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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2300139

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2300139

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2300139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP CORNET-VINCENT-SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 13 janvier, 24 janvier et 31 janvier 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Niger et la société par actions simplifiée (SAS) Prestige Auto Rochelais, représentées par Me Benjamin Rouché, demandent au juge des référés, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 12 octobre 2022 par laquelle le maire de La Rochelle a accordé à la commune un permis d'aménager pour un aménagement de voirie, sur six parcelles cadastrées section DO numéros 368, 375, 377, 3801, 384 et 409, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du maire de La Rochelle du 17 janvier 2023 portant commencement d'exécution des travaux d'aménagement en litige ;

3°) de mettre à la charge de la commune de La Rochelle la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que les travaux, qui devaient se dérouler à compter du 23 janvier 2023, ont commencé dès le 17 janvier 2023 et portent une atteinte grave aux conditions d'utilisation et de jouissance de leurs biens ; une perte de clientèle résultera de la suppression des places de stationnement situées devant la concession Jeep et de la suppression de l'un des accès à la concession exploitée par la société Prestige Auto Rochelais, par l'élargissement du trottoir existant et la plantation d'un arbre au milieu de l'accès à la parcelle cadastrée DO n° 374 ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision prise à leur encontre ;

- en effet, la décision contestée a été prise par une autorité incompétente, dès lors que c'est la communauté d'agglomération de La Rochelle qui exerce les compétences relatives, d'une part, à l'aménagement, l'entretien et la gestion des zones d'activité artisanale, industrielle et commerciale en application de l'article 4.I de ses statuts, d'autre part, à la réalisation des axes structurants prévus par le schéma directeur des liaisons non motorisées et à l'aménagement et à la gestion des parcs de stationnement d'intérêt communautaire et, enfin, à la définition et la réalisation d'opérations d'intérêt communautaire au sens de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme et, en application des dispositions de l'article L. 1231-1 du code des transports, à l'organisation de la mobilité et notamment des mobilités actives telles que la marche et le vélo ; en outre, les aménagements en litige sont en lien et en continuité des travaux réalisés dans le cadre du Pôle d'échanges multimodal de la gare de La Rochelle par la communauté d'agglomération de La Rochelle ;

- en l'espèce, le projet contesté prévoit la suppression de plusieurs espaces de stationnement créés en exécution du permis de lotir délivré à la communauté d'agglomération de La Rochelle le 31 juillet 1995 en ce qui concerne la " zone d'activités Tasdon-Lac- Concessions auto " et modifié par arrêté du 4 novembre 1996 ; la communauté de ville de La Rochelle, devenue la communauté d'agglomération de La Rochelle, qui a réalisé cette zone d'activités dans le cadre de l'exercice de sa compétence obligatoire " en matière d'aménagement de l'espace communautaire ", avait prévu la création de ces emplacements de stationnement, en concertation avec les concessions automobiles présentes, pour l'accueil des visiteurs ;

- le projet aurait dû être soumis à une étude d'impact et à une enquête publique, dès lors qu'il a pour effet de modifier une aire de stationnement ouverte au public comportant plus de 50 emplacements ;

- le maire de La Rochelle a délivré un permis de construire alors qu'un permis d'aménager était nécessaire ;

- un permis de démolir était nécessaire en application des dispositions de l'article R. 421-28 du code de l'urbanisme et dès lors que les travaux en litige sont situés au sein du périmètre du site patrimonial remarquable de La Rochelle et aux abords de la gare qui est un monument historique ;

- le projet aurait dû être présenté par un architecte, en application des articles L. 441-4 et R. 441-4-2 du code de l'urbanisme ;

- le dossier de demande comprenait des insuffisances et des contradictions, contrairement aux dispositions de l'article R. 441-3 du code de l'urbanisme ;

- le permis contesté méconnait les dispositions de l'article UX 2 du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté d'agglomération de La Rochelle, car le projet est de nature à compromettre l'aménagement cohérent de la zone d'activités ;

- le permis méconnait les dispositions de l'article 1.8 des dispositions générales du PLUi, car le projet a pour effet de supprimer de nombreux emplacements de stationnement réalisés dans le cadre des travaux d'aménagement de la zone d'activités autorisés en 1995 et 1996 et de supprimer un accès réservé aux personnes à mobilité réduite ;

- des travaux d'aménagement d'une piste cyclable ont déjà été réalisés irrégulièrement dans la même rue par la communauté d'agglomération de La Rochelle sans autorisation d'urbanisme et sans l'avis de l'Architecte des bâtiments de France, entre octobre et décembre 2018, de sorte que la commune ne pouvait solliciter à présent une autorisation d'urbanisme sans solliciter également la régularisation des travaux antérieurs réalisés irrégulièrement ;

- la commune a commis une fraude en n'indiquant pas, dans sa demande, que le terrain d'assiette n'était pas situé dans un lotissement et en ne renseignant pas la partie relative au nombre de places de stationnement créées ou supprimées ;

- les travaux ont été engagés le 17 janvier 2023, ce qui révèle une décision de l'autorité administrative ; cette décision a été prise par une autorité incompétente ; un permis d'aménager était nécessaire ; la commune remet illégalement en cause les caractéristiques de la voirie du lotissement de la zone d'activités de Tasdon-Lac.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 27 janvier et 1er février 2023, la commune de La Rochelle, représentée par la SELARL d'avocats Cornet-Vincent-Ségurel, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 1 500 euros soit mise solidairement à la charge des sociétés requérantes.

Elle soutient que :

- les sociétés requérantes se sont appropriées illégalement les places de stationnement présentes le long de la voirie communale, devant la concession des automobiles Mazda et devant la concession des automobiles Jeep ; en outre, l'accès à la parcelle cadastrée DO n° 374 dont elles se prévalent n'apparait pas sur les plans du lotissement et débouche, en fait, sur une place de stationnement public ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 13 janvier 2023 sous le numéro 2300140 par laquelle la SARL Niger et la société par actions simplifiée Prestige Auto Rochelais demandent l'annulation des décisions contestées.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des transports ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Le Méhauté, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gibault, greffière d'audience, M. Le Méhauté a lu son rapport et entendu :

- Me Rouché, représentant la SARL Niger, qui reprend l'ensemble de ses moyens et fait valoir que la décision du maire de La Rochelle du 17 janvier 2023 portant commencement d'exécution des travaux d'aménagement en litige est également entachée d'illégalité en raison de l'incompétence de son auteur ;

- Me Angibaud, représentant la commune de La Rochelle, qui persiste dans ses moyens de défense.

Considérant ce qui suit :

1. Le maire de La Rochelle a, par une décision du 12 octobre 2022, délivré à la commune de La Rochelle un permis d'aménager la voirie rue Déméocq. Par une décision du 17 janvier 2023, il a autorisé le démarrage immédiat des travaux. La société Niger et la société Prestige Auto Rochelais demandent la suspension de l'exécution de ces deux décisions.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il appartient au juge des référés de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui sont soumises.

4. En l'espèce, les travaux rendus possibles par le permis d'aménager en litige ont commencé et ils présentent un caractère difficilement réversible. Dès lors, les sociétés requérantes justifient de l'urgence à demander la suspension de l'exécution des deux décisions qu'elles contestent.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux :

5. Lorsque des travaux ont été effectués sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au pétitionnaire qui envisage de faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation portant sur l'ensemble de ces travaux, dès lors que la légalité de l'autorisation d'urbanisme doit s'apprécier au regard de l'ensemble du projet. Il ressort des pièces du dossier que des travaux affectant la voirie, consistant en un réaménagement du trottoir avec création d'une piste cyclable ont déjà été effectués dans la rue Déméocq quelques années plus tôt et en tout état de cause depuis moins de dix ans, du côté de la rue où se situe le magasin Chronodrive, et sans que ces travaux aient donné lieu à la délivrance d'une autorisation d'urbanisme après consultation de l'Architecte des bâtiments de France. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le maire de La Rochelle ne pouvait délivrer le permis d'aménager en litige sans solliciter de la commune la régularisation des travaux antérieurs irrégulièrement réalisés, est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée du 12 octobre 2022.

6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état de l'instruction, aucun autre moyen n'est susceptible d'entraîner la suspension des décisions attaquées.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les sociétés Niger et Prestige Auto Rochelais sont fondées à demander la suspension de l'exécution de la décision du 12 octobre 2022 par laquelle le maire de La Rochelle a accordé à la commune un permis d'aménager pour un aménagement de voirie, sur six parcelles cadastrées section DO numéros 368, 375, 377, 3801, 384 et 409, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision. Par voie de conséquence, les sociétés requérantes sont également fondées à demander la suspension de l'exécution de la décision du maire de La Rochelle du 17 janvier 2023 révélée par le commencement d'exécution des travaux en litige.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de cet article font obstacle aux conclusions de la commune de La Rochelle dirigées contre les sociétés requérantes qui ne sont pas, dans la présente instance de référé, les parties perdantes. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de La Rochelle la somme globale de 1 500 euros à verser à la société Niger et à la société Prestige Auto Rochelais en application des mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 12 octobre 2022 par laquelle le maire de La Rochelle a accordé à la commune un permis d'aménager pour un aménagement de voirie, sur six parcelles cadastrées section DO numéros 368, 375, 377, 3801, 384 et 409 est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité. L'exécution de la décision du maire de La Rochelle du 17 janvier 2023 révélée par le commencement d'exécution des travaux en litige est également suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : La commune de La Rochelle versera à la société Niger et à la société Prestige Auto Rochelais, la somme globale de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de La Rochelle au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société à responsabilité limitée Niger, à la société par actions simplifiée Prestige Auto Rochelais et à la commune de La Rochelle.

Fait à Poitiers, le 7 février 2023.

Le juge des référés,

Signé

A. LE MEHAUTE

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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