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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2203278

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2203278

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2203278
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLESAICHERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 28 décembre et 30 décembre 2022 et le 10 février 2023, M. A B, représenté par Me Lesaicherre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme d'un montant à déterminer à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New York sur les droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Par ordonnance du 30 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 mars 2023 à 12 heures.

Un mémoire présenté par le préfet de la Vienne a été enregistré le 21 avril 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Dumont a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant surinamien, né le 22 novembre 1986, serait entré en France en 1990 selon ses déclarations. Le 20 janvier 2022, il a sollicité auprès du préfet de la Vienne le renouvellement du titre de séjour qui lui avait été délivré en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 1er décembre 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, par un arrêté 2022-SG-DCPPAT-020 en date du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne le 13 juillet 2022, le préfet de la Vienne a donné délégation à Madame Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté a été pris au visa des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il procède également à un examen de la situation familiale, personnelle et professionnelle du requérant. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que si M. B disposait d'un visa de court séjour valable du 28 août 1990 au 27 novembre 1990, il ne justifie pas de la date à laquelle il est effectivement entré sur le territoire français. Il ne justifie pas davantage avoir été scolarisé en Guyane de la maternelle à la classe de seconde. Il établit, par contre, sa présence en France, dans le département de la Guyane à la date du 23 septembre 2003, date à laquelle il était âgé de seize ans. Il s'est vu délivrer ensuite plusieurs titres de séjour couvrant les périodes de validité du 2 mai 2005 au 13 novembre 2015, puis du 11 avril 2017 au 19 août 2021. Si M. B justifie ainsi d'une présence de vingt ans sur le territoire français, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait exercé une activité professionnelle et il ne justifie pas des formations qu'il allègue avoir suivies. Par suite, il n'établit pas disposer d'une réelle insertion dans la société française. Par ailleurs, s'il se prévaut de sa qualité de père d'un enfant de nationalité française, né le 7 mai 2009 à Cayenne et qui réside en métropole à Amboise, il ne justifie par aucune des pièces produites ni contribuer à l'entretien et à l'éducation de cet enfant, ni même entretenir des liens avec lui. Enfin, si M. B déclare vivre avec Mme C, ressortissante française et s'il produit un certificat de grossesse, cette vie commune ne suffit pas, compte tenu de son caractère récent, à caractériser l'existence de liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses. Par suite, le préfet de la Vienne n'a pas entaché son appréciation d'une erreur manifeste en refusant de délivrer à M. B un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs, il n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale normale et n'a, par conséquent, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Pour les motifs rappelés au point précédent, tenant à la circonstance que M. B ne justifie pas entretenir des liens avec son fils, le préfet de la Vienne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Vienne du 1er décembre 2022 doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023

La rapporteure,

Signé

G. DUMONT

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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