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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2300410

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2300410

lundi 25 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2300410
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantFALACHO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 février 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel le Préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour temporaire, portant la mention " salarié " ou, à défaut, de réexaminer sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire, et ce, dans les deux cas, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- cet arrêté n'est pas suffisamment motivé ;

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- le préfet a commis une erreur de droit dès lors que le motif mis en avant tiré de ce que l'emploi proposé de bûcheron-élagueur-débardeur ne fait pas partie des métiers en tension ne lui est pas opposable dans le cadre d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux caractéristiques de l'emploi occupé, de son expérience sur ce poste, et de l'état du marché dans ce secteur ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

- cette décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un nouveau mémoire déposé le 8 août 2023 M. A tend aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

Il ajoute que :

- Il a déposé une main courante contre son employeur pour escroquerie, abus de confiance et traite des êtres humains ce qui lui ouvre droit à la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " en vertu des dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en effet son employeur subtilise les courriers qui lui sont adressés et signe les pli recommandés à sa place sans disposer de procuration et ne les lui remet qu'une fois les délais pour y répondre expirés ; cet employeur a mandaté un avocat pour le représenter sans son accord ; son employeur exerce un chantage sur le paiement de ses salaires, sur l'établissement de ses fiches de paie et de ses contrats de travail et sur son droit à disposer de congés payés, pour le maintenir dans sa dépendance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cristille,

- et les observations de M. A, présent à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 14 aout 1994, est entré en France le 30 avril 2019 muni d'un visa de travailleur saisonnier, valable du 29 avril 2019 au 28 juillet 2019, puis a obtenu un titre de séjour pluriannuel délivré en qualité de travailleur saisonnier, valable du 14 juin 2019 au 13 juin 2022. Ayant sollicité un changement de statut de travailleur saisonnier à salarié, il s'est vu opposer, le 15 avril 2022, une décision de refus. Le 11 juillet 2022, il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 12 janvier 2023, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Par un arrêté du 12 juillet 2022 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne diffusé sur le site internet de la préfecture, et accessible tant pour le juge que pour les parties, le préfet de la Vienne a donné à Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture et signataire de l'arrêté en litige, délégation à l'effet de signer pour le préfet tous les actes relevant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. D'une part, la décision refusant un titre de séjour à M. A vise notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier son article L. 435-1 sur le fondement duquel l'intéressé a présenté sa demande. Cette décision expose dans le détail son parcours administratif, mentionne les éléments constitutifs de sa vie privée et familiale et expose les motifs pour lesquels il ne peut être fait droit à sa demande. D'autre part, en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français, prise comme en l'espèce sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique dès lors, ainsi qu'il a été dit, que la décision de refus de titre de séjour est elle-même motivée. Enfin, la décision fixant le pays de destination vise notamment les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, indique que M. A n'établit pas que sa vie ou sa liberté serait menacée en cas de retour dans son pays d'origine et qu'il sera potentiellement reconduit dans le pays dont il a la nationalité. Dès lors, les décisions contenues dans l'arrêté du 12 janvier 2023 comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elles sont suffisamment motivées.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, si l'accord franco-marocain ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant marocain qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

5. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité ne fait pas obstacle à ce que le préfet, saisi d'une demande présentée sur le fondement de cet article, prenne en considération l'existence de difficultés de recrutement dans certains secteurs d'activité au même titre que la qualification, l'expérience, les diplômes, la situation personnelle de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi postulé, sur lesquels il fait porter son appréciation pour déterminer s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance à titre exceptionnel d'une carte de séjour temporaire en qualité de salarié. Ainsi le préfet de la Vienne pouvait sans commettre d'erreur de droit se fonder sur un motif, qui a trait aux caractéristiques de l'emploi que M. A occupe et plus précisément à la circonstance que cet emploi ne faisait pas partie de la liste des métiers en tension pour rejeter sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail.

6. Ni la durée de la présence en France de M. A d'un peu plus de trois ans et demi en tant que travailleur saisonnier s'engageant à conserver sa résidence habituelle hors de France ni sa situation personnelle et familiale alors que l'intéressé a déclaré être célibataire sans enfant et n'avoir sur le territoire national qu'un frère, ne constituent des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au séjour au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, les circonstances que M. A occupe un emploi en contrat à durée indéterminée à temps complet en qualité d'ouvrier bûcheron qui lui procure un revenu brut mensuel de 1608 euros par mois, qu'il justifie d'une longue expérience dans ce métier qu'il exerçait déjà au Maroc et qu'il a repris en France depuis deux ans et que l'état du marché du travail dans ce secteur en France est caractérisé par des difficultés de recrutement d'une main d'œuvre qualifiée ne peuvent, non plus, suffire à donner droit au requérant à un titre de séjour " salarié " sur le fondement de cet article. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté une appréciation manifestement erronée de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prise à son encontre, le moyen tiré de cette illégalité pour les mêmes motifs et soulevé par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire, doit être écarté.

9. Enfin, si dans son dernier mémoire, M. A indique qu'il est en droit de bénéficier d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a déposé plainte le 23 février 2023 pour traite d'être humain à l'encontre de son employeur, et qu'il ne peut ainsi être éloigné, il n'établit pas avoir saisi le préfet d'une demande à ce titre.

En ce qui concerne le pays de destination :

10. Eu égard à ce qui vient d'être jugé, la décision portant fixation du pays de renvoi n'est pas illégale en conséquence des illégalités successives invoquées à l'encontre du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Préfet de la Vienne.

Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thévenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Mis à disposition, le 25 septembre 2023

Le président-rapporteur,

Signé

P. CRISTILLEL'assesseure la plus ancienne,

Signé

THEVENET-BRECHOT

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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