mardi 3 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2203284 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | étrangers 96/144 heures |
| Avocat requérant | GARLOPEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 décembre 2022, M. E A, représenté par Me Garlopeau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2022 par lequel la préfète des Deux-Sèvres l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige est signé par une autorité incompétente ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2023, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président par intérim du tribunal a désigné Mme Bréjeon, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 3 mars 1990 et de nationalité guinéenne, déclare être entré en France le 8 mars 2017. Il a sollicité, le 21 juillet 2020, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 30 avril 2021, le préfet des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 23 février 2022, M. A a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Cette mesure a été renouvelée par arrêté du 5 avril 2022. Par un arrêté du 12 août 2022, la préfète des Deux-Sèvres l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour pour une durée d'un an. Par sa requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 26 décembre 2022 par lequel la préfète des Deux-Sèvres l'a assigné à résidence dans la ville de Niort pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
3. En premier lieu, par un arrêté du 6 mai 2022, visé dans l'arrêté attaqué et régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de l'Etat dans le département, M. Xavier Marotel, secrétaire général de la préfecture, a reçu délégation de la préfète des Deux-Sèvres à l'effet de signer tous arrêtés et décisions qui concernent la mise en œuvre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte en litige doit être écarté comme manquant en fait.
4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. En se bornant à se prévaloir de son intégration professionnelle depuis son entrée en France, de ses activités bénévoles pour les associations Emmaüs et Eclaircie, de sa relation avec Mme D depuis près de quatre années et de la naissance de ses enfants B le 2 juin 2020 et Oussenatou Pretty le 15 juillet 2022, le requérant n'établit pas que la décision attaquée l'assignant à résidence dans la ville de Niort et l'obligeant à se présenter à raison de six fois par semaine au commissariat de police serait entachée d'une erreur d'appréciation ni qu'elle porterait une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale, garantit par les stipulations précitées au point 4.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 26 décembre 2022 par lequel la préfète des Deux-Sèvres l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et à la préfète des Deux-Sèvres.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 janvier 2023.
La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef
La greffière,
N. COLLET
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