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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2203195

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2203195

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2203195
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formationétrangers JU
Avocat requérantMENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 décembre 2022, Mme B D, représentée par Me Menard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a décidé son transfert aux autorités italiennes pour l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de mettre un terme à sa procédure de transfert et de lui délivrer un dossier de demande d'asile dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il ne s'est pas vu délivrer les informations prévues par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 dans une langue qu'elle comprend ;

- il n'a pas bénéficié de l'entretien prévu à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 en préfecture et dans une langue qu'elle comprend ;

- la préfète a commis une erreur d'appréciation dès lors que son renvoi en Italie aurait des conséquences graves sur son état de grossesse dans la mesure où elle n'aurait pas de prise en charge ni de logement, qu'elle ne parle pas italien et ne dispose d'aucune attache dans ce pays.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 décembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- les règlements (UE) n° 603/2013 et n° 604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président par Intérim du tribunal a désigné Mme G en application des dispositions de l'article L. 742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme G a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, ressortissante guinnéenne née le 1er janvier 1995 à Conakry (Guinée), déclare être entrée irrégulièrement en France le 23 août 2022. Elle a présenté une demande d'asile à la préfecture de la Vienne le 7 septembre 2022. La consultation de la base de données Eurodac a révélé que les empreintes digitales de la requérante avaient déjà été relevées par les autorités italiennes le 24 juillet 2022. Après avoir recueilli l'accord implicite de réadmission de la part des autorités italiennes le 27 novembre 2022, la préfète de la Gironde a décidé, par un arrêté du 7 décembre 2022, de transférer l'intéressée aux autorités italiennes. Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder l'aide juridictionnelle provisoire à Mme D.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, Mme E I, adjointe à la cheffe de bureau de l'asile et guichet unique, qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficiait d'une délégation de la préfète du 5 octobre 2022, publiée le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la Gironde n° 2022-028, librement accessible, à l'effet de signer dans la limite de ses attributions notamment les arrêtés de transfert, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A H, directeur des migrations et de l'intégration, de Mme F J, directrice adjointe, et de Mme C N'Guyen, cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique. Il n'est ni établi ni allégué que M. H et Mmes J et N'Guyen n'auraient pas été absents ou empêchés le jour de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013: " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend () ". En vertu de l'article 20 de ce règlement : " () 2. Une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire présenté par le demandeur () est parvenu aux autorités compétentes de l'Etat membre concerné (). ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D s'est vue remettre, lorsqu'elle s'est présentée pour solliciter l'asile le 7 septembre 2022, la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et la brochure B " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce-que cela signifie ' ", en langue française. Si la requérante n'a pas déclaré comprendre le français dans le recueil de sa demande d'asile, il ressort toutefois des pièces du dossier que ces documents n'existent pas en langue soussou, langue que la requérante a déclaré comprendre dans le recueil de sa demande d'asile. Par ailleurs, il ressort du résumé de l'entretien individuel du 7 septembre 2022, lequel a fait l'objet d'une traduction en langue soussou par un interprète, que Mme D a été informée du contenu des deux brochures. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 visé ci-dessus : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 4. L'entretien est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans lequel il est capable de communiquer. () / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. () L'Etat membre veille à ce que le demandeur () ait accès en temps utile au résumé ".

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment du résumé de l'entretien individuel de Mme D, signé par cette dernière, que l'intéressée a bénéficié le 7 septembre 2022 d'un entretien individuel, tel que prévu par les dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 réalisé en langue soussou par l'intermédiaire d'un interprète, langue qu'elle a déclarée comprendre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

8. En dernier lieu, Mme D soutient que la préfète a commis une erreur d'appréciation dès lors que son renvoi en Italie aurait des conséquences graves sur son état de grossesse dans la mesure où elle n'aurait pas de prise en charge ni de logement, qu'elle ne parle pas italien et ne dispose d'aucune attache dans ce pays. Toutefois, Mme D n'établit pas que les autorités italiennes ne seraient pas en mesure de traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile et ainsi qu'elle ne disposerait pas d'un logement et d'une prise en charge financière pendant la durée de traitement de sa demande. Par ailleurs, elle ne démontre pas plus qu'il lui serait impossible d'être suivie médicalement pour sa grossesse en Italie. Enfin, la circonstance qu'elle ne parle pas l'italien et qu'elle ne dispose pas d'attaches en Italie ne fait pas obstacle, à elle seule, à ce que les autorités italiennes puissent traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Par suite, la préfète de la Gironde n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de Mme D en décidant son transfert à destination de l'Italie.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 décembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a décidé de la transférer aux autorités italiennes. Sa requête doit donc être rejetée, y compris les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et à la préfète de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 5 janvier 2023.

La magistrate désignée,

Signé

S. G La greffière d'audience,

Signé

S. SKRIDLA

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef par intérim,

La greffière,

N.COLLET

N°2203195

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