mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2203206 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 décembre 2022 et le 29 février 2024, Mme B A, demande au tribunal :
1°) d'annuler les titres de perception nosADCE212600084118 et ADCE212600084119 émis par le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine le 30 novembre 2021 en récupération des aides versées au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises pour les mois d'octobre 2020 et de novembre 2020 ensemble la décision de rejet de sa réclamation du 24 octobre 2022 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les éventuels dépens, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration fiscale a fondé sa décision de refus sur un document interne au service, dès lors que ce n'est qu'une copie d'écran d'un document transmis par le tribunal de commerce de La Rochelle ; les documents qu'elle verse aux débats ont, pour leur part, valeur probante, dès lors que le certificat d'inscription au répertoire des entreprises et établissements (SIRENE) et le courrier de la direction générale des finances publiques confirmant la création de l'activité de loueur en meublé constituent des documents justificatifs ayant valeur juridique ;
- contrairement à ce que prétend l'administration fiscale, la circonstance que le revenu tiré de son activité de loueur en meublé ne dépasse pas le seuil minimal de 23 000 euros de revenus de location, ne méconnaît pas les dispositions du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ; les réponses produites sur le site des impôts (" le FAQ ") précisent, en leur point n°46, que l'activité ne doit pas être accessoire ; les revenus tirés de cette activité, à l'origine accessoires, sont passés de 2 958 euros en 2019 à 15 832 euros en 2021 ; son activité a été déclarée au registre du commerce et des sociétés le 1er juillet 2020 et constitue son activité principale et exclusive, son activité étant régulièrement immatriculée au registre du commerce et des sociétés ; le tribunal administratif de Poitiers et la cour administrative d'appel de Bordeaux ont déjà estimé qu'un exploitant de meublés de tourisme était fondé à bénéficier des aides du fonds de solidarité ;
- la location touristique de courte durée constitue une activité économique réelle, allant au-delà de la location civile d'un bien immobilier ; les aides accordées ne concernaient qu'un seul gîte, dès lors que le second gîte n'a été ouvert qu'en 2021 ; il n'est pas indispensable d'être inscrit au registre du commerce et des sociétés pour exercer l'activité de location meublée touristique ; les sommes perçues dans le cadre de son activité ont été déclarées dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux ; la cour administrative d'appel de Lyon a rendu une décision conforme à sa position le 20 décembre 2023.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pipart,
- les conclusions de M. Revel, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, qui exerce, à titre individuel, une activité de loueur en meublé non professionnel depuis le 1er juillet 2019, a bénéficié pour les mois d'octobre et novembre 2020 de l'aide aux entreprises fragilisées par l'épidémie de covid-19 pour un montant respectif de 1 741 euros et de 2 903 euros. Par deux titres exécutoires émis le 30 novembre 2021 sous les nosADCE212600084118 et ADCE212600084119, le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine a mis à sa charge le reversement de ces aides. Par une décision du 24 octobre 2022, cette même autorité a rejeté le recours administratif préalable obligatoire présenté par l'intéressée le 17 janvier 2022. Mme A demande l'annulation de ces titres de perception et de cette décision de rejet.
2. D'une part, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " Il est institué, jusqu'au 16 février 2021, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation. / Sa durée d'intervention peut être prolongée par décret pour une durée d'au plus six mois. ". L'article 1er du décret du 30 mars 2020, pris en application de l'article 3 de cette ordonnance, définit le champ d'application du dispositif en disposant que : " Le fonds mentionné par l'ordonnance du 25 mars 2020 susvisée bénéficie aux personnes physiques et personnes morales de droit privé résidentes fiscales françaises exerçant une activité économique, ci-après désignées par le mot : entreprises, () ". Ce décret, modifié à de nombreuses reprises depuis son édiction pour tenir compte de l'évolution de l'épidémie et des mesures prises pour limiter sa propagation, précise ensuite les conditions d'attribution des aides versées au titre de ce fonds. Parmi ces conditions figure, pour certaines des périodes couvertes par le dispositif d'aides, l'exercice d'une activité principale relevant de l'un des secteurs énumérés à l'annexe 1 ou à l'annexe 2 du décret, au nombre desquels : " Hôtels et hébergement similaire " et " Hébergement touristique et autre hébergement de courte durée ".
3. D'autre part, aux termes du 2 du IV de l'article 155 du code général des impôts, l'activité de location directe ou indirecte de locaux d'habitation meublés est regardée comme exercée à titre professionnel lorsque " les deux conditions suivantes sont réunies : / () Les recettes annuelles retirées de cette activité par l'ensemble des membres du foyer fiscal excèdent 23 000 € ; / () Ces recettes excèdent les revenus du foyer fiscal soumis à l'impôt sur le revenu dans les catégories des traitements et salaires au sens de l'article 79, des bénéfices industriels et commerciaux autres que ceux tirés de l'activité de location meublée, des bénéfices agricoles, des bénéfices non commerciaux et des revenus des gérants et associés mentionnés à l'article 62 ".
4. Pour l'application des dispositions du décret du 30 mars 2020, doit être regardé comme exerçant une activité économique quiconque accomplit une activité de producteur, de commerçant ou de prestataire de services ou se livre à des opérations comportant l'exploitation d'un bien corporel ou incorporel en vue d'en retirer des recettes ayant un caractère de permanence. La circonstance que les recettes issues de la location de locaux d'habitation meublés seraient inférieures aux seuils définis par les dispositions de l'article 155 du code général des impôts n'est pas de nature à exclure l'exercice, par le loueur, d'une activité économique, et pas davantage, lorsque cette condition est applicable, l'exercice d'une activité principale dans l'un des secteurs énumérés à l'annexe 1 ou à l'annexe 2 du décret du 30 mars 2020.
5. En l'espèce, d'une part, il résulte de l'instruction que Mme A est enregistrée au répertoire des entreprises et des établissements sous le numéro SIREN 885 296 871 pour l'exercice d'une activité enregistrée sous le code APE, activité principale exercée, 55.20Z " Hébergement touristique et autre hébergement de courte durée " pour l'exploitation d'un gîte meublé de tourisme situé à Saint-Georges-du-Bois (Charente-Maritime). Au titre de cette activité, elle a déclaré des revenus de 2 958 euros au cours de l'année 2019 et de 9 475 euros au titre de l'année 2020. Cette activité, qui génère des recettes ayant un caractère de permanence, doit être qualifiée d'activité économique au sens et pour l'application des dispositions précitées du décret du 30 mars 2020, sans que puisse s'y opposer la circonstance que les recettes issues de la location de locaux d'habitation meublés seraient inférieures aux seuils définis par les dispositions du IV de l'article 155 du code général des impôts ou la circonstance que l'activité de loueur en meublé non professionnelle ne serait pas exercée au moyen d'une structure susceptible de faire faillite au sens du droit commercial ou de se voir appliquer les directives et règlements en matière d'aides d'Etat. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que cette activité revêt un caractère saisonnier, ni même, au regard de ce qui a été dit précédemment, qu'elle ait une nature civile.
6. D'autre part, il résulte des termes des articles 3-8 et suivants du décret du 30 mars 2020 que la condition tenant à ce que le bénéficiaire de l'aide exceptionnelle exerce son activité principale dans un secteur mentionné dans l'une des annexes à ce décret s'applique à l'activité de l'entreprise et non à celle de sa gérante. Or, il n'est pas contesté que l'entreprise individuelle de Mme A n'a pas d'autre activité que la location du gite situé à Saint-Georges-du-Bois. Par suite, cette location constitue nécessairement l'activité principale de cette entreprise. Dans ces conditions, le service ne peut utilement soutenir que l'activité de location de meublés touristiques ne saurait être regardée comme étant exercée à titre principal au motif que les autres revenus imposables déclarés par Mme A au titre des années 2019 et 2020, seraient supérieurs aux revenus tirés de son activité de location de meublés touristiques ou que la part des revenus tirés de cette activité ne serait pas significative par rapport à l'ensemble des revenus de son foyer fiscal. Dans ces conditions, le service n'est pas fondé à soutenir que l'activité de location de meublés touristiques exercée par Mme A ne serait pas éligible au bénéfice du dispositif d'aide aux entreprises particulièrement touchées par les conséquences de l'épidémie de covid-19.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation des titres de perception nosADCE212600084118 et ADCE212600084119 émis par le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine le 30 novembre 2021 en récupération des aides versées au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises pour les mois d'octobre 2020 et de novembre 2020, et de la décision du 24 octobre 2022 de rejet de son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre ces titres.
Sur les frais liés au litige :
8. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées par l'EI A à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les titres de perception nosADCE212600084118 et ADCE212600084119 émis par le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine le 30 novembre 2021 en récupération des aides versées au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises pour les mois d'octobre 2020 et de novembre 2020, sont annulés.
Article 2 : La décision du 24 octobre 2022 par laquelle le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine a rejeté le recours administratif préalable obligatoire de Mme A, est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques de la Charente-Maritime.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Henry, premier conseiller,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
R. PIPART
Le président,
signé
L. CAMPOY La greffière,
signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
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