vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2300305 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BONNEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 janvier 2023 et le 9 juin 2023, M. D B A, représenté par Me Bonneau, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 27 janvier 2023, par lesquelles le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et l'a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour pour une durée d'un an, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois sous la même astreinte et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- les décisions litigieuses sont entachées d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont illégales en l'absence d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle par le préfet ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que les condamnations dont il a fait l'objet ne constituent pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public et que le préfet a fondé sa décision sur le seul fondement de sa fiche pénale ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, de l'article 6-1 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français est illégale, dès lors que la décision ne saurait trouver son fondement dans le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que, puisqu'elle ne cite pas le 3° dudit article, elle est sans fondement légal, et que le délai maximum est appliqué sans qu'aucune motivation ne soit apportée ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2023, le Préfet de la vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Pipart a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B A, ressortissant portugais né le 27 janvier 2001 est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français en 2012. L'intéressé est incarcéré depuis le 21 juillet 2022. Par un arrêté en date du 27 janvier 2023, dont M. B A demande l'annulation, le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné et l'a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 27 janvier 2023 dans son ensemble :
2. En premier lieu, par un arrêté du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département de la Vienne, Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation de signature à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, pour la décision portant obligation de quitter le territoire, l'arrêté attaqué vise notamment l'article L. 251-1 ainsi que les autres dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels le préfet a fondé sa décision et rappelle les circonstances de fait relatives à la situation administrative et personnelle du requérant. Il mentionne, en particulier, le fait que le requérant est incarcéré, notamment, pour des faits de conduite sans permis et en ayant fait l'usage de stupéfiants, qu'il n'est en possession d'aucun document d'identité ou de voyage, qu'il est en situation irrégulière au regard du séjour et que, comme son comportement constitue une menace à l'ordre public, il y a urgence à éloigner l'intéressé. Pour la décision d'interdiction de circulation sur le territoire d'une durée de trois ans, l'arrêté litigieux mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels le préfet a fondé sa décision, dont l'article L. 251-4. Il mentionne également le fait que M. B A est célibataire et a un enfant qu'il ne connaît pas, qu'il n'établit pas avoir tissé en France des liens suffisamment anciens et stables et qu'il est défavorablement connu des services de police. Par suite, l'arrêté litigieux, qui comporte de la sorte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Il ressort par ailleurs de cette motivation que les décisions qu'il comporte ont été prises après un examen approfondi de la situation personnelle de M. B A.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ". Et aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ".
5. Si M. B A soutient que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment de sa fiche pénale versée aux débats, que l'intéressé a commis de nombreuses infractions dont des faits de conduite d'un véhicule sans permis, de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité et usage illicite de stupéfiants ayant conduit à son incarcération le 21 juillet 2022. Au surplus, il résidait en situation irrégulière en France et n'avait entrepris aucune démarche de régularisation de sa situation au regard du séjour. Au demeurant, il n'établit pas disposer de revenus ni d'un emploi. Par suite, le préfet de la Vienne n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent et n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation quant à la situation personnelle du requérant.
6. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Enfin, aux termes de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle ".
7. M. B A est célibataire et, s'il fait valoir qu'il est le père d'un enfant de nationalité française né le 26 août 2022, il reconnaît qu'il ne l'a pas reconnu. De surcroît, il n'établit ni n'allègue contribuer à son entretien et à son éducation. Il n'établit pas avoir exercé des emplois en France, ni même disposer de revenus et ne dispose pas de logement personnel. S'il allègue soutenir sa mère dans l'éducation de ses huit frères et sœurs résidant dans les Deux-Sèvres, il ne verse toutefois aucun document aux débats permettant de l'établir. Il n'établit pas davantage être dépourvu de liens dans son pays d'origine, où résident encore sa grand-mère et ses oncles. Par ailleurs, le requérant ne verse aux débats aucun élément de nature à établir une éventuelle atteinte à son droit à un procès équitable. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a pas méconnu les stipulations précitées en prenant les décisions litigieuses à l'encontre de l'intéressé.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pendant une période de trois ans :
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B A, né en 2001, est incarcéré depuis le 21 juillet 2022 pour des faits de dégradation ou détérioration du bien d'autrui commise en réunion, d'usage illicite de stupéfiant, de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ou sous l'empire d'un état alcoolique, de récidive, de conduite d'un véhicule sans permis, circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, de récidive, de violence suivie de mutilation ou infirmité permanente par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, de conduite d'un véhicule malgré l'immobilisation prescrite par un agent verbalisateur, d'excès de vitesse, de franchissement d'une ligne continue par le conducteur d'un véhicule, de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité. Dans ces conditions, et outre ce qui a été dit au point 7, au regard de la multiplicité des agissements du requérant constitutifs d'infractions dont certaines sont d'une particulière gravité, la menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société est établie et la durée d'interdiction de circulation sur le territoire français fixée à trois ans est proportionnée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 7 et 8 que le Préfet de la Vienne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède les conclusions à fin d'annulation de M. B A doivent ainsi être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Vienne.
Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bruston, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
Le rapporteur,
Signé
R. PIPART
La présidente,
Signé
S. BRUSTONLa greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026