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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2300395

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2300395

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2300395
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantEKOUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2023, Mme B A, représentée par Me Ekoué, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2023 par lequel le préfet de la Vienne a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour le temps de l'instruction du dossier, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à Me Ekoué en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée du caractère réel et sérieux des études suivies ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de l'insuffisance de ses ressources ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

- elles sont illégales en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Une ordonnance du 15 février 2023 a fixé la clôture de l'instruction au 9 mai 2023.

Un mémoire en défense du préfet de la Vienne, enregistré le 2 juin 2023 postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes signée à Dakar le 1er août 1995 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Le Méhauté a été entendu lors de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante sénégalaise née le 22 décembre 1995 à Dakar, est entrée sur le territoire français le 27 septembre 2018 sous couvert d'un visa de long séjour mention " étudiant ", valable du 27 septembre 2018 au 27 septembre 2019. Plusieurs titres de séjour mention " étudiant " lui ont été délivrés du 28 septembre 2019 au 27 septembre 2022. Par un courrier du 20 octobre 2022, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour mention " étudiant ". Par un arrêté du 10 janvier 2023, le préfet de la Vienne a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture de la Vienne, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature du 12 juillet 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Vienne s'est fondé sur l'article 9 de la convention de la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes signée à Dakar le 1er août 1995. Dans ces conditions, l'indication, sur la décision attaquée, selon laquelle cette convention a été signée à Paris le 2 décembre 1992 ne constitue qu'une erreur de plume sans influence sur la légalité de la décision contestée.

4. En deuxième lieu, l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 dispose : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre Etat doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage. Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. / Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants. ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de titre de séjour temporaire présentée par un ressortissant étranger en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge administratif, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a suivi une première année de licence en sociologie en 2018/2019 et une première année de licence d'ourdou en 2019/2020 qu'elle n'a pas validées malgré une première réorientation. Elle s'est réorientée une nouvelle fois l'année d'après en suivant une première année de brevet de technicien supérieur " Management des unités commerciales " qu'elle a validée. Toutefois, elle n'a pas validé la seconde année. Enfin, il n'est pas contesté que Mme A a été absente 68 heures et 30 minutes durant le premier semestre et 59 heures durant le second semestre de sa seconde année de brevet de technicien supérieur. Dans ces conditions et à supposer même que ces absences étaient toutes justifiées, le préfet de la Vienne n'a pas commis d'erreur de droit en considérant que les études de Mme A ne présentaient pas un caractère réel et sérieux, dès lors qu'elle ne pouvait justifier d'aucun diplôme obtenu depuis son arrivée en France, malgré plusieurs réorientations.

6. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été énoncé au point précédent, le fait que Mme A disposerait de ressources suffisantes est sans influence sur la légalité de la décision attaquée, le préfet de la Vienne pouvant refuser la délivrance du titre de séjour mention " étudiant " en se fondant sur la seule circonstance que la condition relative au caractère réel et sérieux des études n'était pas remplie.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination sont illégales en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. Si Mme A soutient être insérée en France, elle ne démontre pas avoir développé des liens particulièrement anciens, intenses et stables depuis son arrivée sur le territoire national en septembre 2018, soit depuis presque cinq ans. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'elle conteste ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de la l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que doivent être rejetées les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

M. Lacaïle, premier conseiller,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

A. LE MEHAUTE

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

G. DUMONT La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne ce en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière,

Signé

G. FAVARD

N°2300395

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