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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2300118

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2300118

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2300118
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantRODIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Rodier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, le tout sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision de refus de titre de séjour a été prise en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit ; elle est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ; elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision limitant à trente jours le délai de départ volontaire n'est pas suffisamment motivée ; elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de retour doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions de refus de titre de séjour, d'obligation de quitter le territoire français et de fixation du délai de départ volontaire.

La requête a été communiquée au préfet de la Vienne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Pinturault a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant guinéen né le 13 septembre 1997, est, selon ses déclarations, entré en France le 21 janvier 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 31 octobre 2019, confirmée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 24 septembre 2020. Par un arrêté du 7 décembre 2020, le préfet de la Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le 22 août 2022, M. B a déposé une demande de titre de séjour en tant qu'étranger malade. Par un arrêté en date du 13 décembre 2022, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'arrêté considéré dans son ensemble :

2. L'arrêté en litige a été signé, pour le préfet de la Vienne, par la secrétaire générale de la préfecture de ce département qui a reçu délégation du préfet, par un arrêté du 12 juillet 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans ce département, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions en matière de police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté doit être écarté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. [] La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ".

4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. Selon l'avis rendu le 8 novembre 2022 par le collège des médecins de l'OFII, dont le préfet de la Vienne s'est approprié les motifs, l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut n'est pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. A l'effet de contester cet avis, M. B expose qu'il souffre depuis son arrivée en France d'une cophose (perte de l'audition) diagnostiquée en juin 2019 et qu'il bénéficie, au titre de cette affection, d'un traitement médical et médicamenteux. Toutefois, si les pièces médicales produites aux débats confirment l'existence de la surdité partielle dont il est atteint, il ne résulte aucunement de ces pièces que, eu égard à la nature de cette affection, la prise en charge médicale que celle-ci nécessite serait susceptible d'entraîner pour le requérant, s'il en était privé, des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, les éléments produits par le requérant ne sont pas de nature à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII, dont le préfet de la Vienne a pu s'approprier les conclusions, en ce qui concerne la gravité des conséquences auxquelles l'intéressé serait exposé en cas d'interruption de son suivi médical. Par suite, en refusant d'accorder un titre de séjour à M. B, le préfet de la Vienne n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En second lieu, comme il a été dit au point précédent, l'état de santé de M. B ne justifie pas la délivrance d'un titre de séjour en tant qu'étranger malade. L'intéressé ne fait état, en ce qui concerne son admission au séjour, d'aucune autre circonstance que l'affection dont il est atteint. Il ne conteste pas que, comme cela est indiqué dans les motifs de l'arrêté contesté, aucun membre de sa famille ne réside en France tandis qu'il n'est pas dépourvu d'attache dans son pays d'origine où résident sa mère, sa fille mineure ainsi que ses frères et sœurs. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Vienne n'a pas fait une appréciation manifestement erronée des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, dès lors que les moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour ont été écartés, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de celle par laquelle le préfet de la Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français.

8. En second lieu, dès lors que, pour les mêmes motifs que ceux exposés plus haut, l'état de santé du requérant ne justifie pas la délivrance d'un titre de séjour en tant qu'étranger malade, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Vienne aurait méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Vienne n'a pas davantage entaché la décision contestée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, l'arrêté en litige vise l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lequel l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision, un délai plus long pouvant être accordé, à titre exceptionnel, s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Il expose par ailleurs les circonstances de l'entrée et du séjour de M. B en France et, notamment, les éléments relatifs à sa situation médicale. La décision contestée comporte ainsi un exposé suffisant des circonstances de droit et de fait qui la fondent.

10. En second lieu, dès lors que les moyens dirigés contre les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français ont été écartés, l'intéressé n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de ces décisions pour demander l'annulation de celle par laquelle le préfet de la Vienne a fixé le délai de départ volontaire.

Sur la fixation du pays de renvoi :

11. Dès lors que les moyens dirigés contre les décisions de refus de titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire ont été écartés, l'intéressé n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de ces décisions pour demander l'annulation de celle par laquelle le préfet de la Vienne a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 10 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. PINTURAULT

Le président,

Signé

L. CAMPOY La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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