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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2300303

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2300303

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2300303
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELAS ACTES ET CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 1er février et le 21 février 2023, M. C B, représenté par Me Blanchard, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 1er décembre 2022 par laquelle la directrice du centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers lui a infligé la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de 2 ans à compter du 8 décembre 2022 ;

2°) de mettre à la charge du CHU de Poitiers une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la condition d'urgence :

- elle est satisfaite dès lors qu'il se trouve intégralement privé de son salaire, qu'il ne perçoit aucune autre rémunération et qu'il subit un préjudice moral ;

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- la décision contestée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été destinataire de son dossier intégral malgré sa demande ;

- la matérialité des faits n'est pas démontrée ;

- la sanction prononcée par la décision attaquée est disproportionnée ;

La requête a été communiquée au CHU de Poitiers qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 1er février 2023 sous le numéro 2300302 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 modifié ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après lecture du rapport de Mme A ont été entendues les observations de Me Blanchard, représentant M. B qui maintient ses conclusions et moyens, insiste sur la circonstance qu'il n'a fait l'objet d'aucune remarque se sa hiérarchie en douze ans de services, reconnaît un comportement maladroit envers une jeune étudiante à l'origine des remontées qui ont conduit au déclenchement de la procédure disciplinaire et soutient que les rapports annexés au dossier disciplinaire ne font état que de propos rapportés sans faits précisément datés et précisions sur les personnes concernées alors qu'il n'y a jamais eu ni dépôts de plainte ni remontées négatives des patients ou de leurs familles.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B est agent titulaire des services hospitaliers qualifié au CHU de Poitiers échelon 8. Par une décision du 1er décembre 2022, la directrice du CHU de Poitiers lui a infligé la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de 2 ans à compter du 8 décembre 2022.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. En l'espèce, la décision contestée a pour effet de priver M. B de toute rémunération pendant deux ans. Par suite, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que son comportement et sa manière de servir porteraient gravement atteinte au fonctionnement du service, alors qu'il a fait l'objet d'une décision de mutation dans l'intérêt du service au service de la blanchisserie, l'intéressé justifie de l'existence d'une situation d'urgence.

5. Si M. B reconnaît avoir eu un comportement maladroit voir inadapté envers une jeune étudiante en stage au service de radiologie où il était affecté, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée, qui n'a pas porté plainte, n'a été entendue que par la cadre de santé qui a rapporté ses propos. Si trois autres rapports font état d'un comportement inadapté du requérant envers des collègues et des jeunes patientes, ces rapports, qui se prononcent essentiellement sur la personnalité jugée inquiétante du requérant, ne rapportent pas de faits précisément datés alors que le dossier ne comporte aucune plainte de patients ou de collègues et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le comportement du requérant lui ait été précédemment reproché. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, eu égard à l'ensemble des pièces produites au dossier et en l'absence de toute défense du CHU de Poitiers, le moyen tiré de la disproportion de la sanction prononcée à l'encontre de M. B est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Il y a lieu, dès lors, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CHU de Poitiers la somme de 900 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par lui dans la présente instance et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 1er décembre 2022 par laquelle la directrice du CHU de Poitiers a infligé à M. B la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Le CHU de Poitiers versera à M. B la somme de 900 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au centre hospitalier universitaire de Poitiers.

Fait à Poitiers, le 28 février 2023.

La juge des référés,

Signé

S. A

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

N°2300303

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