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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2203140

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2203140

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2203140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantRODIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. par une ordonnance du 12 décembre 2022, la présidente de la 5ème section du tribunal administratif de Paris a transmis la requête de M. A B enregistrée le 1er juillet 2022.

Par cette requête, enregistrée le 13 décembre 2022, sous le n°2203140 et des mémoires, enregistrés successivement le 5 mai 2023, le 24 juin 2023, le 20 novembre 2023 et le 24 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Moussa, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le refus implicite opposé par le préfet de la Charente-Maritime à sa demande de renouvellement de son attestation de demandeur d'asile ou de délivrance du titre de séjour en date du 27 décembre 2021, ensemble le rejet de son recours gracieux du 8 mars 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer un titre de séjour mention étudiant ou salarié, ou une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet d'effectuer les diligences nécessaires pour son retour en France ;

5°) de condamner l'Etat à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis ;

6°) de lui verser une provision de 1 000 euros ;

7°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- la décision implicite de refus de titre de séjour est illégale car entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 521-7 du CESEDA, en ce qu'il doit bénéficier de plein droit d'une attestation de demande d'asile ;

- elle est illégale dans la mesure où elle se fonde sur des faits qui n'ont pas été pénalement sanctionnés ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, le plagiat allégué n'étant pas établi ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la durée de son séjour sur le territoire, de son intégration dans la société française, de ses liens d'amitiés en France ainsi que par son intégration professionnelle

- cette décision lui a causé un préjudice car elle le place dans l'impossibilité d'avoir une activité professionnelle, ce qui a des incidences sur sa vie privée et familiale, qu'il évalue ce préjudice à 615 euros net par mois sur le plan matériel et à 10 euros par jour pour le préjudice moral à compter du 6 mars 2022 ; il n'a pas pu bénéficier du revenu de solidarité active, de la prime d'activité, d'un logement social et d'un compte personnel de formation, ainsi que d'une aide à la formation professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, le préfet de la Charente-Maritime conclut au non-lieu à statuer.

Il soutient que la requête a perdu son objet car la décision du 30 octobre 2023 s'est substituée à la décision implicite attaquée.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2023.

II. Par une requête n°2300887 et des mémoires, enregistrés le 28 mars 2023, le 5 mai 2023, le 24 juin 2023, le 20 novembre 2023 et le 12 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Moussa, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le refus implicite opposé par le préfet de la Charente-Maritime à sa demande de renouvellement de son attestation de demandeur d'asile ou de délivrance du titre de séjour en date du 24 octobre 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer un titre de séjour mention étudiant ou salarié, ou une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- la décision implicite de refus de titre de séjour est illégale car entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 521-7 du CESEDA, M. B devant bénéficier de plein droit d'une attestation de demande d'asile ;

- elle est illégale dans la mesure où elle se fonde sur des faits qui n'ont pas été pénalement sanctionnés ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, le plagiat allégué n'étant pas établi ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la durée de son séjour sur le territoire, de son intégration dans la société française, de ses liens d'amitiés en France ainsi que par son intégration professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, le préfet de la Charente-Maritime conclut au non-lieu à statuer.

Il soutient que la requête a perdu son objet car la décision du 30 octobre 2023 s'est substituée à la décision implicite attaquée.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 novembre 2023.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duval-Tadeusz,

- les conclusions de Mme Thévenet-Bréchot, rapporteur public,

- et les observations de Me Moussa, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 12 juillet 1991, est entré sur le territoire français le 17 septembre 2017 sous couvert d'un visa étudiant, renouvelé jusqu'au 30 septembre 2020. Suite à sa suspension de 6 mois prononcée par l'Université de la Rochelle pour des faits de plagiat, son visa n'a pas été renouvelé. Il a été interpellé le 30 septembre 2020 pour des actes de violence volontaire, et condamné le 1er octobre 2020 par le tribunal de grande instance de la Rochelle à six mois d'emprisonnement avec sursis. Le 1er octobre 2020, le préfet de la Charente-Maritime a pris à l'encontre de M. B une décision portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire sans délai, interdiction de retour pour une durée de 2 ans et assignation à résidence. Le 7 décembre 2020, en raison de la violation des obligations qui lui étaient imposées, son sursis probatoire a été révoqué et M. B a été incarcéré. Préalablement à sa levée d'écrou, il a demandé le 1er avril 2021 l'asile, demande qui a été enregistrée en procédure accélérée et rejetée par décision de l'OFPRA du 7 juillet 2021, confirmée par décision du même organisme du 1er mars 2022 et par la CNDA le 31 août 2022. Le 6 octobre 2020 et le 21 octobre 2022, M. B a demandé son admission exceptionnelle au séjour, qui ont fait l'objet d'un rejet implicite. Par la requête n°2203140, M. B demande l'annulation de la décision de refus implicite de cette première décision ainsi que son indemnisation par l'Etat en raison des préjudices qu'il estime avoir subis. Par la requête n°2300887, il demande l'annulation de la seconde. M. B a par ailleurs fait l'objet d'une décision du 30 octobre 2023 portant refus de titre de séjour et obligation quitter le territoire sans délai, accompagnée d'une décision portant placement en rétention administrative. Les recours contre ces décisions ont été rejetés par le juge des libertés et de la détention le 1er novembre 2023 et par le tribunal administratif de Toulouse le 3 novembre 2023. Par courrier du 25 octobre 2023 adressé à la préfecture de la Charente-Maritime, il a demandé l'indemnisation de son préjudice en raison de l'illégalité de la décision implicite de refus contestée dans l'instance n°2203140.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2203140 et n° 2300887 présentées par M. B présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'exception de non-lieu :

3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

4. En l'espèce, le préfet de la Charente-Maritime a statué sur les demandes de M. B par une décision du 30 octobre 2023 qui doit être regardée comme s'étant substituée aux décisions implicites de rejet attaquées. Par suite, les conclusions dirigées contre les décisions implicites de rejet nées du silence gardé par le préfet de la Charente-Maritime sur la demande de titre de séjour de M. B doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 30 octobre 2023. La requête n'a donc pas perdu son objet et il y a toujours lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, si M. B soutient que les décisions attaquées ne sont pas motivées, ce moyen manque en fait dès lors que la décision du 30 octobre 2023, qui présente une motivation suffisante, s'est substituée aux décisions attaquées.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile a définitivement été rejetée par la CNDA le 31 août 2022 et que M. B en a été dûment informé. M. B n'est donc pas fondé à se prévaloir des dispositions de l'article L. 521-7 du CESEDA.

7. En troisième lieu, si M. B soutient être entré régulièrement sur le territoire français le 17 septembre 2017 et y avoir séjourné régulièrement en étant titulaire d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", il n'a, ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étudiant que jusqu'au 30 septembre 2020. Il n'a ensuite, alors qu'il avait fait l'objet d'un arrêté du préfet de la Charente-Maritime du 1er octobre 2020 portant refus de renouvellement de son titre de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, été de nouveau autorisé à séjourner sur le territoire français que le temps de l'examen de sa demande d'asile déposée le 1er avril 2021 et définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 31 août 2022. En outre, l'intéressé ne justifie d'aucune attache ni d'aucune intégration particulière en France et ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné par jugement du tribunal correctionnel de La Rochelle du 1er octobre 2020, pour des faits de violence ayant entrainé une incapacité totale de travail supérieure à huit jours, à une peine d'emprisonnement de six mois avec sursis probatoire de deux ans, révoqué à hauteur de six mois par un jugement du juge d'application des peines du tribunal judiciaire de La Rochelle du 7 décembre 2020, et qu'il est convoqué devant le tribunal correctionnel de La Rochelle le 3 juin 2024 pour être jugé pour des faits de violences volontaires ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours et pour des faits de port d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, commis le 28 octobre 2023. Il résulte de ce qui précède que le comportement de M. B doit être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait doivent être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

9. Par courrier du 25 octobre 2023, M. B a demandé l'indemnisation de son préjudice en raison de l'illégalité des décisions implicites portant refus de titre de séjour. Dans sa requête n°2203140, il soutient que cette illégalité lui a causé un préjudice, dont il demande l'indemnisation.

10. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, que la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour n'était pas motivée malgré la demande de communication de motifs de M. B. A ce titre, et jusqu'à la date du 30 octobre 2023 où la décision explicite de rejet s'est substituée à la décision implicite initialement attaquée, le préfet de la Charente-Maritime a commis une illégalité fautive, de nature à engager la responsabilité de l'Etat envers le requérant.

11. Toutefois, si l'intervention d'une décision illégale constitue une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'Etat, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, la même décision aurait pu légalement être prise.

12. En l'espèce, il résulte de l'instruction et de ce qui a été dit aux points 5 à 8 que le préfet de la Charente-Maritime était fondé à prendre une décision de refus de titre de séjour à l'encontre de M. B. Il en résulte que les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées, de même que celles à fin de provision.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13 Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation et d'astreinte présentées par le requérant, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, et au préfet de la Charente-Maritime.

Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

J. DUVAL-TADEUSZ

Le président,

Signé

P. CRISTILLE La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La Greffière,

N. COLLET

N°s 2203140-2300887

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