jeudi 13 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2203131 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | HAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 décembre 2022, Mme F E, représentée par Me Hay, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2022 par lequel la préfète des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;
3°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de cent euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que la commission du titre du séjour n'a pas été saisie ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er mars 2023, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.
Mme E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante comorienne née le 22 novembre 1997, a déclaré être entrée irrégulièrement en France le 10 août 2018. Elle a donné naissance en janvier 2020 dans les Deux-Sèvres à une fille, A, reconnue avant sa naissance par un ressortissant français, M. C. Il n'est pas contesté que cet enfant est de nationalité française par filiation paternelle. Mme E a obtenu une carte de séjour temporaire valable du 6 novembre 2020 au 5 novembre 2021. Le 6 septembre 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " auprès de la préfecture des Deux-Sèvres. Par un arrêté en date du 30 septembre 2022, la préfète des Deux-Sèvres a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par la présente requête, Mme E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Dès lors que Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code: " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. / Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur. ".
4. La préfète des Deux-Sèvres a refusé de délivrer à Mme E le titre de séjour qu'elle sollicitait en tant que mère d'un enfant français au motif qu'elle ne démontrait pas que le père de son enfant français, qui l'a reconnu avant sa naissance, contribuait à l'entretien et à l'éducation de cet enfant. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier, consistant en plusieurs factures d'achats de produits et vêtements pour enfant datées du 6 octobre 2022, 15 novembre 2022 et 19 novembre 2022, postérieures à l'arrêté attaqué, pour un montant total d'environ 200 euros, et de cinq virements bancaires entre le 30 décembre 2021 et le 13 octobre 2022, pour un montant total de 310 euros, que M. C contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'une décision de justice serait intervenue pour fixer la contribution de M. C à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. La préfète des Deux-Sèvres a aussi retenu que Mme E elle-même n'établissait pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Il ressort des pièces du dossier, notamment des versements d'allocations familiales, des factures et d'une attestation d'une sage-femme du centre hospitalier Nord-Deux-Sèvres, que Mme E peut être regardée comme contribuant effectivement depuis sa naissance à l'entretien et à l'éducation de sa fille française, âgée de deux ans et huit mois à la date de la décision attaquée. Dans la mesure où il ressort des pièces du dossier que le père français de cette enfant, qui l'a reconnue avant sa naissance, ne participe pas à son entretien et son éducation, le droit au séjour de Mme E sur le fondement de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit s'apprécier au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant, invoqué par ailleurs.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales: " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant: " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
6. Mme E soutient être entrée en France en août 2018, mais ne produit aucune pièce antérieure à la naissance de sa fille en janvier 2020. Il ressort des pièces du dossier que Mme E a travaillé dans les Deux-Sèvres d'octobre 2021 à décembre 2021, puis d'août 2022 à octobre 2022. Elle ne se prévaut d'aucune attache particulière ni d'aucune insertion sociale en France. La décision de la préfète des Deux-Sèvres n'a pas vocation à séparer Mme E de sa fille, A, ni de son deuxième enfant, B, née le 4 mai 2021 de sa relation avec un ressortissant comorien. Si en revanche, la décision en litige peut avoir pour effet de séparer la jeune A de son père déclaré, il ressort de ce qui a été dit au point 4 du présent jugement, que celui-ci ne contribue pas à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Ainsi, la préfète des Deux-Sèvres n'a pas porté une atteinte excessive au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante, et n'ainsi pas méconnu les dispositions précitées des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative :1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-22 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".
8. Compte tenu de ce qui a été indiqué précédemment, Mme E ne remplit pas les conditions de délivrance du titre de séjour prévu à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est, par suite, pas fondée à se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 432-13 du même code. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".
10. Comme dit au point 4 du présent jugement, Mme E est mère d'un enfant français et peut être regardée comme contribuant effectivement à son entretien et son éducation depuis sa naissance. Dans ces conditions, la préfète des Deux-Sèvres n'a pu lui faire obligation de quitter le territoire français sans méconnaitre ces dispositions.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E est fondée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de sa requête, à demander l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2022 de la préfète des Deux-Sèvres en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. L'annulation de la seule décision portant obligation de quitter le territoire français n'entraine pas d'obligation de délivrer un titre de séjour. Les conclusions à fin d'injonction de Mme E doivent donc être rejetées. Il appartient cependant à la préfète des Deux-Sèvres, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de munir Mme E d'une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation. Il y a lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu, en l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Mme E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Hay, avocate de Mme E, d'une somme de 900 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire présentée par Mme E.
Article 2 : L'arrêté du 30 septembre 2022 de la préfète des Deux-Sèvres est annulé en tant qu'il fait obligation à Mme E de quitter le territoire français.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète des Deux-Sèvres de munir Mme E d'une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Hay, avocate de Mme E, une somme de
900 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E, à la préfète des Deux-Sèvres et à Me Hay.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
Mme Dumont, première conseillère,
M. Bureau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.
Le rapporteur,
Signé
V. D
Le président,
Signé
A. LE MEHAUTE
La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026