jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2203199 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | LAVALETTE AVOCATS CONSEILS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 décembre 2022 et un mémoire non communiqué enregistré le 13 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Gomez, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 octobre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Charente lui a retiré son agrément d'assistante maternelle ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Charente de lui délivrer un nouvel agrément identique à celui retiré, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département de la Charente une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-il n'est pas établi que la commission administrative paritaire s'est régulièrement réunie conformément à l'article R. 421-27 du code de l'action sociale et des familles ;
-le principe général des droits de la défense n'a pas été respecté dès lors qu'à l'occasion de la commission consultative paritaire départementale qui s'est réunie le 4 octobre 2022, elle n'a pas pu présenter ses observations ;
-la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que le sens de l'avis de cette commission n'est pas mentionné dans la décision attaquée ;
-la décision attaquée repose sur des faits matériellement inexacts et est entachée d'erreurs d'appréciation dans la mesure où ni la mise en danger d'enfants ni les manquements à la sécurité ou le non-respect de l'obligation des 11 heures consécutives de repos par jour ne sont établis ;
- la sanction de retrait de son agrément est, en tout état de cause, disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2024, le département de la Charente, représenté par la Selarl Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu :
-l'ordonnance du 9 janvier 2023 par laquelle le juge des référés a rejeté la requête en référé présentée par Mme A tendant à la suspension de la décision du 18 octobre 2022 ;
-les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n°2021-699 du 1er juin 2021 ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thévenet-Bréchot,
- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,
- et les observations de Me Gomez, représentant Mme A, et de Me Bekpoli, représentant le département de la Charente.
Une note en délibéré, présentée par Mme A, a été enregistrée le 5 juillet 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A était titulaire d'un agrément en qualité d'assistante maternelle régulièrement renouvelé depuis le 12 janvier 2005 et l'autorisant à accueillir quatre enfants à son domicile. A la suite d'une visite inopinée effectuée à son domicile le 21 juillet 2022 par un agent de la protection maternelle infantile, le président du département de la Charente a, par une décision du 28 juillet 2022, suspendu son agrément d'assistante maternelle, puis, par une décision du 18 octobre 2022, retiré cet agrément. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de la décision du 18 octobre 2022.
Sur la légalité externe :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-27 du code de l'action sociale et des familles : " La commission consultative paritaire départementale, prévue par l'article L. 421-6, comprend, en nombre égal, des membres représentant le département et des membres représentant les assistants maternels et les assistants familiaux agréés résidant dans le département. / Le président du conseil départemental fixe par arrêté le nombre des membres de la commission qui peut être de six, huit ou dix en fonction des effectifs des assistants maternels et des assistants familiaux agréés résidant dans le département. ".
3. S'il résulte de ces dispositions que la règle de la parité s'impose pour la composition de la commission consultative paritaire départementale, en revanche, la présence effective en séance d'un nombre égal de représentants du département et de représentants des assistants maternels et familiaux agréés résidant dans le département ne conditionne pas la régularité de la consultation de cette commission, dès lors que ni les dispositions citées ci-dessus, ni aucune autre règle, ni enfin aucun principe ne subordonnent la régularité des délibérations de la commission consultative paritaire départementale à la présence en nombre égal de représentants du département et de représentants des assistants maternels et familiaux agréés.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'arrêté du 6 janvier 2022 portant modification de la composition de la commission consultative paritaire des assistants maternels et familiaux que celle-ci est composée paritairement de quatre représentants du département et de quatre représentants des assistants maternels et familiaux. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment de la feuille d'émargement de la séance de la commission consultative paritaire départementale du 4 octobre 2022 que trois représentants du département et quatre représentants des assistants maternels et familiaux étaient présents. Ainsi, la seule circonstance que l'avis a été rendu dans une formation qui ne comportait pas à parité des représentants du département et des assistants maternels et familiaux agréés, n'est pas de nature à entacher l'avis émis d'irrégularité, dès lors que la composition de la commission était régulière. La circonstance qu'étaient également présentes lors de cette commission une secrétaire de séance et une éducatrice spécialisée n'est pas non plus de nature à entacher d'irrégularité la composition de la commission, alors qu'il ressort des mentions du procès-verbal qu'elles n'ont pas pris part au vote ni aux échanges. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-23 du code de l'action sociale et des familles : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de retirer un agrément, d'y apporter une restriction ou de ne pas le renouveler, il saisit pour avis la commission consultative paritaire départementale mentionnée à l'article R. 421-27 en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. / L'assistant maternel ou l'assistant familial concerné est informé, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, des motifs de la décision envisagée à son encontre, de la possibilité de consulter son dossier administratif et de présenter devant la commission ses observations écrites ou orales. La liste des représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux à la commission lui est communiquée dans les mêmes délais. L'intéressé peut se faire assister ou représenter par une personne de son choix. () ".
6. Si Mme A ne conteste pas avoir été régulièrement convoquée à la commission consultative paritaire du 4 octobre 2022, elle soutient qu'elle a été sommée de se taire et d'écouter sans pouvoir présenter ses observations. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal de cette commission, dont la séance a duré 1h30, que les membres lui ont posé de nombreuses questions sur sa pratique professionnelle et que l'intéressée y a répondu. En outre, Mme A s'est présentée à cette commission accompagnée d'un défenseur de son choix qui s'y est également exprimé. Par suite, le principe général des droits de la défense n'a pas été méconnu.
7. En troisième lieu, la décision contestée mentionne l'avis de la commission consultative paritaire. Il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe que la décision, qui est en tout état de cause suffisamment motivée, aurait dû mentionner le sens de cet avis. Par suite, la décision en litige n'est entachée d'aucun vice de procédure.
Sur la légalité interne :
8. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () / L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. () ". L'article L. 421-6 du même code précise que : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil général peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. () ". Il résulte des dispositions des articles L. 421-3 et L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles précités, qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies.
9. Mme A a fait l'objet, le 21 juillet 2022, d'une visite inopinée d'une infirmière de la protection maternelle et infantile (PMI) à son domicile. En vertu de son dernier agrément, Mme A était autorisée à accueillir quatre enfants dont un de plus de 18 mois. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que lors de la visite de la PMI, l'intéressée accueillait simultanément six enfants de moins de trois ans, dont quatre enfants de moins d'un an. Si l'article 32 du décret du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire autorisait l'assistant maternel à dépasser sa capacité d'accueil, c'était sous réserve d'en avoir préalablement informé le président du conseil départemental, ce que Mme A ne conteste pas ne pas avoir fait. Pour ce seul motif, le président du conseil départemental de la Charente pouvait légalement estimer que les conditions d'accueil ne permettaient pas d'assurer la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants et procéder au retrait de l'agrément de Mme A.
10. En outre, il ressort des pièces du dossier que Mme A a accepté l'accueil d'un nourrisson en période de nuit sur la tranche horaire 19h - 11h sans cesser les accueils de jour. Ce faisant, elle n'a pas respecté l'obligation d'un repos quotidien d'au moins onze heures consécutives pour l'assistant maternel, tous contrats de travail confondus, prévue par les dispositions de l'article 96.1 de la convention collective de branche du secteur des particuliers employeurs et de l'emploi à domicile. La fatigue nécessairement engendrée par ce surcroit d'activité est également de nature à compromettre la sécurité des enfants accueillis.
11. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la professionnelle de PMI a constaté, lors de sa visite au domicile de Mme A, plusieurs manquements aux règles de sécurité, notamment l'ouverture des baies vitrées et du portail extérieur donnant accès sur la route, un barbecue non sécurisé, un jacuzzi non déclaré et non sécurisé, un bébé de cinq mois placé sur un fauteuil pivotant, ainsi que des enfants laissés seuls au rez-de-chaussée pendant que l'intéressée couchait un bébé à l'étage.
12. Enfin, alors que la requérante avait déjà fait l'objet de trois rappels à ses obligations professionnelles, les 18 octobre 2019, 9 décembre 2019 et 26 novembre 2020, dont un avertissement, qui pointaient des dépassements de capacité d'accueil et des manquements à la sécurité, il ne ressort pas des échanges tels que mentionnés dans le procès-verbal de la commission consultative paritaire du 4 octobre 2022 que Mme A serait disposée à remettre en cause sa pratique professionnelle.
13. Il résulte de ce qui précède, et en dépit des courriers de certains parents employeurs attestant de leur satisfaction quant à la prise en charge de leur enfant par la requérante, que le président du département de la Charente, en procédant au retrait de l'agrément de Mme A, n'a entaché sa décision d'aucune erreur d'appréciation. Au regard des manquements constatés et de l'absence de remise en cause de l'intéressée, la mesure n'apparait en outre pas disproportionnée.
Sur les frais liés au litige :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme sollicitée par le département de la Charente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font en outre obstacle à ce que la somme sollicitée par la requérante sur ce même fondement soit mise à la charge du département de la Charente.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le département de la Charente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département de la Charente.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
A. THEVENET-BRECHOTLe président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026