mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2300460 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DESROCHES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 février 2023, Mme A B, représentée par Me Desroches, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 13 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne à titre principal de lui délivrer une carte de séjour d'une durée d'un an, à titre subsidiaire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail jusqu'à ce que l'autorité administrative ait statué sur sa situation, et à titre infiniment subsidiaire de réexaminer sa situation, le tout dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si l'aide juridictionnelle ne lui est pas accordée, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ; elle est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen particulier de sa situation, notamment financière, par le préfet ; elle est entachée d'erreurs d'appréciation du caractère réel et sérieux de ses études et de ses ressources ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ; elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le délai de départ volontaire de trente jours est insuffisant au regard de sa situation médicale ;
- la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 14 juin 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention franco-gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes en date du 2 décembre 1992 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Crosnier a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante gabonaise née le 29 mai 1999, est entrée une première fois en France le 20 août 2017 munie d'un visa long séjour portant la mention " passeport talent " puis, à nouveau, le 27 août 2019 sous couvert d'un visa long séjour étudiant et a bénéficié de titres de séjour mention étudiant successifs jusqu'au 3 septembre 2022. Le 14 septembre 2022, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le même fondement. Par un arrêté en date du 13 janvier 2023, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai. Mme B conteste ces décisions.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, la secrétaire générale de la préfecture de la Vienne a reçu délégation du préfet de ce département à l'effet de signer les décisions prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision du 13 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé à Mme B le renouvellement de son titre de séjour vise notamment les stipulations de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde. Elle mentionne l'ensemble des éléments relatifs à la situation administrative et personnelle de l'intéressée en rappelant les conditions de son entrée sur le territoire français, ainsi que les raisons de fait pour lesquelles sa demande de titre de séjour doit être rejetée et, notamment l'absence de résultats probants dans ses études ainsi que le niveau insuffisant de ses ressources. La décision litigieuse qui contient ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement est, dès lors, suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, il ressort de cette motivation que la décision attaquée a été prise après un examen approfondi de la situation personnelle de Mme B. A supposer même que le préfet aurait négligé d'examiner les ressources de Mme B, il ressort des pièces du dossier, comme il est dit au point 7, qu'il aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur l'absence de résultats dans ses études.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-gabonaise : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre État d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable. ". L'article 12 de cette même convention stipule : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention. ". Enfin, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. ".
6. Pour l'application des stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement en France des études.
7. Si, après avoir obtenu son baccalauréat scientifique en 2019, Mme B a validé sa première année de licence à l'issue de l'année universitaire 2019-2020, elle ne justifie pas depuis avoir validé d'autres années dans le cadre de son parcours universitaire. Si elle se prévaut, pour l'année 2021-2022, de l'obtention d'un contrat d'aménagement d'études permettant aux étudiants ajournés admis à continuer (AJAC) de poursuivre à titre dérogatoire leurs études, elle n'en fournit, en tout état de cause, que la première page, ce qui ne permet pas d'attester de l'accord de l'Université et de la réalité de cet engagement réciproque. Elle est au demeurant toujours inscrite en L2 Chimie au titre de l'année universitaire 2022-2023. De plus, si elle soutient avoir subi une intervention chirurgicale en septembre 2018, avant d'entamer ses études supérieures, qui nécessite un suivi médical régulier, elle n'établit pas par les pièces qu'elle produit que cette circonstance expliquerait son manque de résultats. La requérante ne peut, sur ce point, se prévaloir utilement de la circulaire NOR IMI/I/08/00042/C du 7 octobre 2008, relative à l'appréciation du caractère sérieux des études des étudiants étrangers qui se borne à fournir de simples indications générales aux préfets. Dans ces conditions, l'ensemble des éléments dont fait état la requérante n'est pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le préfet sur l'absence de résultats probants dans ses études, l'intéressée n'ayant, à la date de la décision attaquée, obtenu aucun diplôme au terme de trois années d'études.
8. Par ailleurs, et quel que soit le bien-fondé de l'appréciation du préfet sur le caractère suffisant ou non de ses ressources, il ressort des pièces du dossier que celui-ci aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur l'absence de résultats de la requérante dans ses études.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées ne peuvent qu'être écartés.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, dès lors que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie, le moyen tiré de ce que la décision obligeant Mme B à quitter le territoire français devrait, par voie de conséquence, être annulée, doit être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Mme B est célibataire et sans enfant. Elle n'apporte pas d'éléments permettant d'apprécier ses conditions d'intégration dans la société française et n'établit pas non plus l'ancienneté, l'intensité et la stabilité des liens qu'elle prétend entretenir avec les membres de sa famille présents en France, ni être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans. Dans ces conditions, la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur le délai de départ volontaire :
13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. "
14. Si la requérante se prévaut de sa situation médicale qui nécessite un suivi régulier et du fait qu'un rendez-vous de contrôle a été fixé au 1er mars 2023, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle en aurait informé la préfecture en sollicitant, le cas échéant, la prolongation du délai de départ volontaire pour une durée appropriée, de sorte que le préfet n'a pas, en tout état de cause, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en lui accordant le délai de départ volontaire de droit commun de trente jours pour organiser son départ.
Sur la décision fixant le pays de destination :
15. En premier lieu, dès lors que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie, le moyen tiré de ce que la décision obligeant Mme B à quitter le territoire français devrait, par voie de conséquence, être annulée, doit être écarté.
16. En second lieu, la décision attaquée vise les textes applicables à la situation de la requérante, notamment, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que Mme B a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans dans son pays d'origine, le Gabon où vivent des membres de sa famille et qu'elle n'établit pas y être exposée à des peines ou traitements dégradants contraires à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
17. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Pinturault, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.
Le rapporteur,
signé
Y. CROSNIER
Le président,
signé
L. CAMPOYLa greffière,
signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
La Greffière
signé
D.GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026