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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2203231

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2203231

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2203231
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantROBIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 décembre 2022 et le 5 janvier 2023, Mme C B, représentée par Me Robin, demande au tribunal :

1°) d'annuler :

- la décision en date du 23 décembre 2022 par lequel le préfet de la Vienne lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle ;

- les décisions en date du 23 décembre 2022 par lesquelles le préfet de la Vienne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et l'a interdite de retour sur le territoire français pendant trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivée ; elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation personnelle par le préfet ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas suffisamment motivée ; elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 janvier 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par un jugement du 6 janvier 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Poitiers a, d'une part, rejeté les conclusions tendant à l'annulation des décisions en date du 23 décembre 2022 par lesquelles le préfet de la Vienne a obligé Mme B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et l'a interdite de retour sur le territoire français pendant trois ans et, d'autre part, a renvoyé à une formation collégiale du tribunal les conclusions de la requête de Mme B tendant à l'annulation de la décision du même jour lui retirant sa carte de séjour pluriannuelle.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Robin, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante macédonienne née le 16 septembre 1983 est, selon ses déclarations, entrée en France en 2004. Après avoir bénéficié de plusieurs titres de séjour du 2 août 2013 au 15 février 2017, elle a obtenu une carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " valable du 15 juin 2021 au 14 juin 2023. Par une décision en date du 23 décembre 2022, le préfet de la Vienne lui a retiré son titre de séjour. Par trois décisions du même jour, le préfet de la Vienne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée et l'a interdite de retour sur le territoire français pendant trois ans. Par un jugement du 6 janvier 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Poitiers a, d'une part, rejeté les conclusions tendant à l'annulation des décisions en date du 23 décembre 2022 obligeant Mme B à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et l'interdisant de retour sur le territoire français pendant trois ans et, d'autre part, a renvoyé à une formation collégiale du tribunal les conclusions de la requête de Mme B tendant à l'annulation de la décision lui retirant sa carte de séjour pluriannuelle. Par suite, il y a seulement lieu pour la formation collégiale du tribunal de statuer sur ces dernières conclusions.

2. En premier lieu, la décision en litige vise les articles L. 432-4 et R. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels elle se fonde ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique que Mme B a été incarcérée le 9 mars 2022 pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance et de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt. Elle rappelle que si Mme B prétend vivre en concubinage avec un ressortissant étranger et avoir sept enfants, dont 2 enfants majeurs issus d'une première union, la communauté de vie dont elle fait état n'est pas établie dès lors qu'elle vit chez une parente à Châtellerault (Vienne) tandis que la personne qu'elle présente comme son concubin ainsi que quatre de ses enfants résident ensemble à Vouneuil (Vienne). La décision attaquée rajoute que le concubin de l'intéressée est, en toute hypothèse, en situation irrégulière en France et déduit de l'ensemble de ces éléments que la mesure contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de Mme B. Cette décision est ainsi suffisamment motivée tant en fait qu'en droit.

3. En deuxième lieu, il ressort de cette motivation que le préfet de la Vienne s'est bien livré à un examen approfondi de la situation de Mme B.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article R. 432-4 du même code : " Sans préjudice des dispositions des articles R. 421-41, R. 422-7, R. 423-2 et R. 426-1, le titre de séjour peut être retiré dans les cas suivants : / () / 6° L'étranger titulaire d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision portant retrait du titre de séjour dont Mme B était titulaire a été prise par le préfet de la Vienne au regard de la menace que le comportement de l'intéressée constitue pour l'ordre public. Le préfet a ainsi relevé que Mme B a été condamnée le 28 octobre 2019 à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et le 10 mars 2022 à une peine de dix mois d'emprisonnement pour des faits similaires aggravés par une autre circonstance. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que l'intéressée est défavorablement connue des services de police pour des faits de vols et cambriolage commis en 2006, de faux ou usage de faux documents administratifs commis en 2009, d'abus de confiance commis en 2011, de menaces de mort commis en 2012, de participation à une association de malfaiteurs en vue d'un délit puni d'au moins cinq ans d'emprisonnement commis en 2012 et de vol par ruse, effraction ou escalade dans un lieu d'habitation ou entrepôt commis en 2015. Eu égard à la nature et la gravité de tels faits ainsi qu'à leur caractère itératif, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions rappelées ci-dessus en estimant qu'ils témoignaient d'un comportement de nature à menacer l'ordre public.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B dirigées contre la décision en date du 23 décembre 2022 par laquelle le préfet de la Vienne lui a retiré son titre de séjour doivent être rejetées, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

Le président rapporteur,

Signé

L. A

L'assesseur le plus ancien,

Signé

Y. CROSNIER La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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