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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2300030

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2300030

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2300030
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté la requête de Mme B, ressortissante comorienne, qui contestait le refus du préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour. La requérante invoquait notamment l'incompétence du signataire de l'arrêté et une méconnaissance des articles L. 422-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence, la secrétaire générale de la préfecture bénéficiant d'une délégation de signature régulière. Il a également jugé que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant le titre "étudiant" faute de visa de long séjour requis par l'article L. 412-1 du CESEDA, et que le refus des titres "vie privée et familiale" ou "admission exceptionnelle au séjour" ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 janvier 2023 et le 8 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Genest, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 octobre 2022 par laquelle le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale - liens personnels et familiaux ", ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, le tout dans le délai de 45 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Genest renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence, faute pour son signataire de justifier d'une délégation régulière ;

- il méconnait les articles L. 422-1, L.423-23 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Raveneau a été entendu au cours de l'audience publique

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante comorienne née le 31 décembre 1997, a, selon ses déclarations, résidé à Mayotte de 2004 à 2018. Alors titulaire d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " délivré par la préfecture de Mayotte, elle est entrée en France métropolitaine après s'être vu délivrer le visa prévu par les dispositions de l'article L.441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 13 juin 2022, elle a sollicité de la préfecture de la Vienne la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " le 29 décembre 2021 ainsi que, à titre subsidiaire, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale - liens personnels et familiaux " ou son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 12 octobre 2022, le préfet de la Vienne a rejeté ses demandes. Mme B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté 2022-SG-DCPPAT-020 en date du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne le 13 juillet 2022, le préfet de la Vienne a donné délégation à la secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le titre de séjour portant la mention " étudiant " :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Le renouvellement de carte de séjour " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir.

4. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". L'article L. 411-1 de ce code dispose : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : / 1° Un visa de long séjour ; / 2° Un visa de long séjour conférant à son titulaire, en application du second alinéa de l'article L. 312-2, les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9, L. 421-11 ou L. 421-14 à L. 421-24, ou aux articles L. 421-26 et L. 421-28 lorsque le séjour envisagé sur ce fondement est d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Aux termes de l'article L.412-3 du même code : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article L. 422-1() ".

5. Enfin, aux termes de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 233-1 et L. 233-2, les titres de séjour délivrés par le représentant de l'État à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 233-5, L. 421-11, L. 421-14, L. 421-22, L. 422-10, L. 422-11, L. 422-12, L. 422-14, L. 424-9, L. 424-11 et L. 426-11 et des dispositions relatives à la carte de résident, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte. / Les ressortissants de pays figurant sur la liste, annexée au règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département, une collectivité régie par l'article 73 de la Constitution ou à Saint-Pierre-et-Miquelon doivent obtenir une autorisation spéciale prenant la forme d'un visa apposé sur leur document de voyage. Ce visa est délivré, pour une durée et dans des conditions définies par décret en Conseil d'État, par le représentant de l'État à Mayotte après avis du représentant de l'État du département ou de la collectivité régie par l'article 73 de la Constitution ou de Saint-Pierre-et-Miquelon où ils se rendent, en tenant compte notamment du risque de maintien irrégulier des intéressés hors du territoire de Mayotte et des considérations d'ordre public () ". Les Comores figurent sur la liste établie à l'annexe 1 au règlement communautaire n° 539/2001 des États dont les ressortissants sont assujettis à l'obligation de visa au franchissement des frontières extérieures de l'espace Schengen.

6. Sous la qualification de " visa ", les dispositions de l'article L. 441-8 instituent une autorisation spéciale, délivrée par le représentant de l'État à Mayotte, que doit en principe obtenir l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte, dont la validité est limitée à ce département, lorsqu'il entend se rendre dans un autre département. La délivrance de cette autorisation spéciale, sous conditions que l'étranger établisse les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour et les garanties de son retour à Mayotte, revient à étendre la validité territoriale du titre de séjour qui a été délivré à Mayotte, pour une durée qui ne peut en principe excéder trois mois.

7. Pour refuser de délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " à la requérante, le préfet de la Vienne a constaté que l'intéressée ne justifiait pas bénéficier de moyens d'existence suffisants, ni du caractère réel et sérieux de ses études. Il ressort des pièces du dossier que depuis son entrée sur le territoire métropolitain en 2019, Mme B, qui est titulaire d'un baccalauréat professionnel spécialité " cuisine ", a été inscrite en première année de préparation d'un brevet de technicien supérieur en management, hôtellerie et restauration à Poitiers au titre de l'année 2021-2022, dont elle ne justifie ni la réussite, ni la poursuite en seconde année. Elle justifie, en revanche, s'être inscrite au lycée Kyoto à Poitiers et suivre une formation intitulée " certificat de spécialisation restauration collective " au titre de l'année scolaire 2022-2023. Dans ce cadre, elle produit notamment un contrat d'apprentissage signé avec le restaurant universitaire Rabelais le 7 juillet 2022 et portant sur la période du 1er septembre 2022 au 30 juin 2023 pour une durée hebdomadaire de 35 heures et une rémunération mensuelle de 872,16 euros. Contrairement à ce que fait valoir le préfet de la Vienne, il ne ressort pas des pièces du dossier que le suivi de cette formation serait incohérent avec le parcours précédent de l'intéressée. Tout au contraire, cette certification vise à spécialiser Mme B, titulaire d'un baccalauréat professionnel spécialité " cuisine ", dans le domaine de la restauration collective et ainsi à enrichir son parcours professionnel. Par suite, la requérante démontre le caractère réel et sérieux de son enseignement en France.

8. Dans son mémoire en défense, le préfet de la Vienne fait toutefois valoir un autre motif, tiré de ce que l'intéressée ne présente pas un visa de long séjour, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. L'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

10. Mme B, qui ne démontre pas être en possession du visa de long séjour mentionné aux 1° et 2° de l'article L 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont ne saurait tenir lieu le visa prévu par l'article L. 441-8 du même code, se borne à soutenir que le préfet avait toujours, dans cette situation, la possibilité d'exercer son pouvoir discrétionnaire pour délivrer le titre de séjour sollicité. Toutefois, si, comme indiqué au point 7 du présent jugement, elle justifie, en dépit de l'abandon de sa préparation d'un brevet de technicien supérieur et du changement d'orientation qui s'en est suivi, de la réalité et du caractère sérieux de son parcours d'enseignement, il ne ressort des pièces du dossier aucune nécessité personnelle ou professionnelle à la poursuite de ses études en France. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne pouvait, pour le seul motif tiré du défaut de présentation d'un visa de long séjour, refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant initialement sur ce motif et la substitution de motif demandée en défense ne prive la requérante d'aucune garantie procédurale. Il y a, dès lors, lieu de procéder à la substitution de motif demandée par le préfet de la Vienne.

11. Compte-tenu de ce qui précède, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Le moyen tiré d'une atteinte au droit à la vie familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant pour contester le refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui résulte seulement d'une appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies, sauf dans l'hypothèse où, comme en l'espèce, le préfet examine d'office si la décision de refus de séjour qu'il prend porte une atteinte disproportionnée au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale.

14. La requérante, qui est célibataire et sans enfant, se prévaut de ses liens amicaux et personnels. Ces seuls éléments, qui ne sont au demeurant pas établis par les pièces du dossier, ne suffisent pas à démontrer qu'elle aurait, en France, des liens d'une ancienneté ou intensité particulières. Dans ces conditions, la décision en litige ne peut être regardée comme portant au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne le titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " :

15. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

16. Ainsi qu'il a été dit au point 14, Mme B, qui est célibataire et sans enfant, n'apporte aucun élément de nature à établir l'existence de liens personnels et familiaux suffisamment intenses, anciens et stables en France. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-23 précité du code de l'entrée et du séjour de l'étranger et du droit d'asile en lui refusant un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.

En ce qui concerne l'admission exceptionnelle au séjour :

17. Aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

18. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative doit d'abord vérifier si des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifient la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ", ensuite, en cas de motifs exceptionnels, si la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " est envisageable. Un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ne saurait être regardé, par principe, comme attestant des " motifs exceptionnels " exigés par la loi.

19. Si Mme B soutient que les liens affectifs avec les membres de sa famille, qui, selon ses déclarations, résident à Mayotte, ont été rompus à la suite de son refus de conclure un mariage forcé, elle n'apporte aucun élément justifiant de la réalité et de la gravité de la menace qu'elle prétend encourir à ce titre en cas de retour dans son pays d'origine, ni qu'un tel risque de mariage forcé serait toujours d'actualité. De plus, elle ne se prévaut d'aucun motif exceptionnel, ni d'aucune considération humanitaire qui justifierait son admission exceptionnelle au séjour. Enfin, ainsi qu'il a été dit aux points 14 et 16, la requérante ne justifie d'aucun élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France. Par suite, le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des faits de l'espèce en refusant de l'admettre, à titre exceptionnel, au séjour.

20. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à Me Damien Genest et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

M. Campoy, président,

Mme Brejeon, conseillère,

M. Raveneau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

F. RAVENEAU

Le président,

signé

L. CAMPOY

La greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

signé

D. GERVIER

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