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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2300463

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2300463

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2300463
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDE LACOSTE LAREYMONDIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 février 2023, Mme A B, représentée par Me de Lacoste Lareymondie, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour en qualité d'étudiante ou, subsidiairement, en qualité de visiteur, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entachée d'un défaut d'examen sérieux et individualisé de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et compte tenu de sa qualité de religieuse.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour " visiteur " en qualité de religieuse.

La requête a été communiquée au préfet de la Vienne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 22 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 mai 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- et les observations de Me Bonneau substituant Me de Lacoste Lareymondie, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante américaine née le 26 avril 2000, est entrée sur le territoire français le 3 septembre 2017, pour y poursuivre des études, en possession d'un visa de long séjour valant titre de séjour valable jusqu'au 5 septembre 2018. Elle a ensuite obtenu des titres de séjour en qualité d'étudiante sur la période du 6 septembre 2018 au 5 septembre 2022. Le 18 août 2022, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiante. Par un arrêté du 17 janvier 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué a été pris au visa des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme B, ainsi que des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle rappelle les conditions d'entrée et de séjour de la requérante sur le territoire français et mentionne les circonstances de fait, propres à sa situation, pour lesquelles le préfet a estimé devoir rejeter sa demande de titre de séjour. Ainsi, l'arrêté attaqué, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé et cette motivation révèle un examen personnalisé de la situation de Mme B.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement de titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble des pièces du dossier et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études sur le territoire français et d'apprécier la réalité et le sérieux des études poursuivies.

4. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour sollicité par Mme B en qualité d'étudiante, le préfet de la Vienne s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'elle ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études, dès lors qu'elle avait, depuis le début de son parcours scolaire en France dans un établissement privé hors contrat, redoublé à trois reprises la classe de terminale lors des années scolaires 2020-2021, 2021-2022 et 2022-2023. Dans ces circonstances, dès lors que la progression dans les études n'est pas établie et qu'aucune circonstance particulière n'est invoqué pour expliquer ces échecs répétés, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui un délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiante, le préfet de la Vienne aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des stipulations précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale et de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " d'une durée d'un an. Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle. ()". Il résulte de ces dispositions que le droit d'un ressortissant étranger de séjourner en France sur ce fondement est subordonné notamment aux conditions qu'il dispose de ressources suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour.

6. D'une part, si Mme B soutient qu'elle remplit les conditions pour la délivrance d'un titre de séjour mention " visiteur ", il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait sollicité un titre de séjour sur ce fondement.

7. D'autre part, et en tout état de cause, s'il ressort des pièces du dossier que Mme B est hébergée en tant que religieuse au sein d'une congrégation et exerce des fonctions d'assistante scolaire dans un établissement privé hors contrat, elle n'apporte pas la preuve qu'elle peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel. Par suite, le préfet de la Vienne n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation en ne lui délivrant pas un titre de séjour en qualité de visiteur.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du CESDA : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ". En vertu de ces dispositions, dès lors que Mme B s'est vue refuser le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiante, le préfet pouvait l'obliger à quitter le territoire français.

9. D'autre part, dès lors que la requérante n'établit pas qu'elle remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de visiteur et qu'elle n'établit pas l'existence d'autres circonstances de nature à faire échec à son éloignement, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Vienne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation en l'obligeant à quitter le territoire français.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 06 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

G. DUMONT

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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