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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2203161

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2203161

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2203161
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBOUILLAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 décembre 2022, M. C B, représenté par Me Bouillault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi : -

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Vienne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Bouillault, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant de Côte-d'Ivoire né le 1er janvier 1977, est entré en France le 15 octobre 2019 sous couvert d'un visa C à entrées multiples ,valable du 5 juin au 30 novembre 2019. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " parent d'enfant français " le 4 janvier 2022. Par un arrêté du 11 octobre 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B est le père de deux enfants de nationalité française, nés respectivement les 15 janvier 2020 et 23 décembre 2021, à l'égard desquels il exerce l'autorité parentale conjointement avec la mère, ainsi qu'il ressort d'un jugement rendu le 28 juillet 2022 par le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Poitiers. Selon cette décision qui, en accord avec la mère, fixe la résidence des enfants au domicile maternel, il bénéficie d'un droit de visite en journée, le samedi une semaine sur deux, et doit verser une contribution de 200 euros par mois. D'autre part, l'intéressé produit, outre le jugement précité, des justificatifs de transferts d'argent à la mère de son fils, datés du mois de mai 2022 au mois d'octobre 2022, ainsi que des justificatifs d'ouverture de deux livrets d'épargne et des factures de cantine et d'achats de biens datés de décembre 2021 à novembre 2022. Les autres documents produits, notamment les photographies, l'attestation du directeur d'école, ainsi que les différents contrats de travail et bulletins de salaire établissent par ailleurs la matérialité des démarches menées par le requérant pour contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Ainsi, le lien régulier que le requérant entretient effectivement avec ses fils, et plus particulièrement sa contribution à l'entretien et à l'éducation de son second fils depuis sa naissance, ressort des documents versés au dossier. Dès lors, en prenant la décision de refus de séjour contestée, le préfet de la Vienne a méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent. L'illégalité de cette décision entraîne, par voie de conséquence, celle des décisions subséquentes portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement la délivrance, au profit de M. B, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Vienne de délivrer un tel titre de séjour à l'intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bouillault, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Bouillault de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Vienne du 11 octobre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vienne de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 900 euros à Me Bouillault, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Bouillault renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au Préfet de la Vienne et à Me Bouillault,.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Gibson-Théry, première conseillère,

M. Pipart, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

R. A

La présidente,

Signé

S. BRUSTONLa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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