mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2300323 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BONNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 février 2023, Mme A B, représentée par Me Bonnet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour comportant une obligation de travail, dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme B soutient que :
- le refus de renouvellement de son titre de séjour méconnaît l'article L. 422-1 du code d'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 9 de la convention franco-sénégalaise dès lors que ses études présentent un caractère réel et sérieux et que ses moyens d'existence sont suffisants ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour ;
- la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 relative à la circulation et au séjour des personnes ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Pinturault a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C B, ressortissante sénégalaise née le 25 février 1996, est entrée en France le 19 août 2018 sous couvert d'un visa long séjour mention " étudiant ", valable du 18 août 2017 au 18 août 2018. Elle s'est vue délivrer plusieurs titres de séjour mention " étudiant " par la préfecture de la Vienne, régulièrement renouvelés jusqu'au 18 août 2022. Le 12 juillet 2022, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour mention " étudiant ". Par un arrêté en date du 17 janvier 2023, le préfet de la Vienne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 21 février 2023, le bénéfice de l'aide juridictionnelle a été accordé à Mme B. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant à bénéficier de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre Etat doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage. Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. / Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existences suffisants. " Selon l'annexe à cette convention : " La notion de moyens d'existence suffisants utilisée dans le texte de la Convention relative à la circulation et au séjour des personnes s'entend : () S'agissant des étudiants boursiers, les ressources suffisantes sont justifiées par la production d'une attestation de bourse d'études ou de stage. S'agissant des étudiants non boursiers, les ressources suffisantes sont constituées par une somme au moins égale à 70 % de l'allocation d'entretien servie par le Gouvernement français aux étudiants boursiers, indépendamment des avantages matériels dont ils peuvent justifier. ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. "
4. Il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour " étudiant " de rechercher si le projet d'études pour lequel un premier titre de séjour a été accordé est toujours l'objet du séjour du pétitionnaire sur le territoire français et d'apprécier, à cet effet et dans cette perspective, compte tenu, le cas échéant, d'inflexions ou d'évolutions cohérentes, le caractère sérieux de la poursuite des études entreprises.
5. D'une part, Mme B a été inscrite en troisième année de licence mention " langues étrangères appliquées anglais/espagnol " durant l'année 2017/2018. Elle a été ajournée à l'issue de cette année et n'a pas obtenu le diplôme de licence correspondant à cette discipline. Après s'être réorientée, elle a suivi une première année de licence mention " administration économique et sociale " (AES) durant l'année 2018/2019. Elle a validé les deux premières années de cette licence mais elle a échoué en troisième année, à l'issue de l'année 2021-2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'elle a été défaillante en raison de son état de santé, comme en a attesté le vice-doyen de l'université de Poitiers en charge de la formation et de l'insertion professionnelle. Par ailleurs, outre qu'elle a poursuivi ses études en licence d'AES, dont elle justifie avoir récemment validé les épreuves du sixième semestre à la date du présent jugement, Mme B s'est inscrite en 2022 dans une formation d'aide-soignante, accessible sans exigence de diplôme, au centre hospitalier universitaire de Poitiers. La directrice pédagogique de cette formation atteste qu'elle a suivi avec assiduité l'ensemble des cours, qu'elle a participé aux évaluations obligatoires et qu'elle a validé tous les modules qui lui permettent d'obtenir le diplôme d'études d'aide-soignant, précisant que seule sa situation administrative fait désormais obstacle à la délivrance de ce diplôme, un titre de séjour étant exigé par l'agence régionale de santé. Dans ces conditions, quand bien même Mme B a rencontré des difficultés étrangères à sa volonté pour parachever ses études, elle justifie qu'à la date à laquelle la décision contestée a été prise, elle était engagée dans un parcours d'étude sérieux et qu'elle obtenait d'ores et déjà, à tout le moins dans ses études d'aide-soignante, des résultats suffisants pour pouvoir raisonnablement espérer l'obtention du diplôme.
6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme B justifie avoir perçu, depuis le début de l'année universitaire 2022-2023, une rémunération mensuelle nette totale de 1 526 euros pour les mois de septembre et octobre 2022, dans le cadre d'un contrat de travail qui a été rompu à la fin du mois d'octobre 2022, ainsi qu'une bourse de 5 136 euros allouée pour cette même année par le conseil régional de la Nouvelle-Aquitaine, ce dont il résulte, pendant toute la période de onze mois que représente une année universitaire, des ressources mensuelles de 606 euros. Ces ressources mensuelles sont supérieures à 70 % du montant de l'allocation d'entretien mensuelle de base allouée aux étudiants boursiers. Par suite, la requérante remplit également la condition de ressources, telle qu'elle doit être appréciée selon les modalités précisées dans l'annexe à la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995, à laquelle renvoie l'article 9 de cette convention.
7. Il résulte de ce qui précède que la décision contestée doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, celle par laquelle il lui a été fait obligation de quitter le territoire français et celle portant fixation du pays de retour.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Le présent jugement d'annulation, eu égard à ses motifs, implique qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " soit délirée à Mme B. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Vienne d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros à verser à Me Bonnet sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E:
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire de Mme B.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Vienne du 17 janvier 2023 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Vienne de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois.
Article 4 : L'Etat versera à Me Bonnet la somme de 900 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de la Vienne et à Me Bonnet.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Pinturault, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023
Le rapporteur,
Signé
M. PINTURAULT
Le président,
Signé
L. CAMPOY La greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026