mardi 28 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2300333 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 février 2023, M. C B, représenté par Me Ago Simmala, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 30 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour " liens privés et familiaux ", jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la condition d'urgence :
- elle est présumée en cas de refus de renouvellement d'un titre de séjour ;
- elle est satisfaite dès lors qu'il ne peut plus justifier de sa situation administrative ;
- la décision attaquée le place dans une situation financière précaire dès lors qu'il ne peut plus travailler alors qu'il est encore étudiant et qu'il est le père d'un enfant âgé de quelques mois ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle et familiale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'autorité préfectorale était tenue de renouveler de plein droit son titre de séjour mention " étudiant " dès lors qu'il justifie d'une cohérence et d'une progression dans ses études.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;
- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 5 février 2022 sous le numéro 2300334 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après lecture du rapport de Mme A ont été entendues les observations de Me Ago Simmala, représentant M. B, présent, qui maintient ses conclusions et moyens, indique que la décision contestée préjudicie à ses intérêts et ceux de sa famille dès lors qu'il ne peut plus travailler et insiste sur la réalité de ses liens personnelles et familiaux en France.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant malien né le 20 février 1996, est entré sur le territoire français le 13 septembre 2018 sous couvert d'un visa de long séjour mention " étudiant ", valable du 11 août 2018 au 11 août 2019. Par la suite, il s'est vu délivré par le préfet de la Vienne un premier titre de séjour mention " étudiant ", valable du 12 août 2019 au 11 août 2020. Puis, un titre de séjour pluriannuel portant la mention " étudiant " lui a été délivré pour la période du 24 août 2020 au 23 août 2022. Le 7 juin 2022, M. B a sollicité le changement de statut de son titre de séjour " étudiant " vers un titre de séjour " liens privés et familiaux en France ". Par un arrêté du 30 novembre 2022, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande. M. B demande la suspension de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été signée par une autorité justifiant d'une délégation de signature, qu'elle est suffisamment motivée, et que l'autorité préfectorale a pris en compte la situation privée et familiale de M. B. D'autre part, si l'intéressé se prévaut de la présence en France de ses deux frères, de sa compagne et de leur enfant mineur, il ressort des pièces du dossier que cette dernière est titulaire d'un titre de séjour mention " étudiant ", valable jusqu'au 28 septembre 2023, qui ne lui donne pas vocation à rester en France, et que l'un de ses frères était titulaire d'un titre de séjour qui a expiré le 11 janvier 2023. Ainsi, il n'établit pas qu'il bénéficie d'une insertion sociale particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, alors qu'il n'a formulé aucune demande de titre sur un autre fondement, le préfet de la Vienne pouvait légalement refuser de délivrer un titre de séjour à M. B sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnaître les dispositions et les stipulations susvisées. Par suite, en l'état de l'instruction, aucun des moyens développés par M. B, tels que visés ci-dessus, n'est susceptible de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision du 30 novembre 2022 contestée, ainsi que les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la Vienne.
Fait à Poitiers, le 28 février 2023.
La juge des référés,
Signé
S. A
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
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