heure à partir desquelles le pli peut être retiré au bureau d'instance et le nom et l'adresse de ce bureau, cette dernière indication pouvant résulter de l'apposition d'une étiquette adhésive, en troisième lieu, déposer l'avis ainsi complété dans la boîte aux lettres du destinataire et, enfin, reporter sur le pli le motif de non distribution et le nom du bureau d'instance. Compte tenu de ces modalités, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier, et qui porte, sur l'enveloppe ou sur l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis, malgré l'absence de la mention " avisé ".

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le pli postal recommandé n° 1A 170 946 2207 0, qui contenait l'arrêté en date du 28 avril 2022 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé à M. B A un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a déterminé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai, a été adressé par l'administration à l'adresse communiqué par l'intéressé, à savoir à l'association Le logis, 11 rue Saint Eutrope à Saintes (Charente-Maritime). Ce pli recommandé, qui a été retourné à l'administration le 30 mai 2022, comporte un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier du 6 mai 2022, et, sur l'enveloppe, la mention " avisé " ainsi que l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis à son destinataire, à savoir la mention " Non réclamé ". Les mentions précises, claires et concordantes figurant sur ce pli postal constituent la preuve d'une notification régulière de ce dernier à l'adresse fournie par l'intéressé. La seule attestation non circonstanciée de la cheffe de service de l'association Le logis indiquant que " aucun courrier n'a été présenté par la Poste le 6 mai 2022 " et que l'association " n'a reçu aucun avis de passage dans la boîte aux lettres " ne suffit pas à établir que le requérant n'aurait pas été régulièrement avisé de la mise en instance du pli postal lui notifiant l'arrêté attaqué. La notification de ce pli étant réputée avoir été régulièrement accomplie à la date de vaine présentation, le 6 mai 2022, la requête de M. A dirigée contre cet arrêté, enregistrée le 9 décembre 2022, après l'expiration du délai de trente jours prévu par les dispositions précitées de l'article R. 776-2 du code de justice administrative, est tardive et, comme telle, irrecevable. Il s'ensuit que la requête de M. A doit être rejetée en application des dispositions du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

5. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". L'article 7 de la même loi dispose : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas manifestement irrecevable () ". La requête de M. A étant manifestement irrecevable, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A n'est pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Charente-Maritime et à Mme C.

Copie en sera transmise à la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Poitiers.

Fait à Poitiers, le 28 décembre 2022.

Le président de la 1ère chambre,

signé

L. Campoy

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef par intérim,

La greffière,

signé

N. COLLET.

l

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