mardi 20 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2300385 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MANLA AHMAD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés le 9 février 2023, le 8 mars 2023 et le 4 mai 2023, M. A B , représenté par Me Manla Ahmad, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ; elle n'est pas suffisamment motivée ; elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation personnelle et professionnelle dès lors que le préfet lui a refusé un titre de séjour en qualité d'étudiant alors qu'il réclamait un titre de séjour autorisant l'exercice d'une activité professionnelle à temps complet ; elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dès lors, d'une part, que, compte tenu du courrier explicatif concernant le changement de cursus en date du 6 décembre 2022 qu'il a adressé à l'administration et des autres pièces produites à l'appui de la demande de titre de séjour, sa demande ne pouvait être regardée comme tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " mais comme tendant à la délivrance d'une carte de séjour autorisant l'exercice d'une activité professionnelle ; la décision de refus de titre de séjour méconnaît également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il devait être regardé comme ayant sollicité une carte de séjour autorisant l'exercice d'une activité professionnelle et non comme ayant seulement sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant ; à supposer même qu'il ait demandé un titre de séjour en qualité d'étudiant, le refus qui lui est opposé est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 7 octobre 2008 dès lors que l'adéquation de l'expérience professionnelle qu'il a acquise au titre de l'emploi accessoire exercé sous couvert d'un titre de séjour " étudiant " avec les caractéristiques de sa nouvelle formation professionnelle dans le domaine du commerce suffit à établir le caractère sérieux de sa formation et à justifier de sa demande de renouvellement du titre de séjour " étudiant " ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale dès lors qu'il pouvait se voir délivrer de plein droit un titre de séjour en qualité de salarié ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistrés le 1er juin 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 21 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Campoy,
- et les observations de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 11 octobre 1992, est entré en France le 14 septembre 2018, muni d'un visa long séjour mention " étudiant " valable du 20 août 2018 au 20 août 2019. Il a bénéficié de plusieurs cartes de séjour temporaire en cette qualité, valables du 21 août 2019 au 20 décembre 2022. Le 6 décembre 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour auprès du préfet de la Vienne. Par un arrêté en date du 17 janvier 2023, celui-ci a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'arrêté dans son ensemble :
2. Par un arrêté du 12 juillet 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de l'Etat, la secrétaire générale de la préfecture de la Vienne a reçu délégation du préfet de département à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions concernant la mise en œuvre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales applicables à la situation de M. B. Elle mentionne l'ensemble des éléments relatifs à sa situation administrative et personnelle en rappelant les conditions de son entrée sur le territoire français, ainsi que les motifs pour lesquels sa demande de titre de séjour en qualité d'étudiant doit être rejetée. Le préfet, qui n'était pas saisi d'une demande de titre de séjour en qualité de salarié, n'avait pas à motiver sa décision sur ce terrain. Il suit de là que l'acte attaqué, qui comporte l'exposé des motifs de droit et des circonstances de fait justifiant le rejet de la demande de l'intéressé, est suffisamment motivé.
4. En deuxième lieu, il ressort de cette motivation que le préfet de la Vienne, qui, comme il a été dit au point précédent, n'était pas saisi d'une demande de titre de séjour en qualité de salarié, a bien procédé à un examen approfondi de la situation personnelle du requérant.
5. En troisième lieu, si M. B soutient que la décision lui refusant un titre de séjour est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit en ce que le préfet a rejeté sa demande sur le fondement des dispositions, selon lui inapplicables, de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il sollicitait un titre de séjour en qualité de salarié, il ressort du courrier du 6 décembre 2022 que M. B faisait seulement valoir dans sa demande qu'il effectuait un apprentissage de manager des unités marchandes et évoquait son ambition " d'intégrer un master en commerce ". Par ailleurs, à l'appui de sa demande de titre de séjour, l'intéressé ne fournissait, à l'exception d'une attestation d'inscription de formation en apprentissage, d'un contrat d'apprentissage et de trois bulletins de salaire, que des pièces relatives à son parcours universitaire. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de droit, ni de fait, que le préfet de la Vienne a interprété sa demande de titre de séjour comme tendant au renouvellement de son titre de séjour mention " étudiant " et non à la délivrance d'un titre de séjour en tant que salarié ou travailleur temporaire.
6. En quatrième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers et aux conditions de délivrance de ces titres s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants tunisiens, l'article 11 de l'accord franco-tunisien stipule que : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ". L'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'applique en l'espèce dès lors qu'aucune stipulation de l'accord franco-tunisien ne prévoit la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, dispose que : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement de titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant effectivement ses études.
7. Pour estimer que M. B ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études, le préfet de la Vienne a relevé que le requérant, qui avait validé son Master 1 " Parcours ingénierie de rééducation d'handicap et de la performance motrice " en deux ans, après avoir connu un premier échec, puis son Master 2 de sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) " activité physique adaptée et santé " (APAS), là encore en deux ans, s'est finalement inscrit à l'Act'in Campus de Chasseneuil-du-Poitou, dans le cadre d'un titre professionnel " Manager d'unités marchand " correspondant à un niveau bac+2 en fin de formation, n'ayant aucun lien avec le diplôme qu'il avait validé précédemment. Il a également relevé que l'intéressé avait, travaillé plus de 60 % de la durée de travail annuelle en 2022 alors qu'il terminait ses études de STAPS. Ces différents éléments ne sont pas réellement contestés par l'intéressé. Contrairement à ce que celui-ci soutient, la seule circonstance qu'il ait pu recueillir une expérience professionnelle en qualité d'employé libre-service et caissier dans une supérette à l'enseigne " Carrefour city ", n'est pas, à elle seule, de nature à expliquer le manque de cohérence de sa nouvelle formation professionnelle dans le domaine du commerce, pas plus, d'ailleurs, que les délais d'obtention de ses diplômes. Dans ces conditions, les études de M. B ne peuvent être regardées comme présentant un caractère réel et sérieux, sans que celui-ci puisse, sur ce point, utilement se prévaloir de la circulaire du 7 octobre 2008 relative à l'appréciation du caractère réel et sérieux des études des étudiants étrangers, dès lors que celle-ci est dépourvue de caractère impératif et qu'elle ne comporte pas de lignes directrices. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Vienne aurait commis une erreur d'appréciation en s'abstenant de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " doit être écarté.
8. En dernier lieu, si M. B soutient que la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale prévue à l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et du citoyen, dès lors qu'il aurait créé des liens personnels intenses, anciens et stables, ce moyen est inopérant à l'encontre d'une décision de refus de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étudiant.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, la décision de refus de séjour n'étant pas illégale, M. B n'est pas fondé à invoquer son illégalité par voie d'exception à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.
10. En second lieu, il y a lieu d'écarter, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
11. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. M. B est célibataire et sans charge de famille en France. S'il fait état de la présence de cousines en France, il n'établit pas entretenir avec ces dernières des relations particulièrement suivies. Il n'établit pas, ni même n'allègue, être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu pendant 26 ans avant son arrivée en France en 2018. Dans ces conditions, le préfet de la Vienne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet ne s'est pas non plus livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle en lui refusant un titre de séjour.
13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Pinturault, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.
Le président-rapporteur,
Signé
L. CAMPOY
L'assesseur le plus ancien,
Signé
Y. CROSNIERLa greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026