jeudi 23 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2300079 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELAS D'AVOCATS ARCO-LEGAL |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2300079 le 5 janvier 2023, et un mémoire enregistré le 30 octobre 2024, la commune d'Angoulême, représentée par la SELAS Elige Bordeaux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté interministériel du 11 juillet 2022, qui lui a été notifié le 26 juillet 2022, en tant qu'il rejette sa demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle au titre des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols du 1er avril 2019 au 30 septembre 2019, ainsi que la décision du 4 novembre 2022 ayant rejeté le recours gracieux qu'elle a exercé à l'encontre de cet arrêté ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, au ministre de l'intérieur et au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics de prendre une nouvelle décision portant reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle sur son territoire au titre des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols du 1er avril 2019 au 30 septembre 2019, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est signée par des autorités incompétentes, à défaut de délégations de signature permettant d'en justifier ;
- l'avis du 14 juin 2022 de la commission interministérielle relative à l'indemnisation des victimes des catastrophes naturelles est irrégulier dès lors, d'une part, que la composition de cette commission méconnait la circulaire du 27 mars 1984, entachant l'avis rendu de partialité, et, d'autre part, que le dossier qui lui a été transmis concernant sa situation, exempt de rapports techniques et d'expertise, était incomplet, la commission s'étant estimée à tort liée par le tableau établi par les services du ministère de l'intérieur ;
- l'instruction de la demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle est irrégulière, l'administration n'ayant disposé que d'un dossier incomplet, composé du seul avis de la commission, pour se prononcer ;
- l'administration s'est estimée à tort en situation de compétence liée par l'avis de la commission interministérielle, seule pièce visée par l'arrêté attaqué ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'elle est fondée sur des données uniformisées non justifiées, contredites par les données de Météo France, publiées sur son site publithèque, et en l'absence de prise en compte des deux épisodes caniculaires de fin juin et fin juillet 2019 présentant un caractère intense et anormal, ayant entraîné un état de sécheresse, lequel a induit des mouvements de terrain différentiels liés à la dessiccation et à la réhydratation des sols ;
- subsidiairement, les critères d'examen utilisés sont arbitraires et injustifiés, entachant ainsi la méthode d'analyse, qui repose uniquement sur des simulations, d'un défaut de fiabilité.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2023, le ministre de l'intérieur, représenté par la SELAS Arco-Legal, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune d'Angoulême au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par la commune d'Angoulême ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics qui n'ont pas produit d'observations.
II. Par une requête enregistrée sous le n° 2300080 le 5 janvier 2023, et un mémoire enregistré le 30 octobre 2024, la commune d'Angoulême, représentée par la SELAS Elige Bordeaux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté interministériel du 11 juillet 2022, qui lui a été notifié le 26 juillet 2022, en tant qu'il rejette sa demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle au titre des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols du 1er janvier 2021 au 30 septembre 2021, ainsi que la décision du 4 novembre 2022 ayant rejeté le recours gracieux qu'elle a exercé à l'encontre de cet arrêté ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, au ministre de l'intérieur et au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, de prendre une nouvelle décision portant reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle sur son territoire au titre des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols du 1er janvier 2021 au 30 septembre 2021, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est signée par des autorités incompétentes, à défaut de délégations de signature permettant d'en justifier ;
- l'avis du 14 juin 2022 de la commission interministérielle relative à l'indemnisation des victimes des catastrophes naturelles est irrégulier dès lors, d'une part, que la composition de cette commission méconnait la circulaire du 27 mars 1984, entachant l'avis rendu de partialité, et, d'autre part, que le dossier qui lui a été transmis concernant sa situation, exempt de rapports techniques et d'expertise, était incomplet, la commission s'étant estimée à tort liée par le tableau établi par les services du ministère de l'intérieur ;
- l'instruction de la demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle est irrégulière, l'administration n'ayant disposé que d'un dossier incomplet, composé du seul avis de la commission, pour se prononcer ;
- l'administration s'est estimée à tort en situation de compétence liée par l'avis de la commission interministérielle, seule pièce visée par l'arrêté attaqué ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'elle est fondée sur des données uniformisées non justifiées, contredites par les données de Météo France, publiées sur son site publithèque, et en l'absence de prise en compte du phénomène climatique de 2021 présentant un caractère intense et anormal, ayant entraîné un état de sécheresse qui s'est accentué à l'été 2021, lequel a induit des mouvements de terrain différentiels liés à la dessiccation et à la réhydratation des sols ;
- subsidiairement, les critères d'examen utilisés sont arbitraires et injustifiés, entachant ainsi la méthode d'analyse, qui repose uniquement sur des simulations, d'un défaut de fiabilité.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2023, le ministre de l'intérieur, représenté par la SELAS Arco-Legal, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune d'Angoulême au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par la commune d'Angoulême ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics qui n'ont pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- la circulaire ministérielle n°84-90 du 27 mars 1984 ;
- la circulaire du 10 mai 2019 portant révision des critères permettant de caractériser l'intensité des épisodes de sécheresse-réhydratation des sols à l'origine des mouvements de terrain différentiels ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gibson-Théry,
- les conclusions de Mme Thèvenet-Bréchot, rapporteure publique,
- et les observations de Me Merlet-Bonnan, représentant la commune d'Angoulême.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite des épisodes de sécheresse survenus au cours de l'année 2019, la commune d'Angoulême a présenté une demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle au titre du phénomène de " sécheresse/réhydratation des sols " sur la période du 1er avril au 30 septembre 2019. Un premier arrêté interministériel du 15 septembre 2020 lui refusant la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour cette période a fait l'objet d'une annulation contentieuse par le tribunal, qui a enjoint au réexamen de la demande de la commune d'Angoulême. Aussi, par un arrêté interministériel du 11 juillet 2022, publié au journal officiel de la République française (JORF) le 26 juillet 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, le ministre de l'intérieur et des outre-mer et le ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, ont fixé la liste des communes pour lesquelles a été constaté l'état de catastrophe naturelle au titre des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols pour différentes périodes, au nombre desquelles ne figurait toujours pas la commune d'Angoulême. Celle-ci a formé un recours gracieux par un courrier du 22 septembre 2022 à l'encontre de cet arrêté, rejeté par un courrier du 4 novembre 2022 par le ministre de l'intérieur et des outre-mer. Par sa requête enregistrée sous le n° 2300079, elle en demande l'annulation en tant que cet arrêté rejette sa demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour la période du 1er avril au 30 septembre 2019.
2. En outre, en raison d'un phénomène de sécheresse subi en 2021, la commune d'Angoulême, a également formé un recours gracieux par le même courrier du 22 septembre 2022, à l'encontre de l'arrêté du 11 juillet 2022 lui refusant la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour la période du 1er janvier au 30 septembre 2021. Ce recours ayant été rejeté par le courrier précité du 4 novembre 2022 du ministre de l'intérieur et des outre-mer, la commune d'Angoulême, par sa requête enregistrée sous le n° 2300080, demande l'annulation de l'arrêté précité du 11 juillet 2022 en tant qu'il rejette également sa demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour la période du 1er janvier au 30 septembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions () peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () 1° Les secrétaires généraux des ministères, les directeurs d'administration centrale, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au premier alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé et les chefs des services que le décret d'organisation du ministère rattache directement au ministre ou au secrétaire d'Etat ; 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé () ".
4. L'arrêté attaqué du 11 juillet 2022 a été signé, au nom du ministre de l'intérieur et des outre-mer, par M. E B nommé adjoint au directeur général de la sécurité civile et de la gestion des crises au ministère de l'intérieur, par un arrêté du 26 avril 2021, publié au JORF le lendemain, au nom du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, par M. C F, nommé sous-directeur des assurances au ministère de l'économie et des finances, à compter du 1er mars 2022, par un arrêté du 23 février 2022 publié le 25 février 2022 au JORF, et, au nom du ministre délégué auprès du ministre de l'économie et des finances, par M. D A, nommé sous-directeur, chargé de la cinquième sous-direction de la direction du budget par un arrêté du 22 septembre 2020, publié au JORF le 24 septembre suivant. Il résulte, respectivement, de l'arrêté du 6 avril 2021 portant organisation interne de la direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises, de l'arrêté du 18 décembre 2019 portant organisation de la direction générale du Trésor et de l'arrêté du 18 décembre 2019 portant organisation de la direction du budget, que la procédure de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle relève des affaires placées sous leur autorité. Dès lors, les signataires de l'arrêté attaqué bénéficiaient, en application des dispositions précitées des 1° ou 2° de l'article premier du décret du 27 juillet 2005, d'une délégation de signature de chacun des ministres intéressés, délégation qui n'est ni générale ni imprécise. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des signataires de l'arrêté attaqué du 11 juillet 2022 doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la circulaire du 27 mars 1984 a institué une commission interministérielle relative aux dégâts non assurables causés par les catastrophes naturelles pour donner aux ministres compétents un avis sur les demandes de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle dont ils sont saisis. Par une autre circulaire du 19 mai 1998, l'autorité ministérielle a posé des règles de constitution, de validation et de transmission des dossiers de demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle et a précisé, dans le cas de dommages résultant de mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols, que la demande doit être accompagnée d'un rapport géotechnique et d'un rapport météorologique relatif à l'événement.
6. D'une part, selon la circulaire du 27 mars 1984, la commission interministérielle relative aux dégâts non assurables causés par les catastrophes naturelles est composée d'un représentant du ministère de l'intérieur appartenant à la direction de la sécurité civile, d'un représentant du ministère de l'économie et des finances appartenant à la direction des assurances et d'un représentant du ministère chargé du budget, membre de la direction du budget, le secrétariat de la commission étant assuré par la Caisse centrale de réassurance.
7. Il ressort des pièces des dossiers que lors de sa réunion du 14 juin 2022, la commission interministérielle était composée de quatre représentants du ministre de l'intérieur, un représentant du ministre de l'action et des comptes publics, deux représentants du ministre de la transition écologique et solidaire, trois membres de la Caisse centrale de réassurance et un membre de Météo-France. Ainsi, la commission était composée de plus de trois membres et de plus d'un secrétaire, contrairement aux prévisions de la circulaire du 27 mars 1984.
8. Toutefois, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
9. En l'espèce, à supposer même que la détermination des seuils caractérisant l'intensité et l'anormalité du phénomène climatique proposés par la commission aurait pris en compte des observations de personnels, présents lors de la séance de la commission, du ministère de la transition écologique, de Météo-France ou de la Caisse centrale de réassurance, société détenue à 100 % par l'État proposant avec la garantie de ce dernier la couverture assurantielle des catastrophes naturelles, il ne ressort pas des pièces du dossier que de telles considérations auraient, eu égard à la mission technique confiée à cette commission, affecté de partialité l'appréciation portée par les membres de la commission sur les demandes de reconnaissance de catastrophe naturelle, privé la commune intéressée d'une garantie ou exercé une influence sur le sens des décisions prises.
10. D'autre part, la circonstance que les dossiers qui lui ont été transmis concernant la situation de la commune d'Angoulême aient été dépourvus de rapports techniques et d'expertise, à la supposer établie, ne permet pas d'en déduire que la commission n'a pas procédé à un examen circonstancié de chaque demande, ni qu'elle se serait estimée liée par les tableaux établis par les services du ministère de l'intérieur. A cet égard, il ressort du procès-verbal de la réunion de la commission du 14 juin 2022 que les critères hydro-météorologiques de reconnaissance ont été examinés par les membres de la commission au regard des rapports météorologiques établis par Météo France en février 2020 pour l'année 2019 et en mai 2022 pour l'année 2021, et que la demande de la commune a également été analysée à la lumière des motifs d'annulation retenus par le tribunal dans son jugement n° 2003191 du 1er février 2022 concernant l'année 2019. Les membres de la commission, comme les ministres décisionnaires par la suite ont ainsi été en mesure, d'une part, de connaître avec une précision suffisante les conditions climatiques propres à chaque commune pour chacune des périodes concernées, et, d'autre part, de comparer les données hydrométéorologiques présentées par les communes avec celles qui avaient fondé le refus de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, dont les différences de valeurs sont expliquées. Par suite, l'arrêté attaqué n'est pas irrégulier du fait que des personnalités non prévues par la circulaire du 27 mars 1984 ont siégé et participé aux travaux ainsi qu'au vote de la commission interministérielle, laquelle est investie d'une mission purement technique et consultative.
11. En troisième lieu, la commission interministérielle précitée a pour seule fonction d'éclairer les ministres sur l'application de la législation relative aux catastrophes naturelles et d'émettre des avis qui ne lient pas les autorités compétentes. En l'espèce, quand bien même ces dernières auraient repris à leur compte l'appréciation, fondée sur l'expertise technique des services de Météo-France, retenue par la commission dans son avis relatif à la commune requérante, il ne ressort pas des pièces du dossier que les auteurs de l'arrêté du 11 juillet 2022 se seraient estimés liés par cet avis et auraient, de ce fait, méconnu l'étendue des compétences qu'ils exercent conjointement. En outre, la définition par la commission interministérielle relative aux dégâts causés par les catastrophes naturelles de critères est destinée à assurer une cohérence entre les avis qu'elle est amenée à rendre, et ne fait donc nullement obstacle au libre exercice par les ministres de leur pouvoir de décision, ni ne conduit à leur faire méconnaître l'étendue de leur compétence. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de leur compétence par les auteurs de l'acte attaqué doit être écarté.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 125-1 du code des assurances, dans sa version applicable au litige : " Les contrats d'assurance, souscrits par toute personne physique ou morale autre que l'Etat et garantissant les dommages d'incendie ou tous autres dommages à des biens situés en France, ainsi que les dommages aux corps de véhicules terrestres à moteur, ouvrent droit à la garantie de l'assuré contre les effets des catastrophes naturelles, dont ceux des affaissements de terrain dus à des cavités souterraines et à des marnières sur les biens faisant l'objet de tels contrats. / En outre, si l'assuré est couvert contre les pertes d'exploitation, cette garantie est étendue aux effets des catastrophes naturelles, dans les conditions prévues au contrat correspondant. / Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelles, au sens du présent chapitre, les dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l'intensité anormale d'un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n'ont pu empêcher leur survenance ou n'ont pu être prises. Sont également considérés comme les effets des catastrophes naturelles, au sens du présent chapitre, et pris en charge par le régime de garantie associé les frais de relogement d'urgence des personnes sinistrées dont la résidence principale est rendue impropre à l'habitation pour des raisons de sécurité, de salubrité ou d'hygiène qui résultent de ces dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l'intensité anormale d'un agent naturel. Les modalités de prise en charge de ces frais sont fixées par décret. / L'état de catastrophe naturelle est constaté par arrêté interministériel qui détermine les zones et les périodes où s'est située la catastrophe ainsi que la nature des dommages résultant de celle-ci couverts par la garantie visée au premier alinéa du présent article. Cet arrêté précise, pour chaque commune ayant demandé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, la décision des ministres, qui est motivée de façon claire, détaillée et compréhensible et mentionne les voies et délais de recours ainsi que les règles de communication des documents administratifs, notamment des rapports d'expertise ayant fondé cette décision, dans des conditions fixées par décret. Cette décision est ensuite notifiée à chaque commune concernée par le représentant de l'Etat dans le département, en précisant les conditions de communication des rapports d'expertise. () ".
13. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu confier aux ministres concernés la compétence pour se prononcer sur les demandes des communes tendant à la reconnaissance sur leur territoire de l'état de catastrophe naturelle. Il leur appartient, à cet effet, d'apprécier l'intensité et l'anormalité des agents naturels en cause sur le territoire des communes concernées. Ils peuvent légalement, même en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires le prévoyant, s'entourer, avant de prendre les décisions relevant de leurs attributions, des avis qu'ils estiment utile de recueillir et s'appuyer sur des méthodologies et paramètres scientifiques, sous réserve que ceux-ci apparaissent appropriés, en l'état des connaissances, pour caractériser l'intensité des phénomènes en cause et leur localisation, qu'ils ne constituent pas une condition nouvelle à laquelle la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle serait subordonnée ni ne dispensent les ministres d'un examen particulier des circonstances propres à chaque commune. Il incombe enfin aux ministres concernés de tenir compte de l'ensemble des éléments d'information ou d'analyse dont ils disposent, le cas échéant à l'initiative des communes concernées.
14. Il ressort des pièces des dossiers que pour apprécier l'intensité et l'anormalité du phénomène de sécheresse et de réhydratation des sols, ayant causé des mouvements de terrain différentiels, pour les périodes courant du 1er avril au 30 septembre 2019 et du 1er janvier au 30 septembre 2021 sur le territoire de la commune d'Angoulême, conditions nécessaires à la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, l'administration s'est fondée sur deux critères cumulatifs : un premier critère géotechnique, tenant à la présence d'argiles sensibles au phénomène de retrait-gonflement, qui s'appuie sur des données techniques accessibles au public et un second critère météorologique. Ce critère météorologique est simplifié par rapport à la méthode scientifique sur laquelle l'administration s'appuyait antérieurement et est établi, toujours selon une méthodologie scientifique développée par Météo-France, en fonction de trois paramètres : en premier lieu, une seule variable hydrométéorologique, le niveau d'humidité des sols superficiels, en deuxième lieu, un seuil unique pour qualifier une sécheresse géotechnique d'anormale, une durée de retour supérieure ou égale à 25 ans, et en troisième lieu, une appréciation pour chaque saison d'une année, l'hiver (janvier à mars), le printemps (avril à juin), l'été (juillet à septembre) et l'automne (octobre à décembre). Le niveau d'humidité des sols superficiels est établi d'après un indice d'humidité des sols, couramment appelé indice SWI (Soil Wetness Index), qui représente, sur une profondeur d'environ deux mètres, l'état de la réserve en eau du sol par rapport à la réserve utile. L'indice SWI est établi de manière journalière, via le modèle météorologique développé par Météo-France sous la dénomination Safran/Isba/Modcou (SIM), pour chacune des 8981 mailles géographiques couvrant le territoire, de 8 km de côté. Pour définir l'indicateur d'humidité des sols superficiels d'un mois donné, Météo-France s'appuie sur la moyenne des indices d'humidité des sols superficiels journaliers traités par le modèle hydrométéorologique au cours de ce mois et des deux précédents. Pour chacune des quatre saisons d'une année civile, trois indicateurs d'humidité des sols superficiels mensuels moyens sont donc définis. Pour déterminer si un épisode de sécheresse présente un caractère exceptionnel au sens de l'article L. 125-1 du code des assurances, il est procédé à une comparaison de l'indicateur d'humidité des sols superficiels établi pour un mois donné, avec les indicateurs établis pour ce même mois, au cours des cinquante dernières années. Météo France établit ensuite, sur la base de cette comparaison un rang et une durée de retour pour chacun des douze indicateurs mensuels d'humidité, calculés pour l'année civile étudiée. Le seuil caractérisant l'exceptionnalité de l'intensité d'un épisode de sécheresse a été fixé à une durée de retour supérieure ou égale à 25 ans, pour l'indicateur d'humidité des sols. Si l'indice d'un seul mois présente une durée de retour de 25 années au moins, c'est toute la saison qui sera considérée comme subissant un épisode de sécheresse-réhydratation anormal. Enfin, si le critère d'une durée de retour d'au moins 25 années est établi pour une maille couvrant une partie du territoire communal, il est considéré comme rempli pour l'ensemble du territoire communal pour la période concernée.
15. Il ressort de l'avis de la commission interministérielle du 14 juin 2022, que s'agissant de la commune d'Angoulême et de sa demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle au titre des mouvements de terrains différentiels consécutifs aux épisodes de sécheresse et de réhydratation des sols observés entre le 1er avril et le 30 septembre 2019, ainsi que du 1er janvier au 30 septembre 2021, le critère géotechnique était rempli dès lors que les données recueillies établissaient la présence de sols sensibles à l'aléa sécheresse et réhydratation des argiles sur 95,81 % de son territoire. Toutefois, s'agissant du critère météorologique, l'application de la méthode détaillée au point précédent ne dégageait aucun indice d'humidité des sols présentant une durée de retour de 25 années sur les quatre saisons étudiées. Les deux critères étant cumulatifs, les ministres ont conclu à l'absence d'intensité et l'anormalité du phénomène de sécheresse et de réhydratation des sols sur les deux périodes considérées.
16. La commune soutient que l'arrêté attaqué serait entaché d'erreur de fait quant aux données ayant servi au calcul de l'humidité de ses sols superficiels, dès lors que les indices SWI mensuels pour les années 2019 et 2021 qu'elle produit, obtenus auprès de Météo-France, diffèrent des indicateurs d'humidité des sols superficiels retenus pour chacune des quatre saisons par les ministres et reportés dans l'avis de la commission interministérielle du 14 juin 2022, qui n'auraient pas été correctement recueillis et utilisés. Toutefois, il ressort des pièces des dossiers et notamment des rapports de Météo-France du 26 février 2020 et du 10 mai 2022 détaillant la mise en œuvre du critère météorologique sur lequel l'administration s'est fondée, ainsi que du document de Météo-France de janvier 2023 explicitant le SWI et le SWI uniforme, que ces indicateurs ne peuvent être comparés. Ainsi et d'une part, l'indice SWI moyen mensuel accessible via le site publithèque de Météo-France ne correspond pas nécessairement à l'indicateur d'humidité des sols superficiels d'un mois donné calculé, dans le cadre du dispositif " catastrophe naturelle " (Catnat) sur une période glissante de trois mois selon la méthode rappelée au point 14. D'autre part et surtout, il ressort de ces documents que Météo-France utilise une configuration " uniforme " du modèle SIM exclusivement réservée à l'établissement des critères pour les " Catnat sécheresse ", de façon à ce que les caractéristiques géologiques du sol et le couvert végétal soient uniformes sur tout le territoire français et que ces données ne sont pertinentes que pour cet usage particulier. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces des dossiers que les indicateurs sur lesquels s'est appuyée l'administration pour conclure à l'absence d'intensité et d'anormalité du phénomène de sécheresse et de réhydratation des sols sur les périodes en litige, issus d'une modélisation intégrant une occupation uniforme des sols du type que l'on retrouve autour des bâtiments d'habitation souffrant du phénomène considéré, soient erronés.
17. En outre, la commune d'Angoulême soutient que l'utilisation de la méthode fondée sur l'indice d'humidité des sols (SWI) aboutit à exclure les deux épisodes caniculaires de l'été 2019 et l'assèchement important de ses sols en 2021, présentant un caractère intense et anormal, ayant entraîné un état de sécheresse, lequel a induit des mouvements de terrain différentiels liés à la dessiccation et à la réhydratation des sols. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 14 que la méthode employée, qui a été redéfinie en 2019 et qui utilise désormais, selon les termes de la circulaire ministérielle du 10 mai 2019 sur la révision des critères de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, des " outils de modélisation hydrométéorologique de Météo-France les plus performants " tenant compte des " progrès les plus récents accomplis dans la connaissance de cet aléa ", repose sur des critères qui, contrairement à ce que soutient la commune, sont rapportés à l'ensemble de la saison concernée ou à l'ensemble du territoire communal, lorsque l'indice d'un seul mois présente une durée de retour de 25 années au moins, ou lorsque le critère d'une durée de retour d'au moins 25 années est établi pour une maille couvrant une partie du territoire communal. En outre, il ne ressort d'aucune des pièces des dossiers que les informations associées aux mailles auxquelles la commune d'Angoulême a été rattachée, alors même que la superficie de ces mailles excède le territoire communal, ne permettraient pas d'appréhender avec une pertinence et une précision suffisante l'intensité des aléas naturels observés au cours des périodes des années 2019 et 2021 en cause, ou encore que la méthode employée empêcherait de prendre en compte le phénomène de réhydratation des sols alors même qu'elle a été développée pour caractériser l'intensité des épisodes de sécheresse-réhydratation des sols à l'origine de mouvements de terrain différentiels. Ainsi, les critères pris en compte par l'administration, tels qu'exposés au point 14, pour apprécier l'existence d'un aléa d'intensité anormale, n'apparaissent pas dépourvus de fiabilité. Or il ressort de la lettre de notification de l'arrêté interministériel en litige que ces critères n'étaient pas remplis, aucun indice sur aucune des périodes considérées ne présentant une durée de retour de 25 années au moins. Aucun des éléments produits par la commune et notamment pas les données SWI disponibles sur le site publithèque de Météo-France, moins pertinentes, ainsi qu'il a été dit ci-dessus pour apprécier les aléas concernés, ne caractérisent des circonstances propres à cette commune qui justifieraient une appréciation différente de celle résultant de la méthode mise en œuvre par l'administration. Par suite, le moyen tiré de ce que les ministres auraient entaché leur décision d'une erreur d'appréciation pour les périodes en cause doit être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la commune d'Angoulême tendant à l'annulation de l'arrêté interministériel du 11 juillet 2022 en tant qu'il refuse de reconnaître l'état de catastrophe naturelle sur son territoire, au titre des dommages causés par les mouvements de terrain différentiels consécutifs aux phénomènes de sécheresse et de réhydratation des sols intervenus au cours des périodes allant du 1er avril au 30 septembre 2019 et du 1er janvier au 30 septembre 2021, y compris les conclusions présentées à fin d'injonction, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, les sommes que la commune d'Angoulême demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le ministre de l'intérieur sur le fondement de ces mêmes dispositions.
DECIDE :
Article 1 : Les requêtes n°s 2300079 et 2300080 de la commune d'Angoulême sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune d'Angoulême, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, au ministre de l'intérieur et à la ministre chargée des comptes publics.
Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Tiberghien, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 janvier 2025.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERYLe président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, au ministre de l'intérieur et à la ministre chargée des comptes publics en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
N°s 2300079, 2300080
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026